La Commission entend rapatrier la production de médicaments en Europe

La commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, lors d'une session plénière en mars. [EP/MARVAUX]

L’UE doit trouver des moyens de relancer la production de médicaments et de substances pharmaceutiques en Europe pour éviter que la pénurie actuelle ne se répète, affirme Stella Kyriakides, la commissaire européenne à la santé.

« Il est désormais tout à fait clair que nous devons répondre à la nécessité d’augmenter la production de médicaments et le niveau d’innovation au sein de l’UE », a affirmé Stella Kyriakides le 22 avril, lors d’une réunion avec les membres de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen.

La commissaire d’origine chypriote a déclaré que l’exécutif européen inclurait cette proposition à sa stratégie pharmaceutique, qui doit être publiée à la fin de cette année.

Dans une lettre cosignée par Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, Stella Kyriakides appelle l’industrie pharmaceutique européenne à augmenter la production de médicaments vitaux à l’issue de la pandémie de COVID-19.

Certaines mesures protectionnistes instaurées par des pays tiers, comme les interdictions d’exportations de médicaments essentiels pour soigner le coronavirus, aggravent le problème d’approvisionnement au sein de l’UE.

La cheffe de la santé a expliqué qu’en plein cœur de la crise, la Commission avait dû emprunter la voie diplomatique pour demander aux autorités indiennes de lever l’interdiction d’exportation du paracétamol et de douze autres substances actives.

De nos jours, les chaînes d’approvisionnement s’étendent sur plusieurs continents. Les entreprises pharmaceutiques européennes font fabriquer leurs produits en Inde et achètent à la Chine 70 % des substances actives qui entrent dans la composition des médicaments.

Certains États membres constituent aussi leurs propres réserves et imposent des interdictions d’exportation, une situation qui met en péril l’approvisionnement en médicaments essentiels contre le coronavirus dans toute l’Europe.

Le 8 avril, la Commission a publié des orientations pour un approvisionnement optimal et rationnel en médicaments, afin d’éviter toute pénurie au cours de la pandémie de COVID-19 et de préserver l’intégrité du marché unique.

Stella Kyriakides a assuré aux législateurs qu’elle surveillait de près la situation, et a souligné que l’exécutif européen avait appelé les États membres à lever leurs interdictions d’exportations à plusieurs reprises — quinze lettres leur ont été adressées à ce jour.

Les pouvoirs de l’UE dans le domaine de la santé

Le coronavirus a changé la vie de tous, et redessine l’avenir de l’UE de bien des façons, a affirmé la commissaire à la santé.

« Le COVID-19 sera parmi nous pendant longtemps et je veux que cela soit clair : nous devons apprendre à vivre avec jusqu’à ce que des vaccins et des traitements efficaces soient trouvés et commercialisés », a-t-elle prévenu.

Elle a mis en évidence les limites du pouvoir de la Commission en matière de santé publique, une compétence qui relève pour l’essentiel des États membres.

« J’ai déjà donné mon avis : nous avons davantage besoin de l’UE quand la santé publique est en jeu. Et j’espère que nous engagerons cette discussion à l’avenir », a indiqué Stella Kyriakides.

Le soutien aux systèmes de santé et la capacité d’adaptation de ceux-ci constitueront aussi un point important de la nouvelle proposition de cadre financier pluriannuel (CFP), que la Commission présentera le 29 avril.

« Nous devons nous assurer que si nous sommes confrontés à une nouvelle pandémie, nous serons capables d’y faire face », a déclaré la commissaire européenne, mettant en lumière l’importance nouvelle de la santé au sein du budget de l’UE.

Les mesures strictes de confinement instaurées à travers l’Europe ont ralenti la propagation du virus et ont aidé à lisser la courbe, ce qui démontre l’utilité de ces restrictions, a-t-elle souligné.

Bien que les nouvelles aient parfois été rassurantes ces deux dernières semaines, l’Europe fait face à une nouvelle étape de la pandémie et doit par conséquent « planifier soigneusement ses actions pour les jours à venir », a ajouté Stella Kyriakides.

Comme le bon déroulement du déconfinement à venir repose sur la coordination entre les États membres, la Commission a présenté une feuille de route à ce sujet le 15 avril dernier.

La Chypriote a qualifié cette feuille de route de « document évolutif », car la pandémie poursuit son développement et l’UE en est à expérimenter des solutions pour l’avenir. Elle a par conséquent invité les États membres à continuer à communiquer entre eux.

Stella Kyriakides a également indiqué que les pays de l’UE avaient manqué de coordination quand la menace du COVID-19 n’était pas encore concrète, mais que récemment, la Commission avait été témoin de nombreux élans de solidarité.

« Je pense que personne n’était en mesure d’imaginer l’impact énorme que [le coronavirus] aurait sur la vie quotidienne », a-t-elle déclaré.

Elle a rappelé que la première procédure d’achat groupé en matériel de protection effectuée fin janvier par la Commission n’avait guère suscité l’intérêt des États membres, dont bon nombre ne recensait alors aucun cas de COVID-19.

« Dès le début, j’ai appelé les États membres à la solidarité et à la coordination ; il est tout à fait clair que personne ne peut gérer [la crise sanitaire] seul », a-t-elle conclu.

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