L’accès aux traitements contre le cancer varie grandement en Europe

Les Européens font face à des inégalités criantes dans l’accès au diagnostic et au traitement du cancer des poumons, révèle un rapport publié cette semaine. Les experts appellent à une approche harmonisée.

Le rapport sur les disparités dans l’accès au diagnostic, au soin et au traitement, publié par Lung Cancer Europe (LuCE) le 7 novembre, met en lumière les différences dans les offres de diagnostic et de soin à la disposition des citoyens européens et l’impact inégal des politiques nationales sur la santé des patients.

Pour Regine Deniel Ihlen, porte-parole des patients et trésorière de LuCE, l’objectif de la publication est de donner aux patients atteints d’un cancer du poumon « une meilleure chance de survie et une bonne qualité de vie en informant les décideurs politiques de nos priorités ».

Le traitement du cancer du poumon commence par un diagnostic réalisé assez tôt. Même si des tests moléculaires innovants ont amélioré la sûreté et la précision du processus de diagnostic, leur disponibilité à travers l’UE est inégale. Parfois l’absence de procédure officielle de remboursement rend l’accès au diagnostic différent d’une ville à une autre dans un même pays.

Stefania Vallone, présidente de LuCE, appelle à une plus grande intégration des services de cancérologie « pour que les patients vivants dans des coins reculés aient le même accès à l’expertise des spécialistes que les patients vivants en ville ».

Accès aux essais cliniques et aux traitements

Une fois que le diagnostic est réalisé, l’accès des patients aux traitements varie aussi grandement selon leur lieu de vie, indique le rapport.

Les médicaments vendus dans l’UE doivent être approuvés par l’Agence européenne des médicaments (EMA). Toutefois l’approbation par l’agence ne garantit pas à tous les patients de l’UE un accès égal à un traitement potentiellement vital.

Le rapport montre par exemple que l’Allemagne a fourni aux patients un accès total aux médicaments approuvés par l’EMA pour six types de cancers entre 2006 et 2016 alors que l’Écosse a restreint l’accès à 63 % pour les mêmes traitements.

Pourtant, le manque de disponibilité n’est pas le seul obstacle auquel font face les patients atteints d’un cancer dans certaines parties de l’UE : l’inégalité est encore plus criante lorsqu’il s’agit du remboursement des médicaments contre le cancer. LuCE révèle que les systèmes de santé nationaux en Europe de l’Est sont moins enclins à couvrir les coûts d’un traitement innovant contre le cancer.

« Les données montrent qu’en Europe de l’Ouest, ces traitements sont généralement disponibles et remboursés, alors qu’en Europe de l’Est, ils ne sont pas remboursés ou sont disponibles uniquement à prix coûtant pour les patients », observe le rapport.

Même si les patients peuvent payer leur traitement, rien n’indique qu’ils auront accès aux soins hospitaliers dont ils ont besoin, estime LuCE. C’est le cas en Pologne par exemple, où les hôpitaux ne peuvent pas procéder à des soins non éligibles au remboursement de l’État.

De plus, le droit européen règlemente la réalisation d’essais cliniques pour des médicaments innovants. Mais en réalité, la majorité des essais sont conduits au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, ce qui laisse peu de possibilités aux Européens de l’est de s’impliquer.

La Commission européenne a essayé de s’attaquer à ce problème en mettant en place un portail pour les essais cliniques, servant de base de données européenne pour les données sur les essais cliniques. L’objectif de cet outil est de permettre aux patients et aux chercheurs de bénéficier d’études menées ailleurs et d’éviter ainsi les doublons inutiles.

Bénéfices de la prévention

Douze millions de citoyens européens ont reçu un diagnostic de cancer en 2008, un chiffre qui devrait s’élever à 21,4 millions d’ici à 2030. Le cancer du poumon est le cancer qui coûte le plus cher en Europe, ce qui souligne la nécessité d’une approche orientée à la fois vers la prévention et le traitement.

« Seuls 27 % des coûts de santé liés au cancer sont liés aux dépenses en médicaments », rappelle LuCE.

Le cancer du poumon est causé en grande partie par des facteurs environnementaux et de mode de vie, tels que la pollution de l’air et la cigarette. Les politiques de prévention visant à limiter l’exposition des citoyens aux substances cancérigènes se sont révélées être un moyen très efficace de réduire l’incidence de la maladie.

La Commission s'attaque aux substances cancérigènes

Des millions de travailleurs sont quotidiennement exposés à des substances cancérigènes, comme le quartz ou le bois dur. La Commission européenne voudrait imposer des plafonds, mais cette mesure risque d’ouvrir une boîte de Pandore. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Suite à une décision du Conseil européen en 2008 pour réduire le fardeau du cancer, la Commission européenne a lancé en 2009 le Partenariat européen pour la lutte contre le cancer pour aider les États membres à développer des stratégies nationales pour contrôler les niveaux de cancers.

Mais encore une fois, la répartition de ces politiques à travers l’UE est extrêmement inégale et favorise les habitants des États membres les plus riches. La Commission soutient que les campagnes de sensibilisation relèvent de la compétence des États membres et qu’elles fonctionnent davantage si le contexte national est pris en compte. Pourtant, seuls huit pays ont élaboré des stratégies pour réduire les cas de cancer du poumon.

Le rapport de LuCE met en lumière les efforts de la Slovénie, qui a investi dans des infrastructures pour améliorer le traitement des patients suspectés d’être atteints d’un cancer des poumons, et de l’Autriche, qui a pris des mesures pour réduire l’exposition aux substances cancérigènes et réduire les taux de tabagisme.

L’étude souligne aussi l’importance des politiques sans tabac dans les bars pour la santé des clients et des employés. Les interdictions de fumer en Irlande et en Écosse ont amélioré la qualité de l’air intérieure d’environ 85 %, ce qui a eu un impact considérable sur les cas de maladies cardiovasculaires. Les effets sur la santé des citoyens deviendront évidents durant les prochaines décennies.

Bruxelles avance dans l’interdiction des substances cancérigènes au travail

Après plus de dix ans d’inaction, l’Europe entame la mise à jour des règles de prévention des cancers professionnels, responsables de la mort de 100 000 personnes chaque année.

En Europe de l’Est néanmoins, le tableau est différent. La plupart des pays n’ont pas pris de mesures spécifiques pour lutter contre le cancer du poumon, et ceux qui en ont pris, comme la Pologne, adoptent souvent une approche inutile et punitive. Les fumeurs polonais qui veulent arrêter de fumer ont droit à une consultation de soutien, mais s’ils rechutent et veulent à nouveau essayer d’arrêter à l’avenir, aucune aide ne leur est fournie.

Les experts s’accordent à dire que pour lutter efficacement contre le cancer et garantir une égalité des traitements, une plus grande coopération à tous les niveaux est nécessaire. « Pour s’attaquer au cancer du poumon, une approche beaucoup plus harmonisée est indispensable », a déclaré Tanja Cufer, professeur d’oncologie en Slovénie.

Selon des sources à la Commission, les États membres de l’UE dépensent en moyenne 3 % seulement de leur budget à la santé aux stratégies de prévention des maladies et de promotion de la santé, « ce qui n’est pas suffisant ». « La Commission encourage les pays européens à investir dans la prévention pour avoir moins de traitements à payer à l’avenir et à intégrer les considérations sanitaires dans leurs politiques. »