« Le système actuel permet d’imposer des prix élevés pour les médicaments »

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[Health Action International]

Malte compte défendre un système d’achat régional des médicaments en Europe lors de sa présidence. Mais s’oppose à l’idée d’un prix unique européen, désavantageux pour les pays les moins riches du continent.

Chris Fearne est ministre de la Santé à Malte, pays qui sera à la présidence tournante de l’UE les six premiers mois de 2017. Il a présenté les priorités santé de la présidence de son pays lors d’un entretien avec EURACTIV.

Malte va prendre la présidence tournante de l’Union européenne à partir du 1er janvier. Quelles seront les priorités des six prochains mois en matière de politique de santé ?

La première est la coopération transfrontalière structurée. Ce sujet pourrait être divisé en trois thèmes. Premièrement, nous nous pencherons sur l’harmonisation du système transfrontalier de soins de santé, afin de le rendre plus pratique pour les utilisateurs. Nous aimerions voir plus de justice dans les services offerts dans l’UE, afin que les patients soient traités de la manière la plus homogène possible partout. Cela signifie notamment une meilleure mobilité transfrontalière des patients.

La directive sur ce sujet n’a pas eu les résultats escomptés, pour différentes raisons. Nous voulons aider plus de personnes à avoir accès aux centres d’excellence, pas nécessairement dans leur pays, mais éventuellement dans d’autres États membres. C’est particulièrement important pour les petits pays et régions, comme Malte, où il est impossible d’accéder à l’excellence pour tout. L’accès aux centres d’excellence est déjà possible, mais devrait être facilité.

Notre deuxième thème sera l’accès et les prix des médicaments. Cela fait un an et demi que ce qui nous souhaitons est en discussion au Conseil européen. Nous aimerions voir davantage de transparence dans la manière dont l’industrie pharmaceutique négocie les prix des médicaments avec les autorités qui les achètent.

Pour l’instant, il est plus ou moins interdit aux États et autorités responsables de l’achat de médicaments de communiquer les prix obtenus. Je pense que ce système permet d’imposer des prix élevés. Même parmi les États membres, il y a un mouvement pour rendre les négociations plus transparentes, afin que les prix soient revus à la baisse et que les malades aient un meilleur accès à leurs médicaments.

>> Lire : Un scandale italien relance le débat sur le prix des médicaments

Un certain nombre d’États membres défendent également l’idée d’acquisitions communes. Nous estimons que c’est une bonne idée, qu’il serait plus efficace de ramener au niveau régional, pour que les groupes d’achats aient des PIB et des besoins plus comparables. Le prix moyen d’un traitement dans un pays au PIB élevé est peut-être juste, mais cela pourrait être trop cher pour un pays ou une région moins riche. Des négociations au niveau européen débouchant sur un prix unique pourraient donc être au détriment de certains pays. Des négociations régionales, en fonction du PIB, permettraient au contraire d’obtenir des tarifs plus justes.

>> Lire : Les États membres s’attaquent aux défaillances du marché des médicaments

Les pays du Benelux ont lancé une initiative de ce type, tout comme la Bulgarie et la Roumanie. Récemment, le ministère grec a également organisé une rencontre dans ce but entre pays méditerranéens. Nous encourageons ces mécanismes d’acquisitions communes.

Le troisième volet de l’aspect transfrontalier concerne la formation des médecins. Pour l’instant, les étudiants, quelles que soient leurs études universitaires, bénéficient du programme Erasmus, très bien organisé. Si on demande aux jeunes quelle est la meilleure initiative de l’UE, ils répondent Erasmus.

Il n’existe cependant pas de pendant pour les médecins plus avancés dans leurs carrières. Ils continuent de se former, mais cela n’est pas organisé de manière structurée. Ils peuvent donc entrer en contact avec une personne ou un hôpital avec lequel leurs professeurs ont des contacts, mais ce n’est pas vraiment organisé. Nous voudrions donc lancer des discussions pour le lancement d’un mécanisme semblable à Erasmus entre les hôpitaux. En mars, la Commission lancera les réseaux européens de référence, qui pourraient être un premier pas dans cette direction.

Nous ne devrions pas limiter cette initiative aux hôpitaux d’élite, mais l’étendre à toute l’Europe. Cela aiderait les médecins à échanger les bonnes pratiques et donc à offrir de meilleurs services à leurs patients.

Quelle autre priorité Malte va-t-elle porter ?

L’obésité infantile. Les conséquences d’un niveau très élevé d’obésité, comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires, sont dramatiques. Malte a un grand pourcentage d’enfants obèses, et nous estimons que 10 % de notre budget à la santé sert à pallier les conséquences directes de l’obésité et qu’environ 17 % des décès évitables y sont également liés. Il s’agit donc d’un fardeau énorme pesant sur la santé nationale. Et c’est évidemment également la même chose partout en Europe.

Nous arrivons à la moitié de la période d’application du plan d’action européen sur l’obésité. Pour l’instant, avec la Commission, nous envoyons aux États membres des questionnaires structurés pour déterminer les aspects de ce plan qui ont fonctionné, ceux qui n’ont pas fonctionné, quelles sont les bonnes pratiques que nous pourrions mettre en place et quelles améliorations nous devons instaurer. Nous envisageons une révision à mi-parcours du plan d’action sur l’obésité infantile.

Ensuite, nous pourrions créer une « boîte à outils » centrée sur des repas sains dans les écoles. Pour l’instant, on se concentre sur les prix les plus bas. Ce que nous voudrions introduire, surtout dans les écoles, c’est le réflexe d’acheter des produits sains, même s’ils ne sont pas les moins chers.

Nous devons pouvoir évaluer la qualité des aliments et introduire ce facteur dans les règles d’achats. C’est un moyen concret de combattre l’obésité infantile.

Un rapport récent de la Commission a montré un nombre alarmant de malades chroniques. Vous pencherez-vous également sur la promotion d’un style de vie sain, afin de réduire les facteurs de risque ?

Six mois est une période très courte, nous devons donc nous concentrer sur quelques points. Si nous essayons de tout faire à la fois, nous ne conclurons probablement rien.

Bien sûr, la question de l’obésité est directement liée aux maladies non contagieuses. Au moins la moitié des cas de diabète de type 2 est liée à l’obésité. C’est également le cas d’au moins 60 % des maladies cardiovasculaires, et 19 % des patients souffrant de maladies mentales ont des problèmes d’obésité. c’est donc probablement la plus grande menace sanitaire pesant sur notre génération et la prochaine. À Malte, le taux d’obésité élevé signifie que les cas de diabètes sont courants. Au niveau national, nous venons d’introduire de nouvelles aides et un meilleur accès à l’insuline.

Au niveau européen, nous sommes conscients que le diabète est une maladie problématique, et nous voulons mettre en place une collaboration avec l’association européenne du diabète. Nous pouvons lutter contre le diabète en luttant contre l’obésité.

L’e-santé été mis sur le devant de la scène au niveau européen. Pensez-vous que cette offensive innovante pourrait bénéficier à la fois aux patients et à l’industrie pharmaceutique ?

En mai, Malte accueillera la semaine de l’e-santé. Il y a deux aspects importants à considérer. Le premier est l’innovation, comme vous l’avez mentionné. La m-santé (santé mobile), l’e-santé et les nouvelles applications qui voient le jour changent la manière dont les citoyens s’occupent de leur santé, ce qui est très important.

Traditionnellement, les gens ont tendance à se tourner vers un médecin, mais les applications d’e-santé sont en train de changer ce réflexe. Ces apps doivent toutefois être accréditées. Ils y en a énormément sur le marché et nous devons nous assurer qu’elles sont valables. C’est important parce qu’elles facilitent la gestion personnelle de la santé.

Ensuite, il y a la question des mégadonnées. La collecte des mégadonnées est devenue une industrie importante à la fois dans le secteur pharmaceutique et dans la manière dont on traite les maladies. Mais nous devons aussi assurer le respect des droits des patients, à qui appartiennent les données.

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