L’obésité, facteur de prédiction politique?

epa07038233 Joe Matthews (à droite) est interviewé par Randal Thom, un compagnon de route du président américain Donald J. Trump avant le rassemblement au JQH Arena à Springfield, Missouri, États-Unis, le 21 septembre 2018. [EPA-EFE/KAUP]

Le taux d’obésité pourrait prédire des tremblements de terre politiques tels que le Brexit ou l’élection de Donald Trump, assure un nutritionniste.

La surcharge pondérale et l’obésité peuvent prédire les habitudes de vote et le comportement politique, car ils sont étroitement liés au statut socioéconomique, assure Adam Drewnowski, professeur d’épidémiologie et directeur du centre de nutrition et de santé publique de l’Université de Washington.

Lors du symposium intitulé « Améliorer les habitudes alimentaires et les recommandations pour la santé et le bien-être au 21e siècle » organisé par la société de nutrition Herbalife, il a souligné que les décideurs politiques envisagent habituellement les effets et l’impact de l’obésité sur le patient individuel et parfois au niveau communautaire, mais jamais par l’angle de ses conséquences politiques générales.

Selon l’expert en nutrition, du point de vue de la santé, l’obésité a également été considérée comme un paramètre, par exemple en termes de prévention, de prédisposition ou de facteurs atténuants. « Je considère l’obésité comme un marqueur du dénuement socio-économique : les régions qui présentent un profil de risque pour les taux d’obésité sont des régions où les gens ont un faible revenu et un faible niveau d’éducation », explique-t-il. « C’est nouveau et dévastateur. »

Transition nutritionnelle

L’obésité et les mauvaises habitudes alimentaires sont des phénomènes socio-économiques, car ils dépendent fortement du prix des denrées et du coût des régimes alimentaires. Dans la chaine d’approvisionnement alimentaire actuelle, les céréales raffinées, les sucres ajoutés et les huiles végétales sont devenus peu coûteux, fournissant des calories faciles et bon marché, mais pas une quantité suffisante de nutriments, selon l’épidémiologiste. « Par conséquent, partout dans le monde, les pauvres deviennent obèses parce qu’ils consomment des aliments peu coûteux, riches en énergie, mais pauvres en nutriments. »

Si autrefois le phénomène touchait les gens riches des pays pauvres comme le Vietnam ou la Chine, aujourd’hui, les taux mondiaux d’obésité sont en train de changer. Ce sont donc à présent les citadins pauvres à faible revenu qui ont le plus de risques d’être obèses, car ils n’ont plus d’autres choix que les céréales, les sucres et les graisses trop riches.

Cette variation des habitudes alimentaires s’inscrit dans le cadre de la transition nutritionnelle mondiale, à savoir le passage d’une alimentation traditionnelle riche en céréales de base à une alimentation plus riche en aliments animaux, en légumes et en fruits, mais aussi en sucres ajoutés et en graisses ajoutées.

Les spécialistes pensaient que les régimes alimentaires s’amélioreraient grâce à l’abondance de nourriture bon marché, mais force est de constater que ce n’est pas le cas, regrette Adam Drewnowski.

Brexit et Donald Trump

La composante sociale et économique de l’obésité a laissé une trace visible dans deux des événements politiques les plus importants de notre époque, les élections présidentielles américaines de 2016 et le Brexit, affirme Adam Drewnowski.

Il a remarqué, par exemple, que les régions des États-Unis où le taux d’obésité est élevé étaient beaucoup plus susceptibles de voter pour Donald Trump et le Parti républicain. Il a alors été encouragé par certains collègues européens à faire la même analyse pour le Royaume-Uni… Et il a trouvé des résultats similaires.

Les données des autorités sanitaires britanniques révèlent que la corrélation entre le surpoids et l’obésité et les votes pro-Brexit est très élevée, avec un coefficient de corrélation de 0,76 (plus le coefficient est proche de 1, plus la corrélation est forte).

« Cela signifie que l’obésité doit vraiment être prise très au sérieux, car les conséquences ne sont pas seulement pour les patients obèses, leur poids et leur bien-être. Les conséquences sont toutes là pour que nous puissions les voir », conclut-il.

L’obésité infantile touche davantage le sud de l’Europe

Selon une nouvelle étude de l’OMS, les cas graves d’obésité et de surcharge pondérale sont plus nombreux dans le sud de l’Europe. Mais les pays du Nord n’échappent pas non plus au phénomène.

 

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