« Plus de prévention permettrait de réduire les dépenses de santé »

Philippe Thébault

Les maladies cardiovasculaires sont toujours la 1ère cause de mortalité dans le monde, et la situation semble aller de mal en pis. En Europe, les facteurs de risque (obésité, tabagisme, alcoolisme) augmentent, et les actions de prévention ne suivent pas toujours. 

Philippe Thébault est président de l’Alliance du Cœur, une organisation qui regroupe des associations et fédérations liées aux maladies cardiovasculaires.

Les politiques publiques en France sont-elles suffisamment ambitieuses pour lutter contre les facteurs de risque ?

On voit bien que pour la « prévention » des facteurs de risque, nous n’avons pas de politique cohérente au regard des autres pays européens, qui ont beaucoup plus investi dans les moyens et dans la communication.

Il serait facile de démontrer qu’une action de prévention permet d’économiser sur la prise en charge (urgences, hospitalisation, parcours de soins…) grâce un investissement minime, une action concertée des pouvoirs publics, des associations de patients, des professionnels de santé et de la presse ! Le dépistage d’une personne présentant certains signes (hypercholestérolémie, diabète, etc.) permettrait une prise en charge immédiate permettant d’éviter l’accident cardiovasculaire (AVC, infarctus, etc.) et réduirait considérablement les dépenses de santé.

Qu’est-ce qui empêche les politiques d’agir ?

Sur certains facteurs de risque, comme le tabac et l’alcoolisme, nous sommes en présence de lobbys qui mettent tout en œuvre pour préserver leur activité commerciale, en s’adressant aux politiques de différentes façons.   

Existe-t-il des pays où les politiques de santé publique ont obtenu des résultats tangibles dans la diminution de ces facteurs ?

Dans certains pays nordiques, la prévention est pratiquée de façon plus systématique, et davantage de moyens sont apportés pour informer sur ces facteurs de risque, ce qui permet une meilleure prise en charge.   

Le lien entre les maladies cardiovasculaires et la pollution de l’air existe. En agissant sur le climat, il serait donc possible de réduire les morts prématurées. L’Alliance du cœur attend-elle quelque chose de la COP 21 ?

Nous n’attendons pas grand-chose, sinon qu’une seule action menée jusqu’à son terme, soit vraiment initiée ; dans ce genre de grand-messe beaucoup de choses sont évoquées, mais très peu sont engagées. Sans être pessimistes, nous souhaitons que les idées émergentes de la COP 21, soient prises en compte (ne serait-ce que l’une d’entre elles) au niveau national, car le débat est souvent ramené au niveau mondial ; cela est une bonne chose, mais la mise en place de certaines décisions est un peu surréaliste sur une échelle aussi importante.

D’autres maladies comme l’hypercholestérolémie familiale (HF) ne sont pas liées à des facteurs de risque externes, mais à la génétique. Dans ce cas, quelles actions préconisez-vous ?

Comme pour toute maladie « d’origine génétique », la meilleure des préventions est la limitation des facteurs de risque, bien sûr, mais surtout le dépistage génétique lorsque la maladie est connue au sein d’une famille. Augmenter les contrôles pour les hommes, qui font plus rarement des bilans sanguins que les femmes, compte tenu d’une contraception et d’autres raisons.

Une prise en charge précoce permet de mieux contrôler la pathologie et d’en ralentir la progression.

Pour des maladies rares comme l’HF, certains prétendent que les professionnels de la santé ne sont pas assez informés, qu’en pensez-vous ?

Qu’il s’agisse de l’HF, des canalopathies cardiaques ou des cardiomyopathies, voire d’autres pathologies peu communes, il est regrettable qu’elles soient parfois totalement méconnues des professionnels de santé.

Un important travail doit être réalisé, notamment avec les centres de référence maladies rares, et aujourd’hui avec les filières de santé, pour diffuser les pratiques et recommandations existantes auprès de l’ensemble du corps médical.

Il faudrait mettre en place une formation continue, pour les médecins généralistes, qui sont davantage en contact avec les patients, et ce, de façon plus régulière.

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Alliance du coeur

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