Quelles sont les leçons de la gestion de crise sanitaire en France et en Allemagne ?

La fermeture des frontière entre la France et l'Allemagne, ici à Kehl, a "mis beaucoup d’habitants en difficulté", selon Christophe Arend, co-président de l'Assemblée parlementaire franco-allemand. [andylvlahu/Shutterstock]

Couvre-feu en France, confinement renforcé en Allemagne : un an après l’apparition des premiers cas de Covid-19 dans les deux pays, la sortie de crise apparaît encore lointaine. Lors de cette année tourmentée, chaque système aura démontré ses forces, mais aussi ses failles.

En Allemagne, le gouvernement vient d’annoncer un nouveau durcissement des restrictions. Le confinement en vigueur depuis la mi-décembre sera maintenu au moins jusqu’au 14 février. Pourtant, pendant très longtemps, l’Allemagne semblait mieux s’en sortir que la France.

« Côté français, on s’était dit qu’on serait très fort sur ce type de crise parce qu’on est dans une sorte de gestion militaire, entre guillemets, avec un chef d’ordre descendant qui règle le problème », se souvient Christophe Arend, député à l’Assemblée nationale (LaREM) et président du bureau français de l’Assemblée parlementaire franco-allemande du début de la crise. Or, « toute l’administration française qui sert de courroie de transmission entre les décideurs politiques et les applications locales a clairement dysfonctionnée. »

En Allemagne, au contraire, le système fédéral décentralisé semblait bien plus adapté aux contextes régionaux. « On estime que les Länder, qui prennent des décisions très proches de leur population, ont une capacité à être très réactifs », selon Christophe Arend. Mais l’incapacité du gouvernement à s’imposer – la santé revêtant de la responsabilité des Länder – aura aussi mené à d’importants délais, malgré les appels d’Angela Merkel, manifestement impatiente d’aller plus vite.

Une analyse partagée par l’Ambassadrice de France en Allemagne, Anne-Marie Descôtes.“La Chancelière, à titre personnel, était favorable depuis toujours à des mesures plus strictes en prévision de la deuxième vague, mais elle a eu beaucoup de mal à le faire entendre dans les Lander, avait-elle estimé lors d’une audition au Sénat le 17 décembre dernier. Entre début octobre et fin novembre, on l’a sentie nettement très agacé de voir les atermoiements des Lander sur des décisions qui s’esquissaient, puis étaient remises en cause.”

Selon Mme Descôtes, “les ministres présidents ont été trop sensibles aux réticences de l’opinion publique et des milieux économiques”. Mi-décembre, un confinement très strict avait de nouveau été décrété par Berlin, avec la crainte très forte que le système de santé allemand ne soit pas capable d’absorber ces difficultés.

“Ça peut paraître étonnant car on vantait beaucoup le nombre de lits et l’équipement en Allemagne en France. Mais le problème, c’est le personnel insuffisant”, analysait alors l’Ambassadrice.

D’un point de vue français, l’Allemagne a par contre bien géré la première vague, avec des mesures plus contraignantes qu’en France, et un exécutif dans l’ensemble plébiscité pour sa gestion de la crise de part et d’autre du Rhin.

“Le fédéralisme y a certainement été pour quelque chose, mais il y a beaucoup d’éléments dans cette crise qu’on ne peut pas encore bien analyser, avait poursuivi Mme Descôtes. Il faudra un peu de recul pour savoir où sont les points forts, où sont les facteurs de hasard aussi qui ont été soulignés par d’éminents scientifiques ici en Allemagne, qui ont indiqué qu’il y a eu une part de « chance », notamment dans la première vague, par rapport au développement des premiers clusters et leurs conséquences.” 

Coopération difficile

D’une manière ou d’une autre, chaque système aura donc montré ses forces et ses failles, aucun des deux étant pour autant clairement « meilleur que l’autre », selon Christophe Arend. Mais au-delà de la gestion nationale de la crise, quid de la réponse commune ? « Dès le début de la pandémie de la COVID-19, la coopération franco-allemande a été mise à rude épreuve », estime le co-président de l’APFA.

L’absence de concertation au début de la crise « a mis beaucoup d’habitants en difficulté, particulièrement parmi les frontaliers », affirme Christophe Arend. Travailleurs frontaliers bloqués, impossibilité de voir des proches, discrimination même de ceux qui faisaient leurs courses de l’autre côté de la frontière car celle-ci étant plus proche : les décisions « asymétriques », prises de manière « hâtive et unilatérale lors de la première vague » ont selon lui créé de « nombreuses difficultés locales que les exécutifs nationaux n’avaient pas anticipées. »

Dès le 6 avril 2020, Christophe Arend et son homologue allemand Andreas Jung avaient ainsi publié une résolution, « Ensemble contre le coronavirus », appelant à une meilleure concertation au niveau européen et une « Union de la santé ». Lors d’une audition des ministres de l’intérieur français et allemand, Christophe Castaner et Horst Seehofer, en mai dernier, l’APFA demandait par ailleurs que les frontières ne soient « plus jamais fermées », selon Christophe Arend.

Mais si la crise a exposé de nombreux dysfonctionnements en Europe, elle a aussi souligné ce qui fonctionne bien. A l’exemple des patients du coronavirus français pris en charge par l’Allemagne. Cette coopération inédite n’était pas novatrice : entre la Moselle et la Sarre existe déjà depuis 2019 la convention MOSAR, permettant la prise en charge de patients français en Allemagne en cas d’urgences, notamment cardiaques. « Cette convention conçue pour un microcosme aura servie de base pour tous les transferts de patients qu’on a pu voir avec l’Allemagne pendant la crise », souligne Christophe Arend.

Bel exemple de cette coopération transfrontalière que le parlementaire voudrait voir renforcée. Dans une résolution adoptée en septembre dernier par l’APFA, celle-ci souligne le « rôle essentiel » du partenariat franco-allemand en tant que « moteur de la cohésion et de la coopération en Europe ».

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