Coronavirus : le pire reste à venir pour l’Espagne

L’Espagne est le quatrième foyer mondial de l’épidémie de COVID-19. Les autorités sanitaires ont prévenu qu’il était impératif de rester chez soi et de prendre conscience que la maladie n’avait pas atteint son pic. Un article d’Euroefe.

« Les moments les plus difficiles sont à venir », a déclaré Salvador Illa, le ministre de la Santé.

« Le nombre de cas va continuer à augmenter. Nous nous approcherons du pic dans les prochains jours », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Le 19 mars, les données officielles faisaient état de 17 147 cas confirmés, de 767 décès (209 de plus que le 18 mars) et de 939 personnes luttant pour leur vie dans les unités de soins intensifs (USI).

Le nombre de personnes guéries était de 1 107, un chiffre rarement mis en évidence dans les moments d’angoisse que vivent toutes les familles espagnoles, celles dont certains membres sont atteints du COVID-19 ou de toute autre maladie qui n’est pas une priorité aujourd’hui, celles dont les aînés sont seuls ou, tout simplement, celles qui ont peur d’être tombées malades et savent qu’il n’existe pas de tests de dépistage pour tout le monde.

Pour l’heure, l’attention est toujours focalisée sur les épidémies dans les maisons de retraite du pays, car 60 décès ont été annoncés les 17 et 18 mars dans ces établissements.

Fernando Simón, le porte-parole du centre d’urgence de cette pandémie, a admis l’existence de problèmes dans ces centres, tout en soulignant que le taux de mortalité pour le COVID-19 parmi la population âgée – 18% parmi les plus de 75 ans – « ne dépass[ait] pas la mortalité observée dans d’autres pays dans des groupes équivalents ».

Coronavirus : faut-il s’inquiéter d’une pénurie alimentaire ?

La question de l’approvisionnement alimentaire inquiète en pleine épidémie de coronavirus. Si le riz ou les pâtes connaissent des ruptures de stock dans les rayons des supermarchés, la pénurie alimentaire est encore loin.

Ces foyers accueillent une population qui n’a pas sa place dans les urgences hospitalières, beaucoup d’entre eux n’ont pas les moyens de protéger leurs employés et aucun d’entre eux ne dispose de l’équipement médical nécessaire pour faire face à une crise sanitaire comme celle-ci.

Pablo Iglesias, le vice-président du gouvernement, a annoncé l’octroi immédiat de 300 millions d’euros aux régions. Des fonds destinés à aider les plus démunis : les sans-abri, les personnes dépendantes de l’aide sociale et les personnes âgées en maison de retraite.

« Il est urgent de médicaliser ces centres », a déclaré Pablo Iglesias.

Tout est urgent

Tout est devenu urgent désormais. Le gouvernement annonce chaque jour les mesures d’intervention qu’il prendra pour faire face au pic de la maladie, telles que la distribution d’équipements médicaux et de protection.

Le 19 mars, la région de Madrid a commencé à utiliser les deux premiers hôtels médicalisés pour y prodiguer des soins aux patients présentant des symptômes légers. Le but : libérer des lits d’hôpitaux saturés en raison de la forte incidence de la maladie dans la capitale et ses environs.

L’objectif est que plus de 40 hôtels, dotés de 9 000 chambres, soient opérationnels en quelques semaines dans la région de la capitale, car c’est là que sont recensés près de la moitié des cas et la majeure partie des décès de tout le pays. Des médecins récemment diplômés y travailleront.

En outre, Salvador Illa a indiqué que 8 000 médecins et 11 000 infirmières au chômage, ainsi que 7 000 étudiants en médecine de dernière année et 10 000 étudiants en soins infirmiers viendront rejoindre les équipes de soignants.

La majorité des 47 millions d’Espagnols vivent reclus depuis le 15 mars, du moins ceux qui ne travaillent pas dans les hôpitaux, les supermarchés, les pharmacies, les magasins de première nécessité et les entreprises sans télétravail.

Fernando Simòn leur a demandé de « tenir le coup » et de suivre l’ordre de l’isolement social avec discipline.

Initiatives pour garder le moral

Tous les jours, à 20 heures, les Espagnols sortent sur les balcons et ouvrent leurs fenêtres pour se saluer, s’encourager et applaudir leurs médecins et leurs infirmières. Le 18 mars, ils ont fait un doublé et à 21 heures, bon nombre d’entre eux sont sortis pour réprimander bruyamment le roi, qui évoquait pour la première fois la situation d’urgence.

Les réseaux sociaux diffusent inlassablement les appels à se rendre au balcon, les expressions de soutien mutuel, les gestes d’humanité si précieux en ces jours difficiles, et ils ne manquent pas de condamner les égoïstes qui s’approprient les rues vides.

Un policier anti-émeute guidant et encourageant les enfants sur leur balcon à faire de l’exercice, des employés dansant sur « Resistiré », la chanson espagnole la plus diffusée en ce moment, ou deux soldats portant des provisions à une vieille dame en béquilles. Des millions d’Espagnols sont encouragés à partager ces exemples.

Le coronavirus met la production agricole sur le devant de la scène

Alors que le divorce semblait sur le point d’être prononcé entre les Français et leurs agriculteurs, la crise du coronavirus remet le secteur au centre de l’attention. Des inquiétudes demeurent sur la main d’œuvre et le transport des denrées alimentaires.

L’armée propose de suivre ses valeurs : discipline, esprit de sacrifice et de victoire, a fait savoir le général Miguel Villaroya, le chef de l’état-major général de la Défense.

« C’est une guerre de tous les Espagnols. Nous sommes tous impliqués dans cette lutte contre le virus », a-t-il affirmé. « Nous savons que nous allons gagner. »

Les forces armées ont déployé plus de 2 600 soldats dans près de 60 villes pour effectuer des tâches de surveillance et de désinfection dans les hôpitaux, les ports et les aéroports, ainsi que les gares.

Les différentes forces de police déploient 10 000 patrouilles dans les rues chaque jour. Le 18 mars, elles ont procédé à 60 arrestations de contrevenants et ont expulsé les membres d’une église évangéliste à Madrid. Une cinquantaine de personnes étaient rassemblées dans le bâtiment sans respecter les distances minimales requises, ont rapporté les autorités.

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