Covid-19 : l’UE ne bénéficie pas d’une législation suffisante pour encadrer le commerce d’animaux sauvages

Selon William Karesh, vice-président exécutif pour la santé et la politique chez Alliance EcoHealth, « il faut s’éloigner des marchés d’animaux vivants, et utiliser des systèmes réfrigérés » pour limiter la transmission des virus de l'animal à l'homme. [Jess Gregg/Shutterstock]

Pour limiter les futures pandémies, il est nécessaire de réglementer le commerce d’animaux vivants sauvages, transporteurs de virus. En Europe, l’absence de réglementation efficace sur le sujet présente un risque sanitaire majeur pour les années à venir. 

« Les trois quarts des maladies émergentes se transmettent de l’animal à l’homme », déclare Jean-Yves Le Drian lundi (6 septembre), au Congrès mondial de la biodiversité à Marseille, lors d’une conférence sur comment prévenir les pandémies à venir. 

Car c’est l’une des leçons à tirer de la pandémie de Covid-19 : réglementer les marchés légaux et illégaux où se vendent des animaux sauvages est indispensable pour tenter de limiter les transmissions de virus de l’animal à l’homme. « Il faut s’éloigner des marchés d’animaux vivants, et utiliser des systèmes réfrigérés », complète William Karesh, vice-président exécutif pour la santé et la politique chez Alliance EcoHealth. 

Selon le fonds international pour la protection des animaux, l’Union européenne est considérée comme le troisième importateur d’espèces sauvages illégales au monde, comme les reptiles et les amphibiens, ce qui en ferait une véritable « plaque tournante ».

« Le cadre réglementaire de l’UE ne permet pas de suffisamment contrôler les zoonoses potentielles issues du commerce de la faune sauvage », explique Morgane Le Dréau, chargée des affaires européennes sur les animaux sauvages à FOUR PAWS, contactée par EURACTIV France. Avant de préciser que le commerce légal d’animaux sauvages dans l’UE représente à lui seul 100 milliards d’euros par an. 

Stratégie biodiversité 2030

Pour l’heure, seule la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction (CITIES) a été transposée au sein de l’Union européenne par une série de règlements, dont le but est de réguler les passages aux frontières d’animaux sauvages.

« Cependant, son objectif est uniquement de garantir que le commerce des espèces sauvages ne menace pas la survie des animaux sauvages. Cette législation ne couvre qu’une fraction des espèces commercialisées et ne tient pas compte des risques potentiels pour la santé humaine et animale », déplore Morgane Le Dréau. 

En Europe, les reptiles et les amphibiens sont probablement les espèces les plus importées, détaille Kieran Harkin, expert en commerce d’espèces sauvages au sein de FOUR PAWS. « Bien souvent, les animaux sont capturés dans la nature, ce qui a un effet terrible à la fois pour la biodiversité et pour les zoonoses », ajoute-t-il. 

Seule lueur d’espoir, la stratégie biodiversité à l’horizon 2030, dans laquelle la Commission s’est engagée à réviser son plan d’action contre le trafic d’animaux sauvages publié en 2016, pour lutter contre le trafic illégal d’espèces exotiques vivantes au sein de l’UE. Même si cela reste une avancée importante, « cela ne concerne pas le trafic légal qui joue un rôle majeur dans la transmission de maladies, et qui est préjudiciable à la biodiversité et à la santé animale », regrette la chargée des affaires européennes sur les animaux sauvages à FOUR PAWS. 

« Réduire la dépendance des humains aux produits animaliers » 

SARS, Ebola, grippe aviaire… Les exemples de zoonoses ne manquent pas. Mais, si réguler le commerce d’animaux sauvages est une arme essentielle pour lutter contre les pandémies, pour les scientifiques, d’autres plans d’action doivent être mis en place. 

La transmission des virus de l’animal à l’homme passe majoritairement par la consommation de viande animale. Aussi, pour Jon Paul Rodriguez, président de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il faut avant tout « réduire la dépendance des humains aux produits animaliers ».

Les animaux domestiques doivent également être surveillés de près : « Il faut renforcer les services vétérinaires dans leur rôle de détection des maladies infectieuses », appuie Chadia Wannous, responsable de la santé animale pour l’Afrique à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). 

Autre point important pour lutter contre les épidémies mondiales : renforcer la coopération entre les pays. Le développement massif des transports, et notamment du transport aérien, accélère grandement la circulation des virus à l’échelle planétaire. « Il faut travailler ensemble car les virus ne connaissent pas de frontières », ajoute Mme Wannous. 

En France, selon un rapport des ONG WWF et Trafic paru en mars 2021, entre 2008 et 2017, plus de 28 millions de spécimens ont été importés, plaçant le pays parmi les trois premiers pays importateurs d’espèces sauvages en Europe.

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