Aider les consommateurs à acheter écologique

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Alors que la pression monte pour que nous adoptions un style de vie respectueux de l’environnement, les dirigeants politiques et les entreprises envisagent de nouvelles façons d'encourager la population à acheter des produits « verts ». Cependant, les associations de consommateurs mettent les dirigeants en garde contre un excès d'informations fournies aux acheteurs, et affirme que la dimension écologique n’est pas toujours vérifiée de manière indépendante.

La Commission européenne souhaite convaincre les consommateurs qu'un effort pour la protection de l'environnement peut à la fois leur faire faire des économies et sauver la planète.

En 2012, l'exécutif européen prévoit de présenter des recommandations sur la responsabilisation des consommateurs dans l'UE. Celles-ci devraient se concentrer sur l'étiquetage des aliments.

Les logements privés et les transports ont été privilégiés par Bruxelles comme des domaines où les consommateurs peuvent agir pour protéger l'environnement.

Ils peuvent apporter leur contribution en isolant leurs bâtiments, en installant des panneaux solaires ou en exigeant de l'électricité produite par des sources d'énergie renouvelable. Ils peuvent aussi échanger leur voiture à moteur thermique contre une voiture électrique ou passer à des systèmes de chauffage et à des appareils économes en énergie.

Toutefois, vu le nombre croissant d'entreprises qui se disent écologiques, les associations de consommateurs estiment qu'il est de plus en plus difficile de savoir qui croire.

Et dans tous les cas, nombreux sont ceux qui ne peuvent tout simplement pas s'offrir le luxe d'acheter des produits écologiques, bien souvent plus coûteux.

D'autre part, certains affirment que le consommateur ne devrait pas assumer toutes les responsabilités, dans la mesure où il peut manquer de temps ou de motivation pour vérifier toutes les informations mises à sa disposition.

 

Les décideurs politiques européens envisagent comment responsabiliser les consommateurs pour qu'ils modifient leurs habitudes d'achat et les encourager à avoir des modes de vie plus durables.

L'une des directions privilégiées consiste à fournir aux consommateurs les outils dont ils ont besoin pour faire des choix plus respectueux de l'environnement.

Pour de nombreux consommateurs, le sentiment que les produits écologiques sont plus chers est sans doute le plus grand obstacle aux achats éco-responsables.

La Commission européenne le reconnaît. « Les actions individuelles peuvent coûter cher », a admis Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'action climatique. « Tout le monde ne peut pas se permettre d'acheter une nouvelle voiture. Tout le monde ne peut pas se permettre d'installer de nouveaux systèmes géothermiques ou solaires. Des prix moins élevés pourraient bien entendu augmenter la demande et donc favoriser une action en faveur du climat ».

En même temps, « si l'on prend en considération les coûts sur toute la durée de vie, il est possible de réaliser d'énormes économies. Avec la bonne information, le consommateur est encouragé à faire le bon choix », a insisté Mme Hedegaard.

« Par conséquent, il est important de davantage développer le marché des produits durables. Il y a de l'argent à gagner et de l'argent à économiser pour tout le monde », a-t-elle expliqué.

Elle s'est exprimée lors du World Congress of Consumers International, un groupe de coordination mondial indépendant qui rassemble 220 organisations nationales de consommateurs, qui s'est réuni à Hong Kong en mai 2011.

Communication de la Commission en 2012

Pour relever ces défis, la Commission européenne élabore en ce moment une communication sur la responsabilisation des consommateurs dans l'UE. Elle devrait être présentée en 2012.

« Les marchés, le marketing, les produits et les services deviennent de plus en plus complexes et sophistiqués. Les consommateurs rencontrent des difficultés à faire des choix informés et à prendre des décisions dans leur propre intérêt », a déclaré la Commission.

« Dans ce contexte, l'objectif de la communication est de rassembler les bonnes pratiques sur la responsabilisation des consommateurs s'agissant de l'information, de l'éducation, des médias, de la représentation et la réparation », explique-t-elle.

Cette communication, prévue pour être un acte non législatif, aura pour objectif d'identifier « les meilleures pratiques en termes d'information du consommateur, de conseils donnés au consommateur, de la gestion des plaintes de consommateurs, d'éducation et de renforcement des capacités du consommateur ainsi que l'élaboration de lignes directrices sur la transparence des prix et les informations relatives à la qualité/performance ».

Le débat se concentre sur l'étiquetage et la certification écologiques

Dans le même temps, alors que les dirigeants politiques européens débattent de nouvelles règles sur l'étiquetage, certaines associations de consommateurs affirment que les acheteurs ne peuvent pas toujours se fier aux étiquettes lorsqu'ils veulent acheter des produits respectueux de l'environnement.

L'industrie des produits de la mer serait particulièrement pointée du doigt. « Savoir quel produit de la mer est le meilleur pour votre santé et pour la planète s'avère difficile », explique Food & Water Europe, un groupe de pression.

« Un certain nombre de programmes de certification privés pour le poisson fournissent des normes et des étiquettes fiables s'agissant d'évaluer si un produit de la mer est « respectueux de l'environnement » ou « produit de manière durable », mais ce qu'ils ne vous disent pas est tout aussi important que ce qu'ils vous disent, et c'est là que les choses deviennent compliquées pour les acheteurs consciencieux », explique le groupe.

En mai 2011, Food & Water a publié un nouveau guide du consommateur sur les étiquettes écologiques afin de faire savoir aux acheteurs ce qu'on leur dit et ce qu'on leur cache sur le poisson qu'ils mangent.

De nombreuses étiquettes écologiques analysées par le groupe ne se sont pas révélées à la hauteur en termes de normes environnementales, de responsabilité sociale, de relations communautaires, de réglementations du travail, de droit international et de transparence.

Parmi ces insuffisances, on trouve le fait que certaines pêcheries qui ne sont pas aux normes soient certifiées conformes, que des étiquettes écologiques soient utilisées à des fins de marketing et que certaines étiquettes ne prennent pas en compte l'empreinte carbone.

Food & Water a également affirmé que de nombreux systèmes d'étiquetage écologique ne se conformaient pas aux lignes directrices de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur la transparence, l'indemnisation pour les dégâts causés par la pollution et la contribution au développement rural ainsi qu'à la sécurité alimentaire.

« On ne dit pas aux consommateurs que ces étiquettes ont souvent un aspect « payer pour participer » », explique Eve Mitchell de Food & Water Europe. « Une pêcherie bien gérée qui ne peut pas financer sa certification peut ne pas disposer d'une étiquette écologique, mais rester le meilleur choix, alors qu'une autre moins respectueuse de l'environnement sera peut-être certifiée, car elle aura payé pour ça ».

Par conséquent, « les étiquettes peuvent encourager les consommateurs à acheter des produits moins durables et il peut être difficile pour les clients de savoir si les étiquettes sont bien représentatives d'un aspect vert », a ajouté Mme Mitchell. « Pour nous, cela se rapproche très fort d'une tromperie du consommateur et il faut régler ce problème de manière officielle », a-t-elle insisté.

Food & Water demande à la Commission européenne d'augmenter le nombre d'informations exigées sur les étiquettes qui couvrent les produits de la mer pour plus de clarté et afin de s'assurer que les lignes directrices de la FAO sont bien comprises et respectées.

Course à l'écologie pour les entreprises

Les entreprises auront également un rôle important à jouer en s'assurant de représenter un chemin durable que les consommateurs pourront choisir de prendre.

Les grandes multinationales entrent en scène et tentent de convaincre les consommateurs désireux de respecter l'environnement qu'acheter leurs produits est un choix durable.

Les exemples sont nombreux, selon Mme Hedegaard.

« Nike collecte des chaussures de sport usagées pour les recycler et réutilise les matériaux pour fabriquer de nouvelles chaussures. Grâce à cette mesure et à d'autres décisions prises pour réduire la consommation d'énergie dans ses usines et ses bureaux, Nike a diminué ses émissions de millions de tonnes », a-t-elle affirmé.

D'ici 2020, la multinationale anglo-néerlandaise Unilever a pour objectif de permettre à plus d'un milliard de personnes d'agir pour améliorer leur santé et leur bien-être et de séparer sa croissance de son impact sur l'environnement. « Une marque plus durable est souvent plus désirable », explique l'entreprise.

Son Sustainable Living Plan (en français : « Plan pour une vie durable ») se concentre sur trois principaux domaines : santé et bien-être, environnement, et meilleurs moyens de subsistance.

L'idée est d'orienter la préférence du consommateur. Selon Unilever, « les consommateurs du monde entier veulent être rassurés sur le fait que les produits qu'ils achètent sont éthiques et qu'ils protègent les ressources naturelles de la planète ».

« Respecter ces engagements ne sera pas facile. Pour cela, nous devrons collaborer avec les gouvernements, les ONG et les fournisseurs, entre autres, pour relever les grands défis qui nous attendent », a déclaré Paul Polman, le PDG d'Unilever.

« En fin de compte, nous ne réussirons que si nous incitons des milliards de personnes dans le monde à agir petit à petit chaque jour afin de faire une grande différence et qu'au final, ces actions nous permettent de vivre plus durablement », a-t-il ajouté.

Unilever a pour but de diminuer de moitié l'impact qu'ont ses produits sur la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l'atmosphère au cours de leur vie d'ici 2020. L'entreprise prévoit également de diviser par deux la quantité d'eau associée à l'utilisation de ses produits par les consommateurs d'ici 2020 et de réduire de moitié les déchets associés l'élimination de ses produits d'ici 2020 aussi.

Unilever a également pour objectif de se procurer de manière durable 100 % de ses matières premières agricoles d'ici 2020 et d’intégrer plus de 500 000 petits agriculteurs et distributeur de petite échelle à sa chaîne d'approvisionnement d'ici 2020.

Aider les consommateurs à faire le bon choix

Toutefois, dans une société où la rapidité et la facilité sont au centre des préoccupations, la capacité de nombreux consommateurs à faire des choix écologiques dépendra des produits présents dans leur supermarché local.

La Commission tente de trouver des moyens d'aider les consommateurs respectueux de l'environnement à faire leurs achats aux bons endroits.

Les consommateurs peuvent réduire leurs émissions de CO2 lors qu'ils vont faire leurs courses. Ils peuvent acheter des légumes locaux au lieu de légumes arrivés par avion et ils peuvent ne pas manger de la viande tous les jours.

« Il faut 10 fois plus d'énergie pour produire de la viande ou des produits laitiers que pour des fruits et légumes locaux. De nombreux consommateurs ont le choix et ils peuvent faire le bon », a expliqué Mme Hedegaard.

Certains supermarchés ont arrêté d'offrir des sacs en plastique à leurs clients, optant plutôt pour la vente de grands sacs réutilisables. D'autres continuent à distribuer de petits sacs plastiques, mais ils sont payants.

« Utilisez-vous des sacs en plastique ou des sacs réutilisables ? Un sac plastique classique est utilisé durant cinq minutes, mais il lui faut 500 ans pour se décomposer », a ajouté Mme Hedegaard.

« Les produits sont là. Engageons-nous dans une autre  façon de vivre, où moins consommer est à la mode », a-t-elle déclaré.

Réduire les déchets alimentaires

Les déchets alimentaires représentent un autre problème important. « Quelle quantité de nourriture jetez-vous à la poubelle ? Une étude de l'UE montre que les ménages jettent 89 millions de tonnes de nourriture chaque année : cela représente un quart de ce que nous achetons. Et 60 % de ces déchets alimentaires pourraient être évités. Il s'agit également d'une responsabilité morale », a expliqué la commissaire.

Elle a cité la pêche en exemple, affirmant que les choix des consommateurs pouvaient avoir un impact positif sur la durabilité du secteur.

En 2000, les bateaux de pêche ont consommé 43 millions de tonnes de carburant pour attraper 80 millions de tonnes de poisson. La pêche de ces poissons a demandé 12 fois plus d'énergie que de les manger.

La Commission demande ardemment aux consommateurs de vérifier l'origine du poisson et la manière dont il est pêché. Elle leur rappelle également que certaines espèces, comme les calmars et les palourdes, sont moins menacées et demandent une moins grande consommation d'énergie lors de leur pêche.

Lever les barrières pour une consommation verte

Malgré les encouragements à acheter écologique, les consommateurs peinent souvent à identifier quels sont les produits qui respectent réellement l'environnement. Etant donné l'énorme quantité de publicités, il serait aisé de croire que presque tous les produits sont écologiques. Mais il est difficile de savoir lesquels le sont vraiment.

Des informations complètes et fiables contribuent à la responsabilisation des consommateurs et leur permettent de faire des choix délibérés et informés en faveur de produits écologiques.

Le manque de confiance est un autre problème. Les consommateurs ne peuvent pas savoir si les revendications écologiques d'une entreprise sont justifiées ou non.

En effet, une étude menée par Consumers International en 2007 a révélé que seuls 10 % des personnes interrogées faisaient confiance aux informations fournies par les entreprises.

C'est aux gouvernements et aux associations de consommateurs de fournir des informations crédibles et de contribuer à l'éducation des consommateurs s'ils veulent les responsabiliser et les motiver pour qu'ils adoptent un mode de vie plus respectueux de l'environnement.

Les gouvernements joueront en fait un rôle crucial dans le développement de marchés pour les produits écologiques, en proposant par exemple une législation sur les exigences d'étiquetage et les incitations fiscales, ou en augmentant les taxes sur les emballages alimentaires excessifs.

La Commission européenne souhaite que les autorités publiques appliquent systématiquement des normes d'efficacité énergétique élevées lorsqu'elles achètent du matériel informatique, ont recours à des services énergétiques ou modernisent des bâtiments publics. Cela forcera les gouvernements à échanger leurs expériences dans ce domaine.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a publié un Green Claims Guide pour aider les consommateurs à identifier les affirmations trompeuses et les réels produits écologiques. Au Danemark, le médiateur des consommateurs a mis en place des critères voués à éviter l'écoblanchiment.

Certains gouvernements ont également introduit différents étiquetages écologiques et énergétiques pour les produits qui impliquent une consommation d'énergie. Ces étiquetages permettent aux consommateurs d'avoir accès à une information précise sur la consommation énergétique du produit qu'ils achètent.

En Europe, des étiquetages énergétiques ont également été mis en place à l'échelle de l'UE : la note A+++ est attribuée aux produits les plus efficaces et la note G aux moins efficaces. Ces lettres correspondent à certains critères relatifs à l'efficacité énergétique qui sont fixés par la loi, et ils sont mentionnés sur tous les produits, tels que les frigidaires, les télévisions, les machines à laver et les lave-vaisselle. 

Les chiffres avancés par la Commission européenne laissent entendre que 85 % des consommateurs placent l'efficacité énergétique devant le prix sur leur échelle de critères d'achat.

« Les étiquettes sur l'efficacité énergétique fonctionnent bel et bien. Il s'agit d'un encouragement pour les producteurs afin qu'ils améliorent les performances énergétiques de leurs appareils », a déclaré la commissaire. Elle a cité en exemple l'introduction dans l'UE d'un étiquetage énergétique pour les frigidaires en 1995, suite auquel le pourcentage de frigidaires avec congélateur de classe énergétique "A" est passé de 2 % à l'époque à 90 % aujourd'hui.

Un système d'étiquetage similaire a récemment été mis en place pour les pneus d’automobiles dans l'UE. Ces étiquettes indiquent la consommation de carburant, l'adhérence sur sol mouillé et le bruit de roulement des pneus.

De nombreux pays européens ont introduit des instruments fondés sur le marché afin d'encourager les investissements visant à améliorer l'efficacité énergétique et atteindre des objectifs nationaux d'économie d'énergie.

Par exemple, les consommateurs qui vivent dans la Région de Bruxelles-Capitale reçoivent une subvention qui représente jusqu'à 50 % de la valeur du produit lorsqu'ils achètent de l'électroménager (frigidaires, congélateurs et sèche-linge) avec une note A++.

Dans le même temps, l'Allemagne, la France, le Portugal et le Royaume-Uni font partie des pays qui ont introduit des primes à la casse qui ont eu beaucoup de succès auprès des consommateurs.

En Allemagne, les automobilistes qui échangent une vieille voiture contre une nouvelle reçoivent 2 500 euros de bonus, alors qu'en France et au Royaume-Uni, la TVA est réduite pour les voitures, les ampoules économiques et les autres produits plus respectueux de l'environnement.

Des revendications écologiques pas toujours fiables

Dans la mesure où de plus en plus d'entreprises affichent des revendications écologiques sur leurs produits, il devient difficile pour les consommateurs de savoir qui croire.

« Les Européens sont face à une quantité croissante d'informations écologiques trompeuses dans tous les domaines de la vie quotidienne : alimentation, boissons, produits cosmétiques, voitures, électricité ou appareils ménagers », a déclaré à EURACTIV Monique Goyens, directrice générale de l'organisation européenne de consommateurs, le BEUC.

Mme Goyens a cité en exemple l'usage répandu du mot « bio » dans les marques de produits cosmétiques, ou la référence exagérée à l'aspect « naturel » des cosmétiques, bien qu'ils ne soient pas issus de l'agriculture biologique. « On trouve aussi des feuilles vertes sur les emballages même si rien de tel n'apparaît dans la liste des ingrédients », a-t-elle expliqué.

« Les étiquettes vertes sur les propres marques des détaillants se multiplient, mais leurs critères sont rarement transparents ou comparables. Seuls des systèmes d'étiquetage indépendants avec des tests réalisés par des tiers, comme le label écologique de l'Union européenne, sont fiables », a affirmé Mme Goyens, ajoutant que la réglementation était devenue essentielle étant donnée la prolifération de revendications exagérées.

En effet, les autorités de la publicité ne cessent de devoir enquêter sur de nouvelles revendications vertes affichées par les entreprises lors de leurs campagnes.

Le UK Advertising Standards Authority (en français : « Bureau britannique de vérification de la publicité ») a récemment interdit une publicité télévisée sur un biocarburant à base d'algues du géant pétrolier ExxonMobil, car elle exagérait son potentiel de lutte contre le changement climatique.

En outre, le plus grand groupe de consommateurs automobilistes d'Europe a déclaré qu'il était urgent de se montrer plus transparents sur les avantages des véhicules électriques. Le groupe affirme en effet que les pressions commerciales et politiques qui ont pour résultat une qualification des véhicules électriques de véhicules « zéro émission » étaient « trompeuses pour le consommateur ».

Concernant les produits alimentaires, la Commission européenne compte aborder le problème lors de la Table ronde sur la consommation et la production durables des produits alimentaires, qui rassemble les autorités publiques, les détaillants et les producteurs.

Ce groupe devrait adopter une « méthodologie-cadre harmonisée pour l'évaluation environnementale des aliments et des boissons » qui sera finalisée d'ici la fin de 2011.

L'un des principaux avantages pour les industriels qui participent au travail de ce groupe est la perspective d'afficher des revendications écologiques en évitant d'être accusés d'écoblanchiment.

Les médias sociaux et Internet comme outils

L’omniprésence d'Internet et la popularité des nouveaux médias ont pour conséquence que de nombreux jeunes n'utilisent plus seulement les informations qu'ils trouvent dans les magasins lorsqu'ils doivent acheter un produit.

En cliquant sur un bouton, les consommateurs peuvent utiliser leur smart phone pour accéder aux réseaux sociaux, demander l'avis de leurs amis sur un produit particulier ou surfer sur la toile pour consulter son taux de popularité sur des forums en ligne, plutôt que de simplement faire confiance aux informations fournies dans le magasin.

« Cela ouvre la porte à de nouvelles manières d'informer les consommateurs », a déclaré Mme Hedegaard, citant en exemple un « système de recherche écologique » qui permettrait de trouver des informations sur l'efficacité énergétique d'un produit en ligne.

« Les TIC […] pourraient aussi être utilisées pour fournir des données sur les émissions de gaz à effet de serre des produits au moment de l'achat. Ces données pourraient par exemple être stockées dans les codes-barres des produits. Cela permettrait également aux consommateurs de mieux contrôler leur empreinte écologique », a suggéré la commissaire.

En effet, de nombreuses entreprises prennent déjà des initiatives similaires dans ce sens.

Le site Internet américain GoodGuide.com évalue les performances sanitaires, environnementales et sociales de plus de 100 000 produits. Ses services sont également disponibles via une application iPhone.

Au Royaume-Uni, British Gas permet aux consommateurs d'utiliser leurs téléphones portables pour communiquer le relevé des compteurs à la compagnie. Les factures peuvent donc être automatiquement ajustées à leur consommation réelle. British Gas a révélé que la consommation de gaz avait chuté de 12 % parmi les clients utilisant ce système.

Au niveau de l'UE, Bruxelles a pour objectif de s'assurer que 80 % des consommateurs européens disposeront de compteurs intelligents dans leur foyer d'ici 2020.

Rester raisonnable dans ses attentes et changer les esprits

Toutefois, les experts expliquent que la responsabilisation du consommateur ne doit pas être considérée comme la panacée pour les problèmes environnementaux du monde.

Lors d'un récent entretien accordé à EURACTIV, Maja Göpel, du World Future Council, a souhaité mettre la population en garde. « Ne soyons pas naïfs en pensant que les choix du consommateur peuvent rendre nos économies vertes : nous travaillons tous, nous avons des enfants, etc., des occupations qui ne nous laissent tout simplement pas le temps de lire, de contrôler et de vérifier toutes les informations sur les produits », a-t-elle expliqué.

La question de la justice sociale est également problématique. De nombreux consommateurs ne peuvent en effet tout simplement pas se permettre de payer plus cher pour certains produits.

Cela signifie que les tranches plus pauvres de la population européenne ne pourront pas participer aux initiatives de « verdissage de la demande » à moins que de bonnes stratégies de « verdissage de l'offre » ne soient mises en place pour s'assurer une participation équitable sur les marchés, a mis en garde Mme Göpel.

Malgré la multitude d'initiatives lancées par les gouvernements et les entreprises, les dirigeants politiques reconnaissent qu'une importante modification des valeurs de la population est nécessaire pour que ces initiatives se révèlent fructueuses.

Les consommateurs doivent être convaincus qu'il est nécessaire d'agir et de participer à la transition vers une économie plus écologique.

« Une fois que nous aurons réglé le problème de la disponibilité et de l'information, il ne restera plus qu'une pierre d'achoppement, la plus difficile. Il s'agira de convaincre les consommateurs de systématiquement acheter des produits et des services durables », a expliqué Mme Hedegaard.

Reste à voir à quel point les futures initiatives de l'UE auront du succès dans ce domaine.

« Au final, les consommateurs ont le pouvoir de décider s'ils achètent des produits écologiques ou non. Donc le soutien des organisations de consommateurs sera essentiel pour la mise en œuvre de nos politiques climatiques au cours des prochaines décennies », a déclaré la commissaire européenne à l'action climatique, Connie Hedegaard, lors d'un discours devant le Consumer International World Congress à Hong Kong en mai.

« Fournir des informations complètes et fiables contribue à la responsabilisation des consommateurs, ils peuvent ainsi faire un choix délibéré, en faveur des produits écologiques, espérons-nous », a expliqué Mme Hedegaard.

« Avec la bonne information, le consommateur est encouragé à faire le bon choix. Par conséquent, il est important de davantage développer le marché des produits durables. Il y a de l'argent à gagner et de l'argent à économiser pour tout le monde », a-t-elle ajouté.

« Nous devons utiliser notre pouvoir. En tant qu'hommes et femmes politiques, en tant qu'entreprises, en tant qu'organisations [de consommateurs] et en tant que citoyens, pour que ça change. Nous devons intégrer que l'écologie n'est pas juste un slogan pour les environnementalistes. C'est une nouvelle manière d'organiser nos économies pour fournir de bonnes conditions de vie à neuf milliards de personnes sur cette planète », a déclaré la commissaire.

« Il n’a jamais été aussi important que les organisations écologistes de consommateurs responsabilisent les consommateurs pour rendre notre économie verte », a-t-elle dit.

« Depuis 15 ans, nous disposons d'un bon système d'étiquetage sur l'énergie. Ajouter de nouvelles catégories et changer les codes de couleurs pour signifier d'autres choses n'aidera pas le consommateur à choisir les appareils qui consomment le moins. De manière plus générale, ce nouveau système n'aura pas d'effets significatifs s'agissant de diriger les marchés vers des produits plus économes en énergie », a déclaré à EURACTIV Monique Goyens, directrice générale de l'organisation européenne des consommateurs, le BEUC.

« Personne ne s'enthousiasme à l'idée de ces nouvelles étiquettes sur l'énergie et les institutions européennes devraient avoir le courage d'admettre leurs erreurs et de revenir au point de départ », a-t-elle ajouté.

Concernant l'empreinte carbone, Mme Goyens a déclaré que les organisations de consommateurs soutenaient une approche prudente. « La plupart des consommateurs ne sont pas capables de comprendre dans quelle mesure la quantité de CO2 est néfaste, surtout sans avoir de repère leur disant à partir de quel chiffre la quantité est trop élevée. L'empreinte carbone des produits pose des questions méthodologiques fondamentales », a-t-elle dit à EURACTIV.

« Les revendications écologiques sont très difficiles à faire respecter, mais nous avons la preuve qu'elles sont en diminution, car les entreprises se rendent compte que ça ne fonctionne pas. Les consommateurs ne les trouvent tout simplement pas fiables », a déclaré Jacqueline Minor, directrice des services de la consommation et de la santé (DG SANCO) de la Commission européenne.

« La croissance à tout prix n'est pas viable. Nous devons élaborer de nouvelles façons de faire des affaires qui accroîtront les avantages sociaux générés par les activités d'Unilever tout en réduisant son impact sur l'environnement. Nous voulons être une entreprise durable dans tous les sens du terme », a déclaré Paul Polmer, PDG d'Unilever.

Alors que les consommateurs deviennent de plus en plus conscients des problèmes environnementaux, les entreprises tentent de plus en plus de mettre en avant leurs revendications écologiques.

En effet, la nature écologique d'un produit est aujourd'hui bien souvent un argument de vente, a expliqué Jan Muehlfeit, le directeur de Microsoft Europe.

« Alors que la technologie devient moins chère et plus facile à utiliser, les demandes des consommateurs s'orientent vers des ordinateurs personnels, des téléphones portables, des tablettes et des services en ligne », a déclaré M. Muehlfeit, ajoutant que cette tendance persisterait avec les futures générations de jeunes qui arriveront sur le marché du travail.

« Cela fait partie du phénomène appelé la « consumérisation de l'IT », un moteur derrière le cloud computing », a-t-il conclu.

Wenonah Hauter, la directrice exécutive de Food & Water Europe, a affirmé concernant les étiquetages trompeurs des produits de la mer : « Les gens pensent souvent que s'ils achètent des produits de la mer avec un label écologique, il s'agira d'office d'un bon choix. Malheureusement, ces certifications n'assurent pas au consommateur qu'il est face à un produit respectueux de l'environnement ou qu'il améliore son comportement ».

« La mesure la plus importante pour augmenter la demande de produits écologiques est que les prix reflètent leur coût, y compris leur coût social et environnemental », a affirmé Maja Göpel, directrice « future justice » au World Future Council, demandant plus de transparence sur les prix.

« Nous rencontrons beaucoup de résistance lorsqu'il s'agit de rendre les coûts transparents, même si c'est la seule mesure qui soit neutre du point de vue de la concurrence et qui permettrait que le consommateur exerce une certaine forme d'influence efficace sur la production », a-t-elle déclaré à EURACTIV lors d'un entretien.

 

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  • 2008 : l'UE présente des propositions pour une nouvelle directive sur les droits des consommateurs.
  • Nov. 2008 : conférence de la Commission européenne sur la manière dont  l'économie comportementale peut améliorer les politiques qui affectent les consommateurs.
  • 15 avr. 2010 : la Commission abandonne une proposition vouée à assurer une harmonisation totale des droits des consommateurs en Europe.
  • 22 nov. 2010 : conférence de la Commission intitulée « Behavioural Economics, so what: Should policymakers care ? »
  • Juil. 2011 : approbation officielle de la directive relative aux droits des consommateurs par le Conseil des ministres de l'UE.
  • Oct. 2011 : date prévue pour la publication de la directive sur les droits des consommateurs dans le Journal officiel de l'UE.
  • 2012 : la Commission publiera une communication sur la responsabilisation des consommateurs dans l'UE.
  • Avant la fin 2013 : date butoir pour que les Etats membres aient complètement mis en application la directive relative aux droits des consommateurs.
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