Grande distribution : les salariés particulièrement exposés aux lésions articulaires

Les salariés des supérettes et hypermarchés, en particulier les caissières, les caissiers et les employé(e)s libre-service, sont plus exposées aux troubles musculo-squelettiques (TMS) que dans les autres secteurs d’activité, selon Santé publique France. [Emilija Miljkovic/Shutterstock]

Une étude de Santé publique France parue mardi 21 septembre, révèle que les salariés de la grande distribution alimentaire présentent plus de risques de développer des maladies à caractère professionnel comme des troubles musculo-squelettiques, que dans d’autres secteurs d’activités.

En France, le secteur de la grande distribution alimentaire (GDA) compte plus de 600 000 salariés. L’étude de Santé publique France, réalisée de 2009 à 2016, part d’une observation simple : gestes répétitifs, manutention, horaires décalés ou coupés… Les employés de la GDA sont exposés à de nombreuses contraintes physiques et organisationnelles pouvant entraîner des problèmes d’articulations ou des problèmes musculaires. 

Pour réaliser l’étude, des médecins du travail volontaire ont signalés pendant quinze jours consécutifs, deux fois par an, tous les cas de troubles musculo-squelettiques (TMS) recensés lors de consultations pendant lesquelles ils recevaient des employés de tous secteurs confondus. « La part des salariés vus dans le cadre du programme qui travaillaient dans la grande distribution était de 3,5% », précise l’agence dans son rapport, soit environ 17 700 personnes. 

Et le résultat de l’étude est sans appel : les personnes travaillant dans les supérettes et hypermarchés, et particulièrement les caissières, les caissiers et les employé(e)s libre-service, sont plus exposées aux troubles musculo-squelettiques (TMS) que dans les autres secteurs d’activité. Ces TMS touchent notamment les coudes, les épaules, les mains, les poignets ou encore le rachis : la colonne vertébrale. 

Ces différents TMS sont considérés comme des maladies à caractère professionnel (MCP) qui englobent « toutes les pathologies ou symptômes susceptibles d’être causés ou aggravés par le travail et non reconnus en maladie professionnelle », détaille Santé publique France dans son enquête. 

À ne pas confondre donc avec les maladies professionnelles indemnisées (MPI). L’agence nationale de santé publique précise par ailleurs que « cette étude vient en complément de celle faite à partir de l’analyse des données des régimes de sécurité sociale ». 

Là aussi, les chiffres sont flagrants : selon les données de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CnamTS) de 2016, avec 5,7 maladies pour 1 000 salariés, les maladies professionnelles sont environ deux fois plus fréquentes dans la GDA que dans l’ensemble des autres secteurs. Les employés des supermarchés sont également plus fréquemment victimes d’accidents du travail.  

Les femmes plus exposées aux TMS

Dans la grande distribution, les principaux emplois sont caissières, caissiers et employé(e)s de libre-service : sur les 17 771 salariés de la GDA vus en consultation pour l’enquête, il y avait « 4 122 caissiers/caissières et 4 988 employés de libre-service », précise Santé publique France. 

Les femmes constituent 63,9% de ces postes précaires et sont donc plus exposées à des risques physiques : « les taux de signalement de MCP étaient respectivement de 8,1% chez les caissières, 10,6% chez les employées de libre-service contre 8,0% dans les autres métiers de la GDA », peut-on lire dans le rapport. 

Au niveau des douleurs musculaires et squelettiques, Santé publique France a également observé une différence : le taux de prévalence des TMS était de « 5,8% chez les salariées de la GDA versus 3,4% en population de référence », note l’enquête. 

À l’inverse, le taux de prévalence de la souffrance psychique était moins élevé chez les femmes salariées de la GDA que chez celles de la population de référence : 2,5% contre 3,0%. 

Santé publique France observe néanmoins une légère diminution des TMS chez les salariés de la grande distribution alimentaire. Selon les chercheurs à l’origine de cette étude, cela pourrait s’expliquer notamment par une prise de conscience de la difficulté de ces métiers et des risques qu’ils présentent, ce qui aurait entrainé des modifications des conditions de travail. 

Mais les séquelles physiques restent encore bien trop présentes pour ces travailleurs, souvent issus de populations précaires, à l’image des étudiants qui occupent de nombreux postes de caissiers/caissières. « Les actions de prévention restent primordiales dans ce secteur d’activité », conclut le rapport. 

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