Un nouveau regard sur le cannabis thérapeutique grâce à un projet pilote français ?

Le mois dernier, le gouvernement français a signé un décret devant amorcer un projet pilote de deux ans sur le cannabis médical. L’objectif ? Venir en aide à 3 000 patients souffrant de maladies graves, comme les douleurs chroniques ou l’épilepsie. EPA-EFE/KOSTAS TSIRONIS [EPA-EFE/TSIRONIS]

Le mois dernier, le gouvernement français a signé un décret devant amorcer un projet pilote de deux ans sur le cannabis médical. L’objectif ? Soulager 3 000 patients souffrant de maladies graves, comme des douleurs chroniques ou des troubles épileptiques.

Initialement prévu pour 2020, le lancement du programme a été reporté en 2021 en raison de la pandémie de Covid-19.

L’expérimentation n’est limitée qu’à un certain nombre de traitements visant à soulager les douleurs neuropathiques ; plusieurs formes d’épilepsie pharmacorésistantes ; certains symptômes rebelles en oncologie liés au cancer ou au traitement anticancéreux ; les situations palliatives ; la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou d’autres pathologies du système nerveux central.

Les médicaments utilisés dans ce contexte se présenteront sous la forme de fleurs séchées et d’huile. Il convient également de noter qu’ils seront fournis gratuitement.

Il s’agit du deuxième projet pilote de ce type en Europe, le premier ayant été mis sur pied en 2018 au Danemark pour une durée de quatre ans.

Conformément au cadre de l’expérimentation danoise, les docteurs sont autorisés à prescrire des médicaments à base de cannabis, garantissant un point d’entrée sécurisé pour les sociétés désireuses de s’étendre sur le marché européen du cannabis thérapeutique.

Plus de 60 % des ordonnances danoises pour du cannabis médical ont été rédigées afin de traiter des maladies neuropathiques, tandis que 18 % concernaient des troubles épileptiques.

En tout, 4 300 patients danois se sont vu prescrire du cannabis thérapeutique depuis le début du programme.

UE : le cannabis médical part-il en fumée ?

Le Conseil de l’UE et la Commission européenne ont confirmé qu’aucun plan n’était prévu à l’heure actuelle visant à établir un cadre juridique sur l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques.

Un modèle à suivre

Chaque étape du programme pilote français sera examinée de près afin de permettre la réalisation d’études et analyses supplémentaires sur le sujet. De plus, un registre électronique national, tenu à jour par les docteurs et pharmaciens participant au projet, sera mis en place.

Ces démarches permettront ainsi de vérifier si l’accès au cannabis thérapeutique pourrait être légalisé à l’avenir.

Bien que la légalisation du cannabis à des fins médicales semble encore loin en France, le programme pourrait améliorer la réputation de la marijuana, dont l’usage récréatif et non médical semble prévaloir dans la conscience collective.

Les patients auront besoin d’ordonnances rédigées par des docteurs ou professionnels des soins de santé, de même que tous les produits devront être approuvés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et respecter les critères pharmaceutiques des bonnes pratiques de fabrication.

L’élaboration du projet a également été précédée d’une mission exploratoire menée par le parlement dans le but d’étudier les différents usages du cannabis à titre médical et récréatif.

D’après un rapport publié par la mission parlementaire sur le cannabis, l’utilisation thérapeutique du cannabis pourrait à terme concerner 700 000 patients.

L’ANSM a mis en place un comité scientifique temporaire chargé de préparer l’expérimentation.

L’UE devrait adopter les normes allemandes en matière de cannabis médicinal

L’approche réglementaire allemande sur le cannabis médicinal devrait être adoptée dans le reste de l’Europe, selon l’Association européenne pour le cannabis médicinal (EUMCA).

Des problèmes persistent

Le décret d’application a été signé après plusieurs reports, ce qui a provoqué la colère de plusieurs parties prenantes et associations de patients.

Dans une tribune publiée par Le Parisien en septembre, 51 des principaux acteurs de la mise en place de l’expérimentation du cannabis à usage médical ont appelé le gouvernement à prendre des décisions politiques fortes et immédiates afin d’accélérer le décret.

Les membres du comité mandaté par l’ANSM ont également menacé de démissionner, craignant que le projet n’accuse un nouveau retard.

Bien que le décret ait été publié le 7 octobre, des inquiétudes persistent et certaines questions le concernant n’ont toujours pas été élucidées.

Étant donné que la culture de la fleur de chanvre demeure interdite en France, l’expérimentation sera dépendante de produits importés.

Les fournisseurs qui parviendraient à en faire partie pourraient profiter du fait d’être les « premiers arrivés » sur le marché français du cannabis médical, dont le potentiel se révélerait immense si les autorités nationales décidaient de le légaliser.

La date butoir pour les intéressés ? Le 24 novembre 2020. Les fournisseurs sélectionnés seront évalués par un système de points.

Toutefois, une trop grande dépendance sur les importations pourrait saper le développement d’un secteur français, déplorent certaines parties intéressées par l’expérimentation.

En outre, le manque de budget pour le programme pourrait présenter un autre obstacle, un programme qui nécessiterait entre 15 et 20 millions d’euros selon le professeur Nicolas Authier, président du comité scientifique de l’ANSM chargé du cannabis thérapeutique.

Les acteurs impliqués à cet égard font pression pour qu’un budget ad hoc soit décidé au cours du processus de négociations et du vote en cours sur le projet de loi de finances annuelle en France.

Des élus européens veulent faciliter l'accès au cannabis médicinal

L’eurodéputé maltaise Miriam Dalli défend un cadre législatif européen plus solide sur le cannabis médicinal. Une perspective qui pourrait aussi favoriser les investisseurs du secteur.

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