La résistance antimicrobienne fera autant de dégâts que le cancer

Les antibiotiques sont surtout utilisés dans l'élevage, et souvent à mauvais escient. [Kandinskiy Dmitriy/Shutterstock]

La résistance antimicrobienne est une véritable bombe à retardement médicale et économique. À l’approche de la journée européenne d’information sur les antibiotiques, UE et acteurs de la santé tentent de sensibiliser le public.

La résistance antimicrobienne cause 25 000 décès tous les ans dans l’UE, et 700 000 dans le monde. Si des mesures efficaces ne sont pas mises en place rapidement, elle devrait devenir responsable de plus de morts que les cancers, d’ici trente ans.

Outre les implications purement médicales, le phénomène coûtera aussi cher que le krach financier de 2008 à l’économie mondiale d’ici 2050, selon les experts.

Dans ce combat, il est essentiel de limiter les utilisations irresponsables d’antibiotiques. Leur surutilisation est en effet responsable du développement de souches bactériennes résistantes, qui rendent les médicaments moins efficaces. Une évolution qui menace les fondations mêmes de nos systèmes médicaux, préviennent les spécialistes.

Selon l’organisation européenne de protection des consommateurs, BEUC, le problème enfle à un rythme tel, que même les infections courantes deviendront potentiellement fatales dans les 20 ans à venir.

Dans un document de position, l’organisme avertit que sans antibiotiques efficaces, « des traitements comme les greffes de cellules ou de moelle épinière, la chimiothérapie et les thérapies impliquant un affaiblissement du système immunitaire (comme les traitements contre la sclérose en plaques ou la polyarthrite rhumatoïde) seraient impossibles ».

L'UE veut modérer le recours aux antibiotiques dans l'élevage

Le Parlement européen a approuvé une proposition pour mieux encadrer l’utilisation d’antibiotiques dans l’agriculture. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Résistance et chaine alimentaire

L’utilisation d’agents antimicrobiens, dont les antibiotiques, sur les animaux d’élevage est l’une des premières causes du phénomène de résistance antimicrobienne. On administre souvent des antibiotiques aux animaux sains, de manière préventive, ou parce que ces substances accélèrent leur croissance.

« Selon les règles actuelles, les poulets, cochons ou vaches sains peuvent recevoir des antibiotiques pour des raisons uniquement préventives. Pourtant, plus les antibiotiques sont utilisés, plus le risque qu’une bactérie devienne résistante augmente », souligne Monique Goyens, directrice générale du BEUC.

Cette pratique favorise donc le développement de souches bactériennes résistantes qui sont transférées aux humains via la chaine alimentaire, par l’épandage du fumier ou la consommation de viande, par exemple.

Si notre société ne parvient pas à supprimer cette cause de la résistance antimicrobienne, nous pourrions devoir renoncer à la médecine moderne, insiste Monique Goyens. « Si ces pratiques nuisibles continuent, la résistance aux antibiotiques atteindra bientôt un point de non-retour et toutes les blessures bénignes pourraient à nouveau être potentiellement fatales », explique-t-elle.

La résistance aux antibiotiques alimentée par l’industrie pharmaceutique

Une étude publiée le 11 juin dénonce le lien entre les grandes entreprises pharmaceutiques occidentales et certains producteurs chinois de médicaments qui déversent leurs déchets actifs dans la nature environnante, aggravant ainsi la résistance aux antibiotiques.

Les animaux, 1e consommateurs d’antibiotiques

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé qu’un volume plus grand d’antibiotiques était utilisé sur les animaux d’élevage que sur les humains. En Allemagne, par exemple, les médecins ont prescrit 800 tonnes d’antibiotiques à leurs patients, alors que les vétérinaires en ont prescrit 1 734 tonnes.

Malgré la compréhension de la menace que représente la résistance antimicrobienne, la consommation mondiale de médicaments pour le bétail devrait augmenter de 67 % entre 2020 et 2030.

Une étude menée par le BEUC dans neuf pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède et Suisse) entre 2013 et 2014 a révélé que jusqu’à 70 % des produits carnés testés étaient porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques, dont certaines étaient mêmes résistantes à plusieurs types de molécules. Si l’organisation souligne que cette viande est propre à la consommation, si elle est suffisamment cuite, le risque de contamination lié à la préparation ou au manque d’hygiène est bien réel.

Pour la Commission européenne, il s’agit d’une « importante question sociétale et économique mondiale qui ne peut être réglée par les pays ou les administrations publiques individuelles ». L’UE ne dispose cependant pas de compétences législatives en termes de santé, un domaine qui reste aux mains des États membres.

En juin 2017, l’UE a adopté un plan d’action contre la résistance antimicrobienne, qui a pour but de récolter des données et de définir des « objectifs mesurables » pour la réduction de la résistance chez les animaux d’élevage et l’utilisation plus efficace d’antibiotiques chez les humains.

« La lutte contre la résistance antimicrobienne n’est jamais plus forte que son maillon le plus faible », a prévenu Monique Goyens. « Les superbactéries ne s’arrêtent pas aux frontières, même si un pays adopte des mesures exemplaires, il faut que ses voisins les adoptent aussi pour que cela marche vraiment. C’est pourquoi il est urgent de mettre en place des règles européennes sur l’utilisation inadaptée des antibiotiques vétérinaires. »

Une opinion partagée par Alojz Peterle, eurodéputé slovène (PPE). « Nous sommes tous conscients du fait que l’UE ne peut légiférer dans le domaine de la santé, mais nous pouvons prendre des mesures de soutien, qui sont nécessaires », a-t-il indiqué.

Des antibiotiques produits en Asie mettent la planète en danger

Certains antibiotiques vendus en Allemagne sont produits en Inde dans des conditions alarmantes. Au risque de favoriser le développement de pathogènes résistants à la plupart des traitements. Un article d’Euractiv Allemagne.

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