Le Parlement européen demande des progrès en matière de santé sexuelle et reproductive des femmes

La commissaire a déclaré que si les soins de santé sont une responsabilité nationale, la Commission reconnaît pleinement le droit fondamental de chaque personne à accéder aux soins de santé. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le Parlement européen a voté en faveur d’une résolution sur la santé sexuelle et reproductive et les droits des femmes, jeudi (24 juin), appelant les États membres à garantir l’accès à l’avortement, à la contraception et à l’éducation sexuelle.

La résolution, portée par l’eurodéputé socialiste croate Predrag Matić, couvre l’éducation complète à la santé sexuelle, la contraception, l’avortement, les soins de traitement de la fertilité, la protection des droits des personnes LGBTI+ et des groupes vulnérables.

Avec 378 voix pour, 255 contre et 42 abstentions, la plénière a exhorté les États membres à garantir aux femmes des services de santé sexuelle et reproductive de haute qualité, complets et accessibles.

M. Matić a déclaré lors du débat en plénière mercredi (23 juin) que cette décision de grande portée aura un impact sur plus de 250 millions de femmes européennes.

L’avortement doit être accessible et légal

La résolution appelle les États membres à assurer l’accès universel à un avortement sûr et légal, et à garantir que l’avortement sur demande soit légal en début de grossesse, ainsi que si la santé de la personne enceinte est en danger.

Cette demande intervient à un moment où certains États membres disposent encore de lois très restrictives interdisant l’avortement, sauf dans des circonstances strictement définies. Un exemple : la décision, prise l’année dernière par le tribunal constitutionnel polonais, de rendre l’avortement illégal dans les cas de malformations fœtales graves et irréversibles.

Le statut légal de l’avortement en 2021. En rouge : autorisé pour sauver la vie de la femme ou interdiction totale ; en orange : pour préserver la santé ; en jaune : pour des raisons socio-économiques ; en vert : sans restrictions.

M. Matić a souligné que l’interdiction de l’avortement mettait en danger la santé des femmes. « À cause de cela, chaque année, 23 000 femmes meurent. Nous savons que l’avortement est un choix difficile pour chaque femme, mais il doit rester un choix », a-t-il défendu.

L’interdiction de l’avortement oblige les femmes à se faire avorter clandestinement ou à mener leur grossesse à terme contre leur gré.

Le refus des médecins de prendre en charge l’avortement pour des raisons religieux ou de conscience a également été critiqué. « Personne n’interdit aux médecins de refuser des services médicaux pour des raisons personnelles, mais les établissements de santé doivent avoir un médecin qui sera en mesure de fournir ce service », a affirmé M. Matić.

Le droit à l'avortement : une plaie béante à travers le navire européen

La Pologne avait déjà l’une des lois les plus strictes en matière d’avortement en Europe, et elle est sur le point de la renforcer davantage. Qu’en est-il de la situation à travers l’UE ? Tour d’horizon.

L’éducation sexuelle, la clé pour lutter contre les tabous

Même si l’avortement a été principalement discuté en séance plénière, la résolution couvre un large champ de la santé et des droits sexuels et reproductifs, comme l’a souligné la Commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli : « Souvent, toute référence à la santé et aux droits sexuels et reproductifs est rapidement liée à l’avortement et les personnes qui pensent et disent cela ont tort car les droits sexuels et reproductifs vont bien au-delà ».

Une part importante de la résolution est accordée à l’éducation sexuelle. Le Parlement encourage les États membres à veiller à ce que l’éducation sexuelle soit enseignée de manière complète aux enfants des écoles primaires et secondaires, car l’éducation aux droits sexuels et reproductifs peut contribuer de manière significative à réduire la violence et le harcèlement sexuels.

Selon Mme Dalli, les avantages de l’éducation sexuelle vont au-delà des informations sur la science biologique ou la reproduction et les risques pour la santé, car elle peut aider à combattre la discrimination, les stéréotypes sexistes, la violence et les abus à l’encontre des enfants et des femmes.

Mme Dalli a évoqué la pornographie comme source actuelle d’éducation sexuelle pour les enfants. « Cela permettra de contrer la tendance actuelle des enfants des écoles primaires et secondaires qui, en l’absence d’éducation formelle sur le sujet, regardent de la pornographie comme leur propre forme d’éducation sexuelle, ce qui déforme totalement l’image d’une relation intime », a affirmé Mme Dalli.

Les députés ont également mis l’accent sur les méthodes et les moyens de contraception. Le Parlement demande aux pays de l’UE de veiller à ce qu’une variété de méthodes et de moyens de contraception de haute qualité, de conseils familiaux et d’informations sur la contraception soient largement disponibles.

En outre, soulignant les effets négatifs de la taxe sur les tampons sur l’égalité des sexes, les députés ont demandé aux États membres de faire usage de la flexibilité introduite dans la directive TVA et d’appliquer des exemptions ou des taux de TVA de 0 % à ces produits de base essentiels.

Ils ont également demandé aux pays de l’UE de s’attaquer à la pauvreté menstruelle en fournissant gratuitement des protections périodiques à toute personne dans le besoin.

EU4Health, principal outil financier

La commissaire a déclaré que si les soins de santé sont une responsabilité nationale, la Commission reconnaît pleinement le droit fondamental de chaque personne à accéder aux soins de santé. « Nous sommes toujours prêts à soutenir les besoins et les actions de nos États membres dans ce domaine », a-t-elle ajouté.

« Le programme de travail annuel EU4Health récemment approuvé pour 2021 inclut plusieurs de vos demandes. D’autres devraient suivre dans les programmes de travail à venir », a annoncé Mme Dalli en séance plénière.

Elle a mentionné des subventions de 1,2 millions d’euros destinées à améliorer l’accès à la vaccination contre le papillomavirus humain, ainsi que 3,8 millions d’euros pour soutenir les campagnes de vaccination contre le VPH dans les États membres.

Des subventions à l’action d’un montant de 2 millions d’euros sont prévues pour soutenir l’accréditation et la certification des systèmes d’assurance qualité des programmes de dépistage du cancer du sein, du cancer colorectal et du cancer du col de l’utérus. Des subventions d’un montant de 2 millions d’euros supplémentaires seront disponibles pour mettre à jour le système européen d’information sur le cancer afin de surveiller et d’évaluer les programmes de dépistage du cancer.

[Post-édité par Anne Damiani]

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