Les vaccins victimes de leur propre succès ?

Seth Berkley, PDG de l'Alliance GAVI. [EPA/BOTMA]

Le déclin de la confiance à l’égard des vaccins est en partie dû à un sentiment de sécurité, puisque les maladies qui ont tué des millions de personnes n’existent plus. Et ce grâce à la vaccination, explique un épidémiologiste.

En marge des Journées européennes du développement de 2019, le directeur général de l’alliance mondiale GAVI pour les vaccins, le Dr Seth Berkley, a déclaré que l’atteinte du niveau maximum de couverture vaccinale était autrefois le principal défi sanitaire.

« Le problème aujourd’hui est que les gens choisissent de ne pas vacciner leurs enfants », a-t-il déclaré, ajoutant que cette tendance était, ironiquement, causée par le fait que les vaccins avaient éradiqué les maladies les plus mortelles.

« Par exemple, lorsque ma femme était médecin traitant au grand hôpital universitaire de New York, elle n’a jamais vu de cas de rougeole, de tétanos ou de coqueluche », explique-t-il.

Cette grande efficacité dans la lutte contre les maladies infectieuses a conduit à une forme de complaisance, donnant lieu à la propagation de diverses rumeurs et préoccupations, selon l’expert. « Aujourd’hui, les réseaux sociaux servent d’amplificateurs et permettent aux groupes de se réunir et de diffuser de la désinformation aussi bien que de l’information. »

Les pays en développement se sont heurtés à différentes difficultés pour accroître la couverture, telles que l’urbanisation massive, les situations de réfugiés ou parfois l’isolement. « Là-bas, les gens peuvent marcher pendant des heures et attendre leur piqûre parce qu’ils savent ce que ces maladies peuvent faire. »

Le Global Monitor Report récemment publié par le Wellcome Trust, une organisation partenaire de GAVI, a révélé qu’environ un cinquième de la population en Europe n’est pas d’accord avec la vaccination ou craint que les vaccins ne soient pas sûrs.

Les niveaux de confiance les plus bas se situent en Europe de l’Ouest, où 22 % des gens considèrent les vaccins comme dangereux, alors qu’un Français sur trois pense que les vaccins ne sont pas sûrs.

Près de la moitié des Européens craignent les effets secondaires des vaccins

85 % des citoyens européens pensent que les vaccins sont un moyen efficace d’empêcher les maladies, mais la moitié d’entre eux croient qu’ils peuvent « souvent produire des effets secondaires », selon un nouveau sondage Eurobaromètre.

Nationalisme inutile

Selon les rapports nationaux, 82 596 personnes dans 47 des 53 pays de la région Europe de l’OMS ont contracté la rougeole l’an dernier, et 72 personnes sont mortes du virus.

« C’est extraordinaire pour un vaccin qui existe depuis 60 ans, qui est bon marché, totalement sûr et d’une grande efficacité », a déclaré Seth Berkley.

L’UE s’est engagée à faire de l’Europe un continent sans rougeole d’ici à 2030, mais selon lui, « cela n’arrivera pas ».

La Roumanie peine à endiguer une épidémie de rougeole

La Commission européenne a soutenu la décision de la Roumanie de suspendre temporairement les exportations de vaccins ROR au reste de l’UE dans une situation d’épidémie et d’épuisement des réserves de vaccins. Un article d’Euractiv Roumanie.

Bien que la vaccination relève toujours de la compétence des États membres, Seth Berkley félicite l’UE pour sa volonté de maintenir le sujet en tête de l’agenda politique, puisque la Commission européenne organisera un Sommet mondial sur la vaccination en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en septembre.

Il a également apprécié le comportement des pays européens lors du sommet des ministres de la Santé du G7 qui s’est tenu les 16 et 17 mai 2019 à Paris sous la présidence française. « Ils ont discuté en groupe de l’importance de ce sujet et du défi que cela représente pour tous les pays. »

Selon l’épidémiologiste, le nationalisme ne peut pas apporter de solutions en cas de contagion ou de pandémie. « On ne peut pas ériger un mur et arrêter les maladies infectieuses. »

Dans un monde où près d’un milliard de personnes quittent leur pays d’origine chaque année, l’idée d’être en sécurité dans mon pays ou ma communauté n’est plus valide, a-t-il dit.

Lutte contre la désinformation

Sur Internet, la désinformation est omniprésente et peut conduire dans la mauvaise direction. Certains éléments importants peuvent aider à lutter contre la désinformation sur la vaccination, a souligné l’expert, mais aucun n’est suffisant. « De toute évidence, le plus important c’est de croire en la science, et c’est particulièrement important pour les vaccins. »

« Mais cela va plus loin parce que ce qu’il faut vraiment, c’est avoir un environnement de soutien », explique-t-il.

Selon l’épidémiologiste, il est important d’identifier les principaux responsables de la communauté, comme les scientifiques, les politiques, les chefs religieux locaux ou les groupes communautaires locaux, afin d’avoir un mouvement populaire en faveur des vaccins.

Les eurodéputés dénoncent les mouvements anti-vaccination

La commission « environnement » du Parlement européen a appelé les États membres à renforcer leur loi contre les mouvements anti-vaccination et à informer davantage leur population. Un article de notre partenaire, Euroefe.

Toutefois, le dernier élément indispensable n’est pas seulement l’élimination des mauvaises informations, mais aussi le partage des informations positives.

« Quand quelqu’un va sur Internet pour chercher de l’information, il ne devrait pas être dirigé vers la désinformation connue », a-t-il souligné. « Si j’ordonne à quelqu’un d’intimider quelque d’autre et que ce dernier se suicide, je pourrais être accusé d’homicide involontaire. Mais dans le cas où quelqu’un diffuse des informations erronées sur les vaccins et tue quelqu’un, rien ne se passe. »

« Nous avons fait pression pour que les entreprises de médias sociaux orientent les gens vers des informations fiables et éliminent la désinformation », conclut-il.

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