Athènes fustige le «chantage» de l’industrie pharmaceutique

« L’accès des citoyens aux traitements novateurs et efficaces n’est pas une affaire commerciale, mais politique », estime Andreas Ksanthos. [sayo ts/Flickr]

Le ministre grec de la Santé a vivement réagi à la décision d’une entreprise pharmaceutique de retirer du marché un traitement contre le cancer pour cause de « viabilité ». Le ministre dénonce une forme de « chantage ».

Le 30 octobre, une entreprise pharmaceutique suisse, ROCHE, a informé le gouvernement grec de son intention de retirer un nouveau médicament oncologique  du marché, arguant que les interventions du gouvernement dans la tarification des médicaments avaient fait chuter de 50 % le prix de la molécule.

Le fait de rayer un traitement de la liste des médicaments prescrits signifie surtout qu’il ne sera plus remboursé aux patients.

Les relations entre l’industrie pharmaceutique et le gouvernement grec se sont tendues à l’extrême récemment. Dans le cadre de l’accord de renflouement souscrit avec ses créanciers, Athènes a en effet imposé une taxe de 25 % sur le profit généré par les nouvelles molécules brevetées. Cette mesure a été appliquée de manière rétroactive à partir de janvier 2017.

Le gouvernement a par ailleurs décidé d’imposer un droit d’entrée sur le marché de 25 % pour les nouveaux médicaments.

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« Chantage »

La réaction du ministre de la Santé, Andreas Ksanthos, ne s’est pas fait attendre. « La stratégie provocatrice de ROCHE doit être affrontée avec détermination par toutes les forces sociales et politiques du pays, ainsi que par les institutions européennes », a indiqué Andreas Ksanthos dans un communiqué.

Le ministre rappelle que les mesures ont été décidées dans le cadre de l’accord de renflouement et constituait en particulier un prérequis du deuxième examen du programme, qui a été conclu plus tôt cette année.

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Il souligne que le gouvernement prendrait des mesures politiques afin d’empêcher ce « chantage » de se matérialiser et insiste sur le fait que tous les patients prenant le traitement continueraient à recevoir leurs médicaments. « L’accès des citoyens aux traitements novateurs et efficaces n’est pas une affaire commerciale, mais politique », estime-t-il.

Une opinion partagée par le Secrétaire d’État grec aux Affaires européennes : « nous considérons que les médicaments ne sont pas uniquement une marchandise, mais un bien social », a-t-il indiqué lors d’un entretien avec Euractiv.

Dimitris Bafaloukos, oncologiste et président de la Société hellénique pour l’étude du mélanome, a pour sa part exprimé son inquiétude de voir d’autres entreprises pharmaceutiques suivre l’exemple de ROCHE.

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