Les mesures de confinement du coronavirus, « terreau propice » aux violences domestiques

Des préoccupations émergent sur la montée des violences faites aux femmes, un problème survenu en Chine au début de l’épidémie du coronavirus.

La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes en France, Marlène Schiappa, déclare dans un communiqué que « la période de crise que nous connaissons et le confinement à domicile peuvent hélas générer un terreau propice aux violences conjugales ». Selon elle, « la situation des centres d’hébergements d’urgence des femmes victimes de violences conjugales est une préoccupation majeure ».

La secrétaire d’État explique dans son communiqué que malgré la fermeture des juridictions, « la Garde des Sceaux maintient les services qui assurent le traitement des contentieux essentiels et notamment les affaires de violences conjugales ». Elle rappelle par ailleurs que la plateforme « Arrêtons les violences » restera fonctionnelle, et que l’activité du numéro de secours 3919 sera maintenue, mais réduite.

Le département d’État doit s’entretenir avec la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) ce mercredi 18 mars sur la perspective de garder la ligne téléphonique ouverte.

Le collectif féministe français Nous Toutes souligne aussi le risque potentiel d’escalade de la violence domestique provoqué par l’isolement forcé et appelle les victimes à contacter le 3919.

Le mouvement s’est exprimé à ce sujet sur Twitter : « Être confinée chez soi avec un homme violent est dangereux. Il est déconseillé de sortir. Il n’est pas interdit de fuir. Besoin d’aide ? Appelez le 3919. »

Ne pas oublier les victimes

En raison de la pression exercée sur les services publics français au cours de l’épidémie des voix se sont élevées au sein de l’UE pour que les autorités ne perdent pas de vue la lutte contre les violences domestiques.

Amandine Clavaud, la responsable Europe et Égalité femmes-hommes à la Fondation Jean Jaurès à Paris, indique à Euractiv que les institutions publiques doivent se montrer plus vigilantes à l’égard de ce type de violence.

« Nous devons être très attentifs aux risques encourus par les femmes et les enfants durant la crise, parce que le travail des associations sera sans doute ralenti par la quarantaine », affirme-t-elle.

« Si les services publics atteignent leur seuil de saturation, les affaires de violence domestique ne devront en aucun cas être mises de côté, mais faire partie intégrante de la stratégie de résolution de la crise ».

Le Royaume-Uni envisage de confiner les personnes âgées

Le gouvernement britannique, critiqué pour sa réponse attentiste face au nouveau coronavirus, a défendu, dimanche 15 mars, sa politique et envisage des mesures de confinement des personnes âgées. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Augmentation des cas de maltraitance en temps de crise

Des inquiétudes ont émergé en Chine et aux États-Unis concernant la recrudescence des cas de violence domestique liés à l’isolement forcé des personnes impliquées dans des relations abusives. Et les groupes de défense des droits des femmes tirent la sonnette d’alarme sur de potentielles zones d’ombre qui subsistent en la matière.

« Une augmentation prouvée de la violence domestique a été enregistrée en temps de crise ou de catastrophe naturelle. Comme la vie normale s’arrête, les victimes — qui sont généralement des femmes — se retrouvent exposées à leurs agresseurs pendant de longues périodes et ne bénéficient plus d’un soutien social et institutionnel », déclare Jurgita Pečiūrienė, experte à l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE).

« L’insécurité financière qui empêche souvent les victimes de violence domestique de quitter leurs agresseurs peut aussi empirer avec la crise », ajoute l’experte en études de genre.

Elle met en évidence l’inquiétante baisse du nombre d’informations partagées au sein de l’UE sur les cas de violence domestique lors de crises.

« Le manque de données en Europe empêche les pays d’apprendre les uns des autres pour s’assurer que la police et les autres services de soutien puissent répondre aux modalités spécifiques de la violence domestique en temps de crise », souligne-t-elle.

En Chine et aux États-Unis

Lorsque le gouvernement chinois a obligé ses citoyens à s’auto-isoler pendant deux semaines pour lutter contre la propagation du virus Covid-19, une augmentation des cas de violence domestique a été enregistrée, selon des rapports d’activistes présents dans le pays et des employés de foyers pour femmes battues.

Parallèlement, aux États-Unis, le numéro d’urgence national pour les violences domestiques indique dans une déclaration publiée le 13 mars que les agresseurs pourraient tirer parti des mesures de quarantaine qui obligent les victimes de violence à rester chez elles.

« La maltraitance est une question de pouvoir et de contrôle. Lorsque les [victimes] sont forcées à rester chez elles ou à proximité de leur agresseur de façon plus fréquente, celui-ci peut utiliser n’importe quel prétexte pour mettre sa victime sous pression — cela comprend les risques pour la santé publique que fait émerger le Covid-19 », annonce le communiqué.

« À l’heure où les entreprises encouragent sans doute leurs employés à télétravailler et le CDC [le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, NDLT] appelle à la “limitation des contacts sociaux”, les agresseurs peuvent abuser de cette situation stressante ».

 

Si vous ou quelqu’un dans votre entourage êtes en danger, vous pouvez appeler la police au 112 (numéro gratuit). Si vous n’êtes pas en danger immédiat, mais avez besoin d’aide, nous vous invitons à contacter l’un des numéros de secours disponibles ici.

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