Le Parlement appelé à trancher sur la cuisson des frites

L'acrylamide est une substance toxique qui se forme dans les aliments cuits à haute température, comme les frites, les chips ou le pain. [Lara604 / Flickr]

Le Parlement européen s’apprête à voter sur une résolution s’opposant à une proposition de la Commission sur la réglementation des niveaux d’une substance cancérigène, l’acrylamide, dans la nourriture.

L’acrylamide est une substance qui se forme naturellement quand certains aliments, en particulier les pommes de terre, les céréales et le café, sont traités à très haute température. Détecté pour la première fois dans les aliments en 2002, il a été classé comme cancérigène par l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) en 2015. Plus les aliments cuits présentent une couleur foncée, plus ils contiennent de l’acrylamide.

Les transformateurs et vendeurs d’aliments suivent déjà une série de mesures de manière volontaire dans le but de réduire le taux d’acrylamide dans leurs produits, mais les régulateurs n’ont décelé aucune diminution réelle. Cette année, la Commission a donc proposé des plafonds contraignants, qui ont été validés par les États membres le 19 juillet.

Pourtant, les détracteurs de cette mesure estiment qu’elle placerait un fardeau inutile sur les petites entreprises. L’eurodéputée PPE Elisabeth Köstinger, issue du Parti populaire autrichien, a donc introduit une proposition de résolution opposée à l’initiative de l’exécutif, qu’elle a qualifié d’« excessivement prescriptive ».

La commission parlementaire dédiée à l’environnement, à la santé publique et à la sécurité alimentaire (ENVI), s’exprimera sur le sujet lors d’un vote le 28 septembre.

L’UE règlemente la cuisson des frites

Les représentants des 28 États membres ont voté le 19 juillet en faveur d’une proposition de la Commission européenne pour réduire la présence dans les aliments de l’acrylamide, une substance cancérigène bien connue, présente dans les frites, les chips, le pain, les biscuits ou le café.

L’élue autrichienne a indiqué que les mesures prévues par la Commission, qui devraient être appliquées par les géants de l’industrie et les PME, « comme les petits restaurants, boulangeries ou vendeurs locaux, sont considérées comme non pratiques et disproportionnées ».

Elle estime donc que l’information et la sensibilisation des consommateurs et entreprises permettraient d’obtenir de meilleurs résultats, tout en n’occasionnant pas autant de perturbation.

« La prescription de codes couleurs ou des processus détaillés de cuisson des frites est disproportionnée et excessive », juge-t-elle dans sa proposition de résolution, ajoutant que la réglementation nuirait au marché unique, étant donné qu’elle serait appliquée de manière différente par les différents pays, qui accuseraient alors la Commission de « ne pas accorder assez d’attention aux méthodes de cuisson traditionnelles ».

Les groupes de consommateurs contre-attaquent

L’organisation de protection des consommateurs Safe Food Advocacy Europe (Safe) a répondu en publiant une réponse détaillée à la proposition de résolution d’Elisabeth Köstinger, estimant que l’élue s’appuie sur des arguments scientifiques bancals et sur une vision exagérée de l’impact qu’aurait la législation sur les PME.

La proposition de la Commission prévoit en effet des dispositifs différents pour les grandes sociétés et les petites entreprises, ce qui signifie qu’elle « ne génère pas une charge bureaucratique ou un fardeau important » pour les PME, selon Safe.

Le projet législatif ne contraint en effet pas les petites entreprises, comme les boulangeries ou les friteries, à mettre en place une procédure d’échantillonnage, uniquement à respecter des règles simplifiées sur le stockage et la manipulation des aliments.

L’organisation réfute également l’argument selon lequel la réglementation mènerait à des niveaux d’application différents en fonction des pays et donc à une distorsion du marché unique. Au contraire, une règle valable pour toute l’Europe permettrait de supprimer « différences et barrières, et donc de permettre une concurrence juste ».

Le café et les en-cas pourraient contenir des agents cancérigènes

Le pain, les viennoiseries et le café peuvent être dangereux, car ils contiendraient le composé chimique acrylamide, que l’Institut national de l'alimentation de l'université technique du Danemark (DTU) associe maintenant au cancer. Les autorités de l’UE en matière de sécurité alimentaire sont chargées d'enquêter.

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