Canicule : « L’hôpital n’est absolument pas prêt », alerte le candidat Nupes et médecin urgentiste Loïc Pen

Loïc Pen est candidat NUPES aux législatives dans la 7ème circonscription de l’Oise. Il est également médecin urgentiste. [Photo transmise par Loïc Pen]

Alliance de la gauche, abstention, vagues de chaleur, crise des urgences… Deux jours avant le second tour des législatives, EURACTIV s’est entretenu avec le candidat de la Nupes et médecin urgentiste Loïc Pen.

Loïc Pen est candidat NUPES aux législatives dans la 7ème circonscription de l’Oise. Il est également médecin urgentiste.

La NUPES a-t-elle une chance d’arriver en tête du second tour des législatives dimanche ?

On a une chance, oui mais cela dépend de la mobilisation des abstentionnistes. Sur le papier, on gagne, mais on l’a constaté au premier tour il y a une forte abstention alors, qui permet certes d’être en tête, mais ce n’est pas gagné d’avance.

Pour beaucoup d’électeurs de gauche, l’élection présidentielle avait marqué la victoire d’Emmanuel Macron et « terminé ». Là, il y a beaucoup de gens qui se rendent compte que oui, on peut avoir une majorité de gauche à l’Assemblée. Dans quelles proportions va-t-on les mobiliser ? C’est cela qui fera le résultat.

Est-ce que cette alliance des partis de gauche pourrait tenir sur le long terme malgré les divergences internes ?

Personne ne le sait. Sous une forme ou sous une autre, les discussions, les actions et les forces électorales communes vont se maintenir. Est-ce que cela sera sous cette forme-là ? Je ne sais pas le dire.

Il y a des différences de points de vue entre nous. Malgré tout, la campagne des législatives a aussi été réjouissante sur le fait que tous ces militants de gauche se retrouvent, discutent et se trouvent des points de convergence. Ce qu’on a fait là, ça ne disparaîtra pas.

Vous êtes à la fois candidat et médecin urgentiste. Souhaitez-vous être le relais des professionnels de santé à l’Assemblée nationale ?

Oui, évidemment. Pas que de ça parce que ma circonscription est à la fois rurale, urbaine et a toutes les problématiques que peuvent rencontrer les Français. Mais j’ai cette spécificité d’avoir travaillé longtemps à l’hôpital comme chef de service, comme médecin, et d’être aussi syndicaliste dans la santé.

Je me ferai l’écho de ce qu’on a vécu, de ce qu’on vit encore et des propositions qu’on fait depuis des années, qui ne sont jamais prises en compte par les gouvernements successifs depuis plus de 20 ans.

Si vous êtes élu, quelle serait votre première proposition ? Où se trouve l’urgence ?

Arrêter de fermer des lits et en rouvrir. Il faut lancer un grand plan de formation. Si on avait commencé lors de la pandémie à former des infirmières, elles sortiraient aujourd’hui d’école.

Ensuite, il faut investir plus dans la permanence des soins, c’est-à-dire les gardes de nuit et de week-end. Aujourd’hui, ça repose essentiellement sur l’hôpital public, avec de faibles rémunérations et beaucoup de contraintes. Il faut que ce soit plus attractif non seulement pour les médecins du public, mais aussi du privé.

Vous évoquez le secteur privé. Pensez-vous que la complémentarité public privé pourrait être l’une des solutions à la crise de l’hôpital en France ?

Il faut avoir une complémentarité entre le public et le privé, mais pas avec le privé à but lucratif. Le privé doit revenir à une logique d’établissements privés participants au service public hospitalier (PS-PH), c’est-à-dire des fondations, des associations, mais certainement pas avec des actionnaires derrière.

Il y a un conflit éthique entre le fait de nommer de grands groupes qui veulent faire de l’argent sur la santé et la santé. La sécurité sociale et son financement n’ont pas vocation à aller engraisser des actionnaires.

Selon vos mots, « les urgences ne tiennent plus ». Quel est l’état de l’hôpital public aujourd’hui ?

Catastrophique. Les urgences ne tiennent plus pour deux raisons. D’abord à cause la difficulté à recruter dans les conditions de rémunération et de travail qu’on nous fait vivre, comme je l’ai évoqué précédemment.

Ensuite, on a fermé 100 000 lits en 20 ans, soit 20 % de nos capacités d’hospitalisation. On est passés de 500 000 à 400 000. En même temps, on a une démographie en hausse et un papy-boom qu’on aurait pu largement anticiper.

Des patients se retrouvent aux urgences dans des conditions d’hospitalisation inadmissibles. Cela fait fuir les professionnels de santé qui ne supportent plus cette situation de maltraitance parce qu’ils ont l’impression d’en être les acteurs. Ils n’y sont pour rien. Ce sont des choix politiques qui ont provoqué cette situation.

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Crise de l’hôpital, pandémie, Europe de la santé, députation… En pleine campagne législative, EURACTIV s’est entretenu avec Philippe Juvin, actuel maire de La Garenne-Colombes et médecin urgentiste à Paris.

En termes de choix politiques, Emmanuel Macron et Brigitte Bourguignon ont annoncé fin mai le lancement d’une « mission flash » et des premières mesures d’urgences…

De qui se moque-t-on ? Il n’y avait pas besoin de mission flash pour savoir où on en est. On a l’impression qu’ils sont depuis un quart d’heure aux commandes de l’État. Ça fait cinq ans qu’ils sont comptables du bilan. Et là, tout à coup, ils se réveillent en juin. Je ne commenterai pas plus longuement cette histoire. C’est aberrant.

Nous faisons face à une vague de chaleur ces jours-ci qui risquent de se répéter dans les prochaines semaines et étés à venir. L’hôpital est-il prêt à faire face à un nouvel afflux de patients ?

L’hôpital n’est absolument pas prêt. On vient de vivre une épidémie de Covid qui a cruellement montré les carences de l’hôpital qu’on dénonçait depuis des années. Et là, on nous demande « Et la canicule ? » La situation est toujours la même. Ils n’ont pas changé de politique. Ils continuent à ne pas changer la gouvernance de l’hôpital et à laisser finalement aux financiers. Cela ne va pas s’améliorer.

La question maintenant, c’est de prendre une tout autre voie, de démocratiser les prises de décision en santé, de refinancer l’hôpital en en finissant avec la T2A, entre autres, et en augmentant les ONDAM.

La canicule et les nouveaux phénomènes climatiques dépassent complètement l’hôpital. On n’a toujours pas engagé de transition écologique dans notre économie. On continue à favoriser les énergies carbonées. On ne peut pas tout nous [les soignants, NDLR] demander. Il y a une politique climatique à mettre en place et Emmanuel Macron et ses gouvernements ont été condamnés pour leur inaction.

Est-ce qu’il y a un risque à craindre pour les populations à risque comme les personnes âgées ?

Evidemment. J’espère qu’on ne sera pas dans la situation de la grande canicule, que les gens sont plus préparés. Au moins, maintenant, il y a une prise de conscience du danger. Mais ça reste une situation dangereuse pour les gens isolés, fragiles, qui vont avoir du mal à faire face à ces vagues de chaleur. On risque de les retrouver à l’hôpital et nous n’avons pas aujourd’hui les moyens de les accueillir.

Retours aux législatives. Êtes-vous confiant pour dimanche ?

J’ai du mal à le dire. La clé, ça va être vraiment la mobilisation des abstentionnistes. Le fait qu’on soit arrivé en tête à gauche dans cette circonscription, ça a été un déclic pour beaucoup d’entre eux. La gauche n’avait pas été devant la droite depuis 20 ans dans cette circonscription, ça fait un choc. Est-ce que cela suffira ? Je ne le sais pas.

Si vous êtes élu, continuerez-vous d’exercer en tant que médecin ?

Oui. J’aurais peur d’être trop déconnecté de la réalité des hôpitaux. Ce qu’on nous vivons à l’hôpital depuis vingt ans a motivé mon engagement politique et continue de nourrir mes propositions et mes réflexions.

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