La nouvelle législation de l’UE sur l’eau potable autorise des tests novateurs

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Un accord européen visant à contrôler la présence de bactéries Legionella potentiellement mortelles dans l’eau du robinet prend en compte l’apparition de nouvelles méthodes de test plus efficaces, selon une experte en santé publique.

Les représentants des États membres de l’UE sont parvenus à un compromis avec le Parlement européen sur la directive révisée relative à l’eau potable en décembre dernier. L’approbation officielle du Parlement est attendue courant novembre.

La directive révisée mettra à jour les paramètres sur la qualité de l’eau fixés il y a plus de 20 ans, afin de restaurer la confiance des citoyens dans l’eau du robinet et de réduire l’utilisation des bouteilles en plastique.

Une fois en vigueur, la surveillance des légionelles sera étendue à tous les systèmes d’eau potable de l’UE, dans le cadre d’une nouvelle analyse des risques. Ces vérifications ne sont actuellement obligatoires que pour les hôtels et les bureaux publics.

Toutefois, l’inclusion de la détection des légionelles dans la directive sur l’eau potable pourrait se traduire par une lourde charge de travail, du temps et des frais financiers importants pour de nombreux consommateurs.

Dans sa version définitive, le compromis laisse aux États membres la liberté d’opter pour l’approche qu’ils préfèrent en matière de tests. Ils peuvent ainsi choisir les méthodes qu’ils jugent les plus appropriées pour parvenir aux objectifs fixés dans leurs lignes directrices nationales.

La directive adhère également au principe d’innovation dans l’élaboration des politiques de l’UE, car il autorise le recours à des solutions innovantes permettant de relever les défis nouveaux et complexes liés à la protection de la santé publique.

Bruxelles s'attaque au défi de la qualité de l'eau

En améliorant la qualité de l’eau ainsi que son accès, la Commission européenne espère réduire drastiquement le recours aux bouteilles en plastiques.

« Cette solution permet aux pays de privilégier certaines analyses par rapport à d’autres, ce qui simplifie les choses et les rend également moins coûteuses », relève Maria Luisa Ricci, experte de la légionellose à l’Institut national de la santé italien, l’organe scientifique le plus prestigieux du pays en matière de santé.

Dans le cadre de la surveillance de la légionellose, cela signifie qu’il est possible d’adopter des mesures plus strictes et plus efficaces, telles que le dépistage de la seule Légionella pneumophila.

La Legionella pneumophila fait partie des 62 espèces de bactéries connues à ce jour qui sont les plus fréquemment détectées dans les cas d’infection. En 2018, cette bactérie, qui provoque une forme mortelle de pneumonie, représentait environ 94,1 % des cas confirmés en Europe.

Dans sa proposition initiale soutenue par le Conseil, la Commission demandait aux distributeurs d’eau de vérifier d’abord la présence d’espèces de Legionella, et ensuite seulement celle des légionelles pneumophila.

Cette approche avait fait l’objet de critiques de la part de l’ancien rapporteur du Parlement européen, Michel Dantin, qui estimait qu’elle aurait entraîné un gaspillage de temps et de ressources.

Selon Maria Luisa Ricci, il est justifié de ne vérifier que la présence de Legionella pneumophila du sérogroupe 1, car elle est à l’origine de la plupart des infections dues à la maladie du légionnaire.

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Une enquête scientifique diffusée par Orb Media montre que dans 12 pays du monde, l’eau du robinet est contaminée par des micro-plastiques. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

 

« Les outils de diagnostic dont nous disposons permettent principalement de détecter la Legionella pneumophila », précise-t-elle, ajoutant qu’il existe des méthodes permettant d’identifier aussi d’autres espèces de légionelles, mais que celles-ci ne représentent qu’une très faible proportion des cas de légionellose.

Dans la nouvelle directive sur l’eau potable, les tests portent sur des échantillons environnementaux et non sur des échantillons cliniques.

Dans un article scientifique récent, Maria Luisa Ricci souligne que la surveillance régulière des seules espèces les plus pathogènes d’une bactérie est déjà une pratique établie.

Les laboratoires pourraient économiser du temps, des ressources humaines et de l’argent et employer les ressources ainsi préservées pour analyser des échantillons ou contrôler des lieux supplémentaires au lieu de se contenter de rechercher d’autres espèces de Legionella, stipule l’article.

Selon l’annexe III de la directive sur l’eau potable, les pays de l’UE auront la possibilité d’utiliser d’autres tests de la Legionella pneumophila pour atteindre leurs objectifs de protection de la santé publique et sont également invités à établir des lignes directrices pour les méthodes d’échantillonnage de la Legionella.

Selon Maria Luisa Ricci, le compromis final semble avoir pris en considération l’apparition de nombreuses nouvelles méthodes de détection de la maladie du légionnaire.

Selon un classement récent établi par le réseau européen de surveillance de la maladie du légionnaire, l’Italie est arrivée première en termes de nombre de cas signalés.

En 2018, l’incidence de la légionellose en Italie était de 4,9 cas par million d’habitants, avec 2 964 cas notifiés, souligne Maria Luisa Ricci.

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Des températures plus chaudes et une population vieillissante, voici ce dont la légionelle a besoin pour proliférer. Cette bactérie à l’origine de la maladie du légionnaire, ou légionellose.

« En outre, deux foyers importants sont apparus en Italie en 2018, qui ont nécessité une surveillance accrue de l’environnement », relève-t-elle.

La scientifique ajoute que les données pour 2019 ont été traitées mais doivent encore être validées et, jusqu’à présent, elles semblent confirmer cette tendance à la hausse.

L’augmentation des cas confirmés pourrait notamment s’expliquer par une meilleure connaissance de la maladie par les médecins.

« Mais les facteurs peuvent être nombreux, tels que le changement climatique et l’augmentation de l’humidité, qui est un facteur favorable à la pérennité de la légionelle dans l’air, de même que le vieillissement de la population », conclut-elle.

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