L’UE mobilise 25 milliards d’euros pour atténuer le choc économique du coronavirus

[EPA-EFE/FABIO FRUSTACI]

Les institutions et les États membres de l’UE ont décidé d’assouplir la réglementation sur les dépenses de l’UE et de mobiliser au moins 25 milliards d’euros pour faire face aux retombées économiques du COVID-19.

Les dirigeants européens ont organisé le 10 mars une conférence téléphonique pour mieux coordonner leurs démarches destinées à contenir la propagation du coronavirus et à gérer son impact économique sur le territoire européen.

« La santé de nos citoyens est notre plus grande priorité », a déclaré Charles Michel, le président du Conseil européen, à l’issue de la téléconférence.

Les États membres vont prendre des mesures « fondées sur la science et les avis médicaux ». Celles-ci seront « proportionnées, afin de ne pas exposer l’ensemble de nos sociétés à des contraintes excessives », a-t-il ajouté.

Selon des sources de l’UE, c’était la première fois que les chefs d’États et de gouvernements européens se réunissaient dans le cadre d’une téléconférence.

Plus de 15 000 cas de personnes atteintes du coronavirus ont été déclarés au sein de l’UE, du Royaume-Uni et de l’Espace économique européen (EEE). Deux tiers d’entre eux se trouvent en Italie, où 631 personnes sont mortes après avoir été diagnostiquées positives au COVID-19.

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, s’est entretenue le 10 mars avec Giuseppe Conte, le Président du Conseil italien. Elle a fait savoir qu’ils discuteraient dans les prochains jours des mesures qu’il convient d’adopter pour soutenir le pays.

Alors que la propagation du virus provoque un ralentissement de l’économie mondiale, les gouvernements nationaux et les institutions européennes ont montré avec une fermeté inédite à ce jour qu’ils étaient prêts à agir. Un changement d’attitude qui intervient après une série de rencontres organisées à des échelons inférieurs, qui n’avaient débouché sur aucun résultat.

Coronavirus : les ministres des Finances de l’UE estiment qu’il est urgent d’attendre

Les ministres des Finances de l’Union européenne ont promis une réponse coordonnée pour faire face à l’impact économique du coronavirus. Mais ils ne prendront aucune décision avant la mi-mars au plus tôt.

La Commission va « clarifier » sa réglementation sur les dépenses

Mais la déclaration des dirigeants européens n’a pas répondu aux attentes de ceux qui espéraient une impulsion budgétaire massive et coordonnée.

« Nous nous tenons prêts à utiliser tous les instruments nécessaires », a indiqué Charles Michel. L’Union soutiendra en particulier les PME et les secteurs les plus affectés, afin qu’ils puissent disposer de liquidités supplémentaires, atténuer ainsi les effets de la chute de la demande et soutenir leurs employés durant la crise.

S’exprimant aux côtés de Charles Michel, Ursula von der Leyen a annoncé une nouvelle « initiative d’investissement en réponse au coronavirus » qui mobilisera « rapidement » 25 milliards d’euros de fonds européens.

Les fonds seront alloués au soutien des systèmes nationaux de soins de santé, aux PME, aux travailleurs et à d’autres secteurs vulnérables de l’économie.

En outre, la présidente de la Commission soumettra le 16 mars une proposition à l’Eurogroupe afin de « clarifier » les règles de l’UE sur les limites des dépenses et les subventions publiques dans le contexte d’une urgence sanitaire.

« Nous veillerons à ce que les aides d’État parviennent aux entreprises qui en ont besoin » et à « faire pleinement usage de la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance », a déclaré Ursula von der Leyen.

« Nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour nous assurer que l’économie européenne résiste à cette tempête », a-t-elle souligné.

Coordination

La téléconférence a eu lieu avant une réunion du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) prévue jeudi 12 mars. La BCE devrait adopter de nouvelles mesures de politique monétaire destinées à soutenir l’économie et à minimiser le risque croissant de récession dans la zone euro.

Les dirigeants européens prônent une « stratégie coordonnée » impliquant les États membres, la Commission et la BCE, a indiqué Ursula von der Leyen.

Les marchés s’attendent à ce que la BCE élargisse ses lignes de crédit afin de soutenir les PME et à une nouvelle baisse des taux d’intérêts qui constituerait un renfort pour « l’économie réelle ».

Mais en raison de la marge de manœuvre limitée de la BCE, le président français Emmanuel Macron a déclaré que l’UE devait se préparer à « une réponse économique plus énergique », comprenant notamment une relance budgétaire « substantielle », selon une source de l’Élysée citée par le Financial Times.

La Commission tente d’assurer la survie des entreprises face au coronavirus

L’exécutif européen prend des mesures drastiques pour s’assurer que les grosses entreprises et les PME résistent à l’impact économique du coronavirus, a déclaré Thierry Breton, le commissaire européen à l’industrie.

Les gouvernements de divers pays de l’UE, dont l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, ont annoncé des mesures économiques pour lutter contre le coronavirus.

Reste que l’effort global de relance représente peu de choses au regard de l’impact économique du coronavirus, car la propagation exponentielle de la maladie continue de pénaliser les entreprises de toute l’Union.

L’exécutif de l’UE considère cependant qu’il est « trop tôt pour quantifier l’impact » du virus alors que la crise continue d’évoluer, a déclaré le 10 mars Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission chargé de l’économie.

Des conférences européennes quotidiennes auront lieu

Valdis Dombrovskis a cependant rappelé que les prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour cette année avaient été revues à la baisse par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui les a fixées à 0,8 %. Si la crise dure trop longtemps, la zone euro risque d’entrer en récession, a prévenu l’organisation.

En raison de la « dimension humaine très importante » et de « l’impact économique potentiellement majeur » des événements, il est « essentiel que nous agissions collectivement et avec détermination », a déclaré la présidente de la Commission.

Ursula von der Leyen a indiqué que l’exécutif de l’UE tiendrait une conférence téléphonique quotidienne pour coordonner les mesures avec les ministres de la Santé et les ministres de l’Intérieur, chargés de la surveillance des frontières.

L’exécutif européen réunira également une équipe d’épidémiologistes et de virologistes pour donner des indications sur la manière de gérer le virus. Le collège a déjà mobilisé 140 millions d’euros de fonds publics et privés pour la recherche sur les vaccins, le diagnostic et le traitement.

La Commission est également en contact avec des fabricants de dispositifs médicaux pour s’assurer que des équipements de protection et des masques respiratoires parviennent aux personnes qui en ont le plus besoin, en particulier les travailleurs de la santé.

Au cours des derniers jours, les États membres et les députés européens ont critiqué la France et l’Allemagne pour avoir restreint l’exportation de matériel de protection vers les pays qui en ont besoin, en particulier l’Italie.

« Ce n’est pas une démonstration de solidarité », a déploré Manfred Weber, le chef du groupe PPE au Parlement européen. L’eurodéputé allemand a affirmé que Paris et Berlin agissaient de manière « égoïste ».

Fonds Corona

Afin de lancer le nouveau « fonds Corona », Ursula von der Leyen proposera cette semaine de débloquer 7,5 milliards d’euros issus des fonds structurels disponibles de l’UE. Elle prévoit aussi la mise en place d’un groupe de travail composé d’experts nationaux pour veiller à ce que l’argent commence à circuler dans les prochaines semaines.

Elle a cependant ajouté que le fonds pourrait rapidement atteindre 25 milliards d’euros grâce à un assouplissement de la réglementation sur les dépenses de l’UE, qui permettra aux États membres d’y ajouter des fonds issus de leurs budgets nationaux. Une proposition de la Commission destinée à assouplir la réglementation sur les dépenses de l’UE en raison des circonstances exceptionnelles devrait être présentée dans les prochains jours.

Compte tenu des taux de cofinancement entre les États membres, le montant de 7,5 milliards d’euros pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 18 milliards d’euros de fonds structurels au sein de l’UE.

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