Le trafic de cocaïne bat des records en Europe

Plus de 140 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2017 en Europe. [photopixel/ Shutterstock]

Les saisies de cocaïne en Europe ont atteint un niveau record en 2017, et le trafic de drogues de synthèse est à la hausse. Un article d’Euractiv Allemagne.

Environ 96 millions d’Européens entre 15 et 64 ans ont déjà utilisé des drogues illégales, estime le rapport européen sur la drogue publié le 6 juin. Dans l’ensemble, les importations de drogue semblent être à la hausse. Les saisies de cocaïne ont notamment battu tous les records en 2017, prévient l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA), dans sa dernière publication.

Le cannabis continue à être la première drogue illégale consommée dans l’Union, avec plus de 17 millions d’utilisateurs en 2018. La substance est consommée sous des formes toujours plus diverses. Sa légalisation dans certaines parties du monde fait également croître le marché, puisque les nouveaux produits à base de cannabis se multiplient.

La transformation du produit, qui permet de le consommer sous forme de concentrés, de liquides pour e-cigarettes ou de produits comestibles le rend de plus en plus difficile à identifier. Par ailleurs la concentration en THC, le composé psychoactif, de la plante a doublé en une décennie, ce qui rend ses dérivés beaucoup plus puissants.

L’utilisation d’héroïne semble également être à la hausse. Quelque 5,4 tonnes de cette substance dangereuse ont été saisies par les États membres en 2017, et des volumes encore bien plus importants sont interceptés à la frontière turque. Les autorités turques ont ainsi mis la main sur plus de 17 tonnes, dont une partie était destinée au marché européen.

Non seulement les quantités et variétés disponibles de drogues synthétiques, comme la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA), explosent, mais il apparait que leur production au sein de l’UE est aussi en pleine croissance.

La substance qui bat tous les records, c’est cependant la cocaïne. Plus de 140 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2017 par les autorités européennes, soit plus du double des saisies de l’année précédente. Difficile de savoir si cette hausse est représentatif d’une  augmentation des importations, ou seulement des saisies.

Mais il semblerait que la cocaïne soit de plus en plus pure, ce qui explique pourquoi un nombre croissant d’Européens sollicitent des traitements pour addiction. Entre 2014 et 2017, les cliniques ont enregistré une hausse de 37 % de ces nouveaux patients.

La cocaïne menace l’anguille déjà vulnérable

Les espèces aquatiques sont menacées par la présence de cocaïne, notamment dans la Tamise et le Po. Les animaux migrateurs comme l’anguille sont particulièrement en danger.

Des amphètes’ pour faire la fête, du cannabis pour se calmer

La directrice du service de prise en charge des addictions liées à la drogue, Andrea Piest, est confrontée quotidiennement aux réalités qui se cachent derrière ces chiffres. Selon elle, non seulement l’usage de la cocaïne est plus fréquent, mais il entre aussi dans d’autres habitudes de consommation pour se retrouver de plus en plus associé à l’alcool ou au jeu, par exemple. En parallèle, les substances artificielles sont de plus en plus variées, surtout à Berlin.

« Nous observons une augmentation de la consommation fonctionnelle, sociétale. De nombreux utilisateurs prennent des amphétamines pour faire la fête et du cannabis pour se relaxer. Puis ils prennent des antidouleurs pendant la semaine. Leur but est d’optimiser l’effet des substances et de l’adapter à la situation. Ce type de consommation n’est pas nouveau, mais il a augmenté de manière significative », explique-t-elle.

Le type de drogues consommées dépend généralement de facteurs régionaux, dont l’accessibilité et les prix. À Berlin, on ne trouve par exemple pratiquement pas de méthamphétamine en cristaux, alors qu’à la frontière entre l’Allemagne et la République tchèque elles sont courantes et peu chères.

Les facteurs socioculturels jouent aussi un rôle dans la consommation. « Dans les milieux où il y a une grande pression de réussite et où les profils personnels sont importants, dans le monde des startups, chez les indépendants ou dans l’industrie des médias, par exemple, les gens prennent des drogues qui boostent leur égo et leurs performances pour pouvoir tenir plus longtemps », précise la spécialiste.

Les problèmes de santé mentale coûtent 600 milliards par an

Dans de nombreux pays européens, la santé mentale est encore taboue. Pourtant, les troubles psychologiques leur coûtent 4 % du PIB. La libéralisation du marché du travail ne fait qu’aggraver la situation, selon l’OCDE.

 

Drogues et santé mentale

La manière dont on se procure de la drogue évolue aussi. Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, les réseaux sociaux et le dark net jouent un rôle de plus en plus important. Ils permettent en effet aux individus de réaliser eux-mêmes leurs transactions ou de se faire livrer ce qu’ils veulent.

Il existe même des applications qui facilitent l’achat et la consommation de drogue. Les systèmes GPS permettent notamment de localiser les points de distribution de seringues les plus proches. D’autres applications proposent des « journaux de bord » de la consommation.

L’utilisation régulière est souvent liée à des problèmes psychologiques tels que les troubles anxieux, la dépression et les troubles de la personnalité. Andrea Piest cite par exemple certains patients qui ont une vie professionnelle équilibrée, mais utilisent le cannabis pour s’endormir.

D’autres ont depuis longtemps perdu toute forme de contrôle autonome et cherchent désespérément l’aide des services de prise en charge, qui organisent un accompagnement adapté ou les réfèrent à des hôpitaux ou des centres de thérapie.

La spécialiste s’inquiète également « d’un nombre croissant de cas d’appauvrissement social, où les gens dégringolent rapidement de l’échelle sociale ». Ce phénomène n’est cependant pas dû aux consommateurs eux-mêmes, mais au fait que de plus en plus de gens arrivent à Berlin et ont besoin d’aide, alors que les budgets des services spécialisés n’augmentent pas. « Malheureusement, cela signifie que l’aide que nous pouvons offrir est limitée. »

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Internet est une mine d’or pour les vendeurs de nouvelles drogues, et les autorités de prévention ne parviennent pas à suivre, prévient Alexis Goosdeel. Un article d’EURACTIV Allemagne.

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