La vaccination des adultes améliore la santé globale

Daphné Holt: « Les professionnels de santé jouent un rôle crucial dans l’acceptation des programmes de vaccination par l’opinion publique » [Sarantis Michalopoulos]

La professeure Daphné Holt est présidente de la Coalition pour une vaccination continue. Elle participait au Forum européen de la santé de Gastein, en Autriche.

Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de votre campagne pour la vaccination continue ?

Je souhaite encourager les citoyens à accepter l’idée que la vaccination n’est pas réservée aux enfants. Au contraire, elle est nécessaire à tout âge et à n’importe quelle étape de la vie, tout particulièrement lorsque d’autres problèmes viennent affaiblir le système immunitaire.

Pour que le vaccin soit un jour considéré comme un banal événement de la vie, un changement des mentalités et des comportements s’avère nécessaire. La qualité, la cohérence et la transparence de l’information sont primordiales dans un monde où méfiance vis-à-vis des experts et campagnes anti-vaccin sont légion. À cet égard, les autorités et les militants pro-vaccin doivent améliorer leur visibilité sur les réseaux sociaux.

Le Parlement européen s'inquiète des fakes news sur les vaccins

Favorisée par le mouvement anti vaccins, une épidémie de rougeole a déjà fait  plusieurs morts. Des eurodéputés insistent sur l’importance des vaccins pour les enfants, mais aussi les adultes.

 

Quels sont les avantages de la vaccination continue ? Pourrait-elle permettre d’alléger les dépenses de santé ?

Si chaque citoyen était assidu et à jour dans sa vaccination, son système immunitaire s’en verrait renforcé à vie, de sorte que la population entière vieillirait en meilleure santé.

En outre, la vaccination contre les maladies les plus communes a pour avantage de prémunir contre les effets de comorbidité [existence de plusieurs troubles ou maladies chez un patient], garantissant ainsi une hausse de la qualité de vie et de la longévité.

Le recours généralisé à la vaccination présente l’intérêt suivant : en immunisant toute la population, ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas être vaccinés, et ceux qui arrivent sans antécédents de vaccination, comme les réfugiés, sont également protégés !

Une bonne vaccination profite à la société toute entière, mais aussi à l’État, en allégeant les dépenses qui pèsent sur les systèmes de sécurité sociale, puisqu’elle pourrait permettre de réduire dix fois leur coût. De plus, l’impact de la résistance aux antimicrobiens engendre une augmentation des frais de santé et du nombre de maladies difficiles à traiter.

La vaccination est donc un moyen efficace de lutter contre la résistance aux antimicrobiens et de réduire les coûts des systèmes de santé.

Que conseilleriez-vous à l’UE, en sachant que la vaccination relève de la compétence nationale ?

La vaccination incombe aux autorités nationales et que chaque pays doit donc faire ses propres choix en termes de mise en œuvre. Toutefois, l’UE a un rôle à jouer ; elle peut assurer la liaison entre les développeurs, les fabricants et les distributeurs de vaccins, contribuant ainsi à la compétitivité des prix, à l’efficacité de l’approvisionnement et même à la constitution de stocks, si les États membres le souhaitent.

Elle peut également encourager l’échange des bonnes pratiques entre États membres en matière de production et de mise en œuvre de plans nationaux. Ces plans viseraient à accroître la couverture vaccinale afin que le Plan d’action européen de l’OMS atteigne ses objectifs d’ici 2020. Enfin, l’UE peut aussi mettre des fonds à disposition pour la recherche.

Il existe une recommandation du Conseil de l’UE sur le renforcement de la lutte contre les maladies à prévention vaccinale. Quel est l’état actuel des choses ?

Mes confrères et moi-même sommes ravis de constater les efforts de l’Europe pour une vaccination régulière, à commencer par le soutien du Parlement européen, qui a émis une résolution à l’encontre du mouvement anti-vaccin. Cette résolution appelle les États membres à s’assurer que la couverture vaccinale soit étendue à toute la population, au-delà des jeunes enfants, et que tous les groupes de population puissent bénéficier de la vaccination à vie.

Elle semble avoir trouvé écho auprès des commissaires européens, qui ont intégré l’été dernier la vaccination régulière dans une proposition de recommandation du Conseil. Cette proposition invite notamment les États membres à structurer leurs propres plans nationaux de vaccination d’ici 2020, d’un point de vue théorique comme pratique, dans le respect du principe de vaccination régulière et continue.

Cette proposition invite les États membres à prévoir des contrôles de routine et des campagnes régulières de vaccination à tout stade de la vie, que ce soit à l’école, sur le lieu de travail ou dans les centres de soin. Elle prévoit aussi des mesures de financement durable.

Concernant les discussions officielles sur la proposition, il semblerait qu’elles aient vite progressé en très peu de temps, puisqu’elle sera officiellement adoptée en décembre.

Les pays de l’UE se lancent dans l'échange de dossiers médicaux numériques

L’Estonie et la Finlande vont commencer à s’échanger des « e-dossiers médicaux » dès la fin de l’année. Une initiative pionnière que la ministre estonienne de la santé, Riina Sikkut, espère voir fleurir dans d’autres pays de l’UE.

Comment convaincre les États membres de l’UE de la nécessité d’une approche holistique ? À votre avis, pourquoi ne l’ont-ils pas encore compris ?

La vaccination a beau relever de la compétence nationale, il y a trois choses qui vont obliger les États membres à trouver un terrain d’entente : la nature transfrontalière des maladies infectieuses, la pénurie de médicaments, et enfin, un mouvement anti-vaccin de plus en plus marqué à travers l’Europe.

Un moyen efficace d’encourager l’approche holistique selon moi serait la mobilisation de l’opinion publique au niveau national et européen. Une coopération transfrontalière sera également nécessaire. Enfin, on compte beaucoup sur les professionnels de santé pour vanter les mérites de la vaccination, tant au niveau du grand public qu’à celui des décisionnaires. Une fois que l’opinion publique sera acquise, le politique suivra.

Subscribe to our newsletters

Subscribe