Nouvel appel du Parlement européen sur les perturbateurs endocriniens

La dernière séance plénière du Parlement actuel a eu lieu. [DOSSMANN/EP]

La dernière résolution de la mandature de la chambre européenne demande à l’exécutif de  mieux protéger les citoyens contre les perturbateurs endocriniens.

Une résolution non contraignante contre les perturbateurs endocriniens a été adoptée le 18 avril avec une écrasante majorité de 447 voix pour, 14 contre et 41 abstentions. C’est le dernier texte adopté par le Parlement actuel.

Les eurodéputés proposent de traiter les perturbateurs endocriniens prouvés ou supposés de la même manière que les substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, interdites dans la législation européenne sur les cosmétiques.

Les perturbateurs endocriniens sont une catégorie de produits chimiques présents partout, des jouets aux contenants alimentaires, des produits d’hygiène aux pesticides et aux meubles. Ils modifient le fonctionnement du système hormonal, ce qui a des répercussions sur la santé humaine et animale.

Le risque concerne près de 800 produits capables de perturber les capteurs hormonaux, la synthèse hormonale ou la conversion hormonale, selon un rapport publié en 2012 par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

À l’UE, les discussions sur la question ont été engagées dès 1996. Trois ans après, l’Union reconnaissait que les perturbateurs endocriniens constituaient un danger pour la santé et l’environnement dans une « stratégie communautaire pour les perturbateurs endocriniens ».

Il a cependant fallu attendre 2017 pour qu’une définition – controversée – de ces produits soit adoptée. Puis novembre 2018 pour que l’exécutif européen publie une nouvelle stratégie et lance un examen complet de la législation applicable aux perturbateurs endocriniens par le biais d’une évaluation.

Le Parlement estime cependant que la réponse apportée jusqu’à présent n’est pas à la hauteur de la menace pour la santé. Le cadre proposé par la Commission manque à la fois d’un plan d’action concret pour minimiser l’exposition des citoyens et d’un calendrier pour les prochaines étapes à franchir, selon les élus.

Trop de perturbateurs endocriniens dans l'alimentation des Européens

Six résidus de pesticides sur dix, quantifiés dans l’alimentation européenne, sont des perturbateurs endocriniens suspectés, selon un rapport de l’association Générations futures. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Débat en plénière

C’est Violeta Bulc qui a défendu les efforts européens face au Parlement. « Nous pouvons être fiers des progrès que nous avons réalisés depuis que nous sommes reconnus comme l’un des pionniers mondiaux dans le traitement de ces substances », a-t-elle assuré, tout en admettant que ce n’était « pas suffisant » : « il s’agit d’un défi mondial et d’une source de préoccupation pour de nombreux citoyens. »

Elle a ajouté que la Commission avait adopté sa communication en novembre afin de renforcer l’approche européenne et que l’évaluation transversale de ces produits devrait être finalisée au cours du premier semestre 2020. Elle sera suivie d’une consultation publique de 12 semaines.

Avant la fin de l’année, la Commission organisera également la première réunion annuelle des parties prenantes et le lancement d’un nouveau portail en ligne, afin d’atteindre les objectifs de la communication.

Bien que la résolution ait été soutenue par tous les groupes politiques du Parlement, le Parti populaire européen (PPE) a critiqué une sorte d’« hystérie idéologique » à l’égard des perturbateurs endocriniens et en particulier de la tentative de mettre sur le même plan les perturbateurs prouvés et supposés.

Ça va trop loin, ça va trop vite et ça n’est basé sur aucune preuve scientifique », regrette l’eurodéputée britannique de centre droit Julie Girling.

Les législateurs verts et libéraux critiquent pour leur part vertement la définition incluse dans la stratégie de la Commission, car elle ne semble s’appliquer qu’aux pesticides et autres produits phytosanitaires, alors que les perturbateurs endocriniens sont présents partout.

« Nous savons aujourd’hui que 80 % de l’exposition provient de l’alimentation, donc les perturbateurs endocriniens devraient bien sûr être interdits dans tous les matériaux en contact avec les aliments, mais aussi dans les cosmétiques et les jouets », assure la libérale belge Frédérique Ries.

Un signal politique fort

Pour Barbara Demeneix, présidente du groupe de travail sur les produits chimiques perturbateurs de la société d’endocrinologie, et auteure d’un rapport scientifique sur la question pour la commission parlementaire aux pétitions, se félicite de l’adoption de cette résolution. Il est grand temps, souligne-t-elle, de prendre des mesures concrètes pour réglementer les perturbateurs endocriniens, si répandus dans notre vie quotidienne.

Selon la scientifique, l’adoption de cette résolution est un signal politique fort de consensus au Parlement envoyé aux ministres européens et à la Commission. « Leur appel en faveur d’une action claire et rapide est pleinement justifié par les preuves scientifiques disponibles de dommages croissants pour la santé publique et ne peut plus être ignoré », estime-t-elle.

La question des substances perfluoroalkylées (PFAS) est particulièrement préoccupante, selon elle, car il en existe plusieurs milliers et seule une poignée d’entre elles est interdite.

« Le fait que ces substances interfèrent avec les hormones thyroïdiennes et affectent les réponses immunitaires est clairement démontré, à la fois par des tests épidémiologiques et de laboratoire », prévient-elle.

 

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