L’e-cigarette a sa place dans le plan de lutte contre le cancer, mais « nous devons rester vigilants »

« Je ne vois pas de raison selon laquelle la cigarette électronique et ses dérivés devraient bénéficier de réduction ou d’exemption fiscale », a indiqué Mme Rivasi [European Parliament]

La cigarette électronique réduit « sans doute » les risques [de cancer] par rapport à la cigarette conventionnelle. Bien qu’elle ait sa place dans le plan européen de lutte contre le cancer, elle ne devrait pas bénéficier pour autant d’une réglementation « allégée ». Le bloc devrait l’appréhender avec la même vigilance que les produits du tabac, a fait savoir l’eurodéputée Michèle Rivasi dans un entretien avec EURACTIV.

Michèle Rivasi est députée française (Europe Écologie Les Verts – Verts/ALE) au sein du Parlement européen

Selon vous, comment la cigarette électronique devrait-elle être appréhendée dans le droit européen ? Devrait-elle être traitée de la même façon que les produits du tabac / la cigarette conventionnelle ?

Je vous dirai « oui mais… ». La cigarette électronique est un produit qui doit être traité avec le même niveau de vigilance que les produits du tabac, tout en s’adaptant à ses spécificités. C’est toute la difficulté de cette gamme de produits apparus il y a une quinzaine d’années. Pour nous, les Verts, si l’usage de la cigarette électronique se réclame d’une alternative au tabac, comme un produit de substitution ou pour réduire les ravages associés à la cigarette conventionnelle – qui tue la moitié des gens qui en consomment et qui est responsable en Europe d’un quart des morts de cancer, rappelons-le  !, nous devons considérer les cigarettes électroniques comme un dispositif médical, au même titre que les gommes ou les patch qui sont des produits pharmaceutiques.

Un autre aspect clé est celui des arômes et des recharges. L’alerte sanitaire de 2019 aux États-Unis, qui a touché plus de 2800 personnes et causé 68 décès, est le résultat d’un trafic de cartouches illicites. Là encore, nous les Verts sommes particulièrement attentifs à ce risque et militons en faveur d’une réglementation contraignante. Nous ne savons rien, ou malheureusement très peu, des effets des additifs chimiques utilisés dans les liquides des e-cigarettes, des résidus de leur combustion et de leurs effets combinés, y compris à long terme. Les professionnels de la filière eux-mêmes reconnaissent leur ignorance et souhaitent en savoir plus sur la conséquence réelle de leurs produits.

Ce n’est pas parce que les cigarettes électroniques paraissent moins toxiques que les produits de tabac conventionnel qu’elles doivent bénéficier d’une réglementation « allégée ».

Des études montrent que la cigarette électronique est moins dangereuse que la cigarette conventionnelle. Permettrait-elle aux grands fumeurs d’abandonner la cigarette conventionnelle ?

Plusieurs études et de nombreux tabacologues observent en effet que le passage à la cigarette électronique permet de sortir plus facilement du tabac traditionnel. Il y aurait donc une réduction de la consommation de tabac, mais pas forcément un arrêt du tabac. De même, d’autres chiffres constatent que seul 1 jeune sur 6 qui goûterait aux cigarettes électroniques devient fumeur, contre 1 sur 2 après l’essai d’une cigarette conventionnelle. On peut citer dans le même temps une étude du Journal of the American Medical Association publiée en 2018 qui relève que les adolescents non-fumeurs qui utilisent des cigarettes électroniques ont 2 à 3 fois plus tendance à commencer à fumer du tabac que ceux qui n’ont jamais essayé.

Nous sommes donc à la fois en présence d’un produit, ou d’un usage, qui est une aide pour réduire la consommation de tabac des fumeurs tout en se révélant une porte d’entrée dans le tabagisme. Ces contradictions apparentes expliquent les déclarations de l’OMS affirmant que les cigarettes électroniques sont « incontestablement nocives » et le fait que la cigarette électronique s’inscrit à part entière dans l’univers du tabac.

Les investissements massifs des géants du tabac dans ce nouveau secteur illustrent cette continuité. D’ailleurs, avouons-le, les experts restent divisés pour savoir si nous sommes en train de parler d’une consommation à risque ou plutôt d’une population à risque, qui aurait goûté au tabac de toute façon. Les deux facettes existent, reconnaissons-les.

La cigarette électronique devait-elle être moins taxée par rapport aux produits du tabac ?

Non. Je ne vois aucune raison à ce que la cigarette électronique et ses produits bénéficient de réduction ou d’exonération fiscale.

Qu’attendez-vous du rapport de la Commission européenne sur la transposition de la directive sur les produits du tabac, prévu le mois prochain ?

Nous connaissons déjà les points faibles de la législation sur le tabac chauffé et les cigarettes électroniques. Nous avons besoin de vente et de publicité mieux encadrées, d’une analyse poussée des additifs et de leur effet cocktail, d’une interdiction des arômes et mentions sanitaires obligatoire pour alerter les non-fumeurs des risques comme cela se fait pour les cigarettes traditionnelles. La vente aux mineurs doit également être interdite. Le panorama des produits du tabac et du vapotage vendus en France, publié en octobre 2020 à la suite de la crise sanitaire vécue aux États-Unis, a noté les incohérences et non-conformités dans les déclarations des fabricants. Nous verrons bien si la Commission, dont la proximité avec les industries du tabac a continué à être soulignée ces dernières années, aborde ces points dans son rapport.

Y a-t-il une place pour la cigarette électronique dans le plan européen de la lutte contre le cancer ?

A lire la presse ou les prises de position des représentants du lobby des e-cigarettes, il semble que ce soit le cas ! Compte tenu de la responsabilité du tabac dans le développement des cancers, l’un des premiers enjeux pour prévenir le cancer est bien de réduire le tabagisme. La cigarette électronique a donc sa place au sein du plan européen de lutte contre le cancer. La cigarette électronique est sans doute un produit qui permet de réduire les risques, mais ce n’est pas la panacée que ses adeptes – et les entreprises qui sont derrière eux – veulent nous faire croire. Restons vigilants !

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