Droits bafoués, accès à la santé négligé : les Roms en situation de « détresse mentale »

10 à 12 millions de Roms vivent sur le continent européen, selon le Conseil de l’Europe qui a inscrit le terme « antitsiganisme » dans sa liste des discriminations. [Brum/Shutterstock]

Espérance de vie moins élevée, accès limité aux services de santé, violation des droits humains… Autant de facteurs qui affectent la santé mentale des quelques 10 millions de Roms en Europe. Des associations tirent la sonnette d’alarme.

La santé mentale est un sujet « sous représenté particulièrement chez les Roms », alors que c’est un « aspect crucial » de leur bien-être, déclare Tomas de Jong, du réseau de santé des Roms à l’Alliance européenne de santé publique (EPHA).

10 à 12 millions de Roms vivent sur le continent européen selon le Conseil de l’Europe qui a récemment inscrit le terme « antitsiganisme » dans sa liste des discriminations.

L’antitsiganisme est « le racisme historiquement construit à l’encontre des Roms », explique Belén Soto Ponce, chercheuse prédoctorale à l’Université de Séville, ajoutant qu’ « il comprend l’homogénéisation des Roms, l’attribution de traits spécifiques et de pratiques violentes ».

La communauté des Roms est victime de nombreuses discriminations et violations des droits humains, ce qui apparaît comme la cause directe de leur « détresse mentale », toujours selon Mme Ponce.

Les Roms se trouvent exclus des sphères sociales de la vie courante, notamment dans les domaines « politique, économique et social », poursuit Mme Ponce. La communauté souffre ainsi d’un manque d’accès aux droits et libertés fondamentaux tels que l’accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation et à un logement décent.

Cette discrimination n’est pas sans conséquences : 34% des Roms déclarent souffrir d’une dépression sévère selon des chiffres de 2017.

Les Roms d’Europe à risque dans le contexte de la quatrième vague de Covid-19

Les communautés roms d’Europe seront davantage en danger si les États n’accélèrent pas la vaccination et ne mettent pas en place un soutien ciblé alors que la quatrième vague de Covid-19 et les nouveaux confinements s’installent en Europe.

La réponse de la Commission

« Les Roms sont confrontés à diverses formes de discrimination en raison de la pauvreté et de l’antitsiganisme structurel au sein des systèmes de santé », reconnaît un porte-parole de la Commission européenne sollicité par EURACTIV, ajoutant que la pandémie de Covid-19 a intensifié un peu plus ces inégalités.

Le 7 octobre 2020, la Commission européenne a présenté un plan décennal pour soutenir les Roms en Europe dans le cadre du plan d’action 2020-2025 de l’UE contre le racisme.

Ce plan vise à améliorer la situation des Roms en matière de santé, de logement et de services essentiels, avec de grands objectifs européens spécifiques, toujours selon le porte-parole de la Commission.

Parmi ces objectifs, la Commission entend réduire de moitié au moins la proportion des Roms victimes de discriminations ou faire en sorte qu’au moins 95% des Roms aient accès à l’eau potable d’ici 2030.

Durant la crise sanitaire, la Commission a également adopté son budget pour la période 2021-2027 dans le cadre de son objectif politique « Une Europe plus sociale et inclusive ».

Le but est d’inciter les États membres à « soutenir l’inclusion sociale des Roms par des investissements dans l’emploi, les compétences, l’éducation, le logement sans ségrégation, l’inclusion sociale et l’accès aux services, y compris les soins de santé et les services sociaux », a ajouté le porte-parole de la Commission.

« Pour le dire simplement, au cours des dix dernières années, nous n’en avons pas fait assez pour soutenir la population rom dans l’UE. C’est inexcusable », avait déclaré Vera Jourová, vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence.

Covid-19 : un confinement marqué par l'antitsiganisme

Selon un rapport publié par le Centre européen pour le droit des Roms (CEDR), le confinement a connu une montée de racisme institutionnel et de discrimination à l’égard des communautés roms à travers le bloc.

2 professionnels de santé pour 30 000 Roms

Zoran Bikovski, chercheur en sociologie à l’ONG KHAM Delcevo, travaille sur le terrain aux côtés des Roms en Macédoine du Nord.

Des leaders roms ont défini trois axes de travail : réduire les barrières entre les institutions politiques et la communauté rom, favoriser un meilleur accès à la santé et sensibiliser les parents à l’importance de l’éducation pour les enfants dès le plus jeune âge.

« Une très faible proportion d’enfants roms participe à l’éducation préscolaire », confirme M. Pavlovski.

Pour réduire cette inégalité avec les autres enfants européens, il faudrait mettre en place des « transports gratuits », réduire « l’écart financier » et créer des « ateliers d’éducation pour les parents roms », préconise-t-il.

Pavlovski indique également que l’éducation sexuelle, l’accès à la contraception et l’éducation à la parentalité sont des éléments clés, car « il a été reconnu que les grossesses non désirées et les grossesses chez les jeunes filles mineures ont un impact négatif sur les parents et les enfants ».

Alors qu’il existe 2 professionnels de santé pour 30 000 Roms, il est urgent d’employer plus de travailleurs sociaux pour prendre en charge leurs besoins, conclut M. Pavlovski.

De son côté, la Commission est en train d’évaluer les cadres stratégiques nationaux des Etats membres sur les Roms, dont elle publiera les résultats à l’automne 2022. Les États membres devront alors rendre compte de la mise en œuvre de leurs cadres stratégiques en 2023, puis tous les deux ans.

Une nouvelle étude fait la lumière sur la discrimination au sein du système éducatif allemand

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