Un groupe parlementaire multipartite pour mettre fin au « tabou » du cannabis médical dans l’UE

Mardi (18 mai), une nouvelle initiative interpartis rassemblant plus de 40 législateurs européens attentifs à la question du cannabis médical dans l’UE a tenu sa réunion inaugurale. [EP/VIDAL]

Selon l’eurodéputé socialiste Alex Agius Saliba, l’objectif principal d’un nouvel intergroupe du Parlement européen est de s’attaquer à la stigmatisation dont souffrent aujourd’hui les patients pour accéder aux médicaments et aux traitements à base de cannabis.

Mardi (18 mai), une nouvelle initiative interpartis rassemblant plus de 40 législateurs européens attentifs à la question du cannabis médical dans l’UE a tenu sa réunion inaugurale.

Lors d’un entretien avec EURACTIV, l’un de ses dirigeants a expliqué que l’harmonisation des lois nationales sur l’accès au cannabis médical figurait en tête de l’agenda du groupe.

« Cela n’a pas de sens de continuer à traiter les patients qui ont cruellement besoin de ces prescriptions comme des patients de seconde, troisième ou quatrième classe », a déclaré le législateur maltais Alex Agius Saliba.

Il a souligné qu’il ne devrait y avoir aucune différence entre un médicament prescrit à base de cannabis et tout autre médicament prescrit au niveau de l’UE, et ce afin d’éviter des droits différents selon l’origine des patients.

Certains des députés qui ont rejoint le nouveau groupe viennent de pays de l’UE comme l’Allemagne et Malte, où une législation forte sur le cannabis médical est déjà en place.

« Ces collègues pourraient apporter les bonnes pratiques de leurs pays et nous pourrions voir si leurs modèles peuvent être reproduits horizontalement dans l’UE », a-t-il indiqué.

Des États membres comme la France et le Danemark ont lancé des projets pilotes pour l’utilisation de la marijuana à des fins médicales, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, ont adopté une approche plus institutionnelle en créant des agences gouvernementales spécifiques.

Interrogé sur le modèle qu’il envisage pour l’Europe, le représentant maltais a répondu qu’il opterait pour le système plus structuré adopté en Allemagne, mais que la question était, pour l’instant, prématurée.

« Le plus gros problème est que nous ne pouvons pas choisir entre le système des projets pilotes et le système structuré, car nous partons de zéro au niveau de l’UE », a-t-il fait valoir, ajoutant que la priorité majeure devait être d’établir des définitions de base et un ensemble de normes minimales, puis de les mettre en œuvre.

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De grands espoirs

La nouvelle alliance pour le cannabis médical cherchera à faire avancer les demandes d’une résolution que le Parlement européen a adoptée en 2019, dans laquelle les eurodéputés ont appelé l’exécutif européen et les autorités nationales à fournir une définition légale du cannabis thérapeutique.

« Cette résolution était très importante et portait un message fort. Mais, franchement, rien n’a vraiment changé depuis 2019 en ce qui concerne les définitions, l’harmonisation et un meilleur accès au cannabis médical », a déploré M. Agius Saliba.

Il a reconnu qu’un certain nombre d’initiatives précieuses pour que le cannabis médical ne soit plus un sujet tabou sont entreprises par des pays comme le Portugal, l’Allemagne et Malte.

« D’un autre côté, au niveau de l’UE, nous manquons toujours de définitions communes lorsqu’il s’agit d’éléments fondamentaux de la question. »

L’espoir était grand que la présidence allemande du Conseil de l’UE au second semestre 2020 aborde le cannabis médicinal au niveau de l’UE, car l’Allemagne est actuellement le marché européen le plus avancé pour les produits de chanvre à des fins thérapeutiques.

Cependant, les démarches ont déraillé en raison de la nécessité de se concentrer sur la lutte contre la Covid-19. Mais pour l’eurodéputé maltais, l’UE ne peut pas toujours se cacher derrière la pandémie pour maintenir le sujet hors de l’agenda de santé de l’UE et refuser les droits de santé fondamentaux aux patients sous cannabis médical.

« Je vois beaucoup de volonté de la part des députés européens, tous partis confondus, de continuer à sensibiliser et de ne pas avoir simplement des résolutions non contraignantes comme nous l’avons eu en 2019 », a-t-il ajouté.

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Le groupe

La nouvelle alliance pour le cannabis médical rassemble deux initiatives distinctes, l’une lancée lors de la Journée mondiale contre le cancer (4 février) par un groupe d’eurodéputés socialistes et l’autre menée par l’eurodéputée verte Tilly Metz et la législatrice libérale Frédérique Ries.

« Nous avons décidé d’unir nos forces, car cela n’a pas de sens d’avoir deux initiatives distinctes et concurrentes, mais qui défendent fondamentalement la même chose », a fait savoir le politique maltais.

Le nouvel intergroupe, qui rassemble une quarantaine de députés de différents partis politiques, commencera à se réunir et à collaborer avec les organisations faîtières de l’UE et les ONG, ainsi qu’avec l’industrie.

« Cependant, notre objectif principal est d’être les représentants des patients et de leurs droits », a-t-il avancé, arguant qu’habituellement ce type d’alliances était soutenu par une seule organisation faîtière.

« Nous voulons avoir une représentation plus large et davantage de contacts avec les ONG représentant la voix des patients tout en collaborant avec l’industrie lorsqu’il s’agit de recherche et d’harmonisation législative », a-t-il conclu.

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