L’Autriche traîne des pieds sur l’interdiction du tabac dans les bars

ENSP : « Le gouvernement a la responsabilité de protéger la santé de ses citoyens, en particulier les groupes les plus vulnérables ». [Shutterstock]

En Autriche, le tabac est toujours toléré et très courant dans les bars et les restaurants. L’interdiction de fumer qui devait entrer en vigueur en mai a été annulée, incitant les militants à passer à l’action.

Des groupes antitabac ont appelé le gouvernement autrichien à ne pas abroger l’interdiction de fumer dans les lieux publics, soulignant que ce n’est pas une question de liberté de choix, mais une responsabilité du gouvernement de protéger la santé des citoyens.

Le réseau européen pour la prévention du tabagisme (ENSP) a déclaré à Euractiv qu’il ne pouvait pas cautionner le plan du gouvernement d’abroger l’interdiction de fumer sous le prétexte de la « liberté de choix ».

« Le gouvernement a la responsabilité de protéger la santé de ses citoyens, en particulier les groupes les plus vulnérables. Les personnes travaillant dans le secteur de l’hôtellerie ne sont pas des citoyens de seconde zone », a déclaré l’ENSP, ajoutant que ces personnes méritent d’être protégées des effets néfastes du tabagisme passif au même titre que le reste de la population.

« Nous croyons fermement qu’il ne s’agit pas ici d’une question de liberté de choix, mais d’un droit de l’Homme crucial à l’égard des employés de bénéficier d’un environnement de travail sain et sûr. »

L’ENSP et ses membres ont lancé l’année dernière une pétition, appelant les ministres à soutenir la législation antitabac. Cependant, le gouvernement autrichien a décidé d’abroger l’interdiction de fumer dans le secteur de l’hôtellerie.

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Entre-temps, un sondage d’opinion publié en janvier 2018 révèle que 70 % de la population est en faveur de cette interdiction contre seulement 29 % qui est d’avis de l’annuler.

Une pétition en faveur de l’interdiction de fumer dans les bars et les restaurants a réussi à recueillir plus de 200 000 signatures depuis le 15 février, et la question devra être débattue au parlement. Il est malheureusement très probable que l’issue du débat ne soit pas prise en compte. L’Agence France Presse a révélé que la pétition avait été lancée par l’Association médicale autrichienne (OAK) après que le gouvernement eut annulé l’interdiction qui devait entrer en vigueur en mai.

Thomas Szekeres, le président de l’association médicale OAK, a déclaré que la pétition a eu beaucoup de succès dès le départ. « C’est un vote important, il faut que les politiciens repensent la question », a-t-il déclaré.

L’interdiction a été abrogée à la demande du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ), un parti d’extrême-droite qui a intégré le gouvernement en tant que partenaire minoritaire de la coalition après les élections fin 2017.

Le chancelier d’Autriche Sebastian Kurz, qui est non-fumeur, est président du Parti populaire autrichien (ÖVP), un parti du centre-droit qui soutenait déjà l’interdiction de fumer dans les lieux publics sous le gouvernement de coalition précédent.

Heinz-Christian Strache, le vice-chancelier d’Autriche et président du FPÖ, lui-même fumeur, a quant à lui insisté pour que l’interdiction soit abandonnée, affirmant qu’elle entravait « la liberté de choix ». Si l’interdiction n’était pas abrogée, il ne rejoindrait pas le gouvernement de coalition.

En théorie, la consommation de tabac est autorisée dans des espaces fumeurs séparés, bien que cette séparation ne soit pas toujours appliquée de manière stricte, et dans ceux d’une superficie inférieure à 50 m2 si le propriétaire accepte l’usage du tabac.

« Nous savons bien que la séparation entre espaces fumeurs et non-fumeurs des établissements ne fonctionnent pas, car les portes sont constamment ouvertes et la fumée voyage d’une pièce à l’autre », a signalé l’ENSP.

La recommandation du Conseil relative aux environnements sans tabac (novembre 2009) recommande aux États membres d’appliquer des dispositions législatives de manière à assurer une protection à la fumée de tabac dans les locaux de travail, les lieux publics fermés et les transports en commun dans les trois ans à compter de l’adoption de la recommandation.

La recommandation souhaite « améliorer les lois antitabac par des mesures d’appui visant notamment à protéger les enfants et à inciter l’arrêt du tabac, et par des avertissements sous forme de photos sur les emballages des produits du tabac ».

Cependant, des États membres tels que l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce et la Slovaquie sont encore à la traîne sur cette question.

Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen en charge de la sécurité alimentaire et de la santé, a déclaré à Euractiv que les lois antitabac ne servaient à rien si elles n’étaient pas appliquées.

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