Pour Stella Kyriakides, AstraZeneca reste un « élément essentiel » du portefeuille vaccinal de l’UE

Stella Kyriakides est psychologue de formation. Depuis décembre 2019, elle occupe le poste de commissaire européenne à la santé. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Après des mois de promesses trahies et d’objectifs contractuels manqués, la Commission européenne a décidé de renforcer son offensive contre la firme pharmaceutique AstraZeneca. Cependant, la commissaire européenne à la santé Stella Kyriakides a déclaré que son vaccin était « un élément essentiel » du portefeuille vaccinal du bloc.

Stella Kyriakides est psychologue de formation. Depuis décembre 2019, elle occupe le poste de commissaire européenne à la santé.

Comment progresse la stratégie vaccinale au sein des États membres ?

La vaccination commence à prendre de la vitesse à travers le bloc depuis quelques semaines. Presque 35 % de la population a reçu la première dose, et 14 % la deuxième. En janvier 2020, nous administrions 300  000 doses par semaine. Aujourd’hui ce chiffre s’élève à 20 millions, soit environ 3 millions de doses par jour. Au vu de ces progrès, nous pouvons dire avec certitude que nous serons en mesure de livrer assez de doses pour atteindre l’objectif de 70 % d’adultes vaccinés d’ici à juillet. Cela nous permet d’envisager la période estivale avec un optimisme prudent. Cependant, dans une crise comme celle que nous traversons, vous devez être préparés.

De quelle façon ?

Nous nous préparons à la possibilité de devoir planifier des vaccins de rappel d’ici à la fin de l’année. Nous nous préparons à la possibilité de devoir vacciner nos enfants et adolescents de moins de 16 ans. Au cours du week-end, nous avons approuvé un contrat de 1,8 milliard de doses BioNTech/Pfizer pour 2022 et 2023. D’autres accords semblables devraient voir le jour. Les citoyens de l’UE bénéficieront certes de l’entente nouée, mais nous souhaitons partager autant que possible avec le reste du monde. L’Europe est le seul continent qui vaccine massivement ses citoyens tout en exportant les vaccins à travers le globe. Nous avons exporté quelque 200 millions de doses depuis janvier 2021.

Vous avez proposé la stratégie en matière de traitement contre la Covid-19 la semaine dernière. Pourquoi maintenant ?

Il s’agit d’une proposition très importante. Nous nous sommes focalisés sur les vaccins, mais la Covid-19 est un virus dont nous savons maintenant qu’il deviendra sans doute endémique. Les vaccins contre le SARS-CoV-2 ne peuvent pas être notre seule réponse face à cette pandémie. De plus, certains souffrent de « la Covid-19 longue », dont les effets se font ressentir sur le long terme. Des répercussions qui font des ravages au sein de la population. D’ici à octobre 2021, nous espérons développer et autoriser trois nouveaux traitements contre la Covid-19 et peut-être deux supplémentaires d’ici à la fin de l’année.

Comment l’UE aborde-t-elle l’hésitation vaccinale ? Celle-ci est-elle due aux problématiques liées à AstraZeneca ?

L’ensemble des États membres doit s’atteler à cette question. Nous ne pourrons pas rouvrir nos pays de manière efficace sans un taux de vaccination élevé au sein de la population. Si le degré d’hésitation vaccinale est considérable, les variants se propageront. Nous travaillons étroitement avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et plusieurs experts pour avoir un aperçu général de la situation dans les différents États membres. Nous devons comprendre pourquoi certains peinent à atteindre le taux de vaccination que nous souhaiterions. Comme vous l’avez énoncé, il se pourrait que ce phénomène s’explique par le manque de confiance dans le vaccin AstraZeneca. Mais peut-être y a-t-il d’autres raisons  ? Nous devons être conscients des différences à l’échelle nationale.

Concernant AstraZeneca, la Commission européenne a lancé de nouvelles procédures judiciaires à son encontre. L’avocat représentant la Commission a déclaré que l’UE attendait au moins 120 millions de doses d’ici à juin. Souhaitez-vous également une compensation financière ?

Les procédures sont en cours. AstraZeneca reste un élément essentiel du portefeuille vaccinal européen, étant donné que son vaccin est administré à bon nombre de nos citoyens. Nous souhaitons disposer des vaccins que la société s’était contractuellement engagée à nous livrer le plus rapidement possible, étant donné qu’elle n’a pas tenu ses promesses.

Quels autres contrats vaccinaux la Commission européenne envisage-t-elle à l’avenir ?

Il se pourrait que nous ayons besoin de vaccins capables de s’adapter aux variants dans un délai très court. Dans ce contexte, nous nous concentrons sur les technologies éprouvées, comme les vaccins ARN. Bien entendu, nous envisageons tout de même d’autres contrats, par exemple, fondés sur d’autres technologies, telles que les protéines thérapeutiques. Un large éventail vaccinal nous permet plus de souplesse et de rapidité dans la lutte contre la pandémie.

Comment les restrictions devraient-elles être relaxées ?

Les vaccinations et leur preuve grâce au certificat européen Covid-19 offrent l’occasion aux États membres d’ajuster les mesures restrictives existantes. Nous devons encore agir avec prudence et analyser minutieusement les répercussions de l’assouplissement des restrictions sur la propagation du virus et des variants. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies élabore actuellement un modèle devant aider les États membres à prendre des décisions sur la relaxation des mesures et à calculer leurs impacts éventuels, et ce afin de déterminer ce qui est adéquat et quand. Finalement, nous voudrions être en mesure d’ouvrir nos économies et sociétés sans danger et le plus rapidement possible.

Quand aurions-nous plus de précisions sur la vaccination pour les enfants ?

Nous envisageons désormais la possibilité de vacciner les enfants et les adolescents le plus rapidement possible. L’évaluation d’incidence de l’Agence européenne des médicaments (EMA) est absolument fondamentale. L’EMA a commencé son évaluation du vaccin BioNTech/Pfizer pour les enfants (12-15 ans) il y a 10 jours. Les résultats devraient être annoncés dans les prochaines semaines. L’Agence a déjà autorisé le vaccin pour les jeunes de plus de 16 ans. Il s’agit d’un autre élément de la stratégie vaccinale qui évolue très rapidement.

Il est "injuste" de reprocher à l'Allemagne sa position sur les brevets vaccinaux, selon le Premier ministre portugais

Le premier ministre portugais a déclaré qu’il considérait comme « injustes » les arguments qui imputent à l’Allemagne le scepticisme de l’UE concernant la renonciation aux brevets sur les vaccins COVID-19, soulignant que la plupart des États membres suivent la même ligne.

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