Internet complique l’accès à une information de qualité sur la santé

Health literacy

Internet complique l'éducation à la santé . (Shutterstock)

L’éducation sanitaire que cherchent à dispenser médecins et acteurs du secteur de la santé en Europe est compliquée par l’existence d’Internet, où le meilleur côtoie le pire en matière d’information.

Internet, ennemi ou ami de l’information dans le domaine de la santé ? Pour les Européens, la Toile apparait comme un bon relais pour s’informer sur les thématiques de santé. Mais la multitude d’articles erronés rend parfois difficile l’émergence d’une information claire.

P?teris Zilgalvis, à la tête de l’unité Santé et bien-être de la DG CONNECT de la Commission européenne, a expliqué lors du forum européen de la santé de Gastein (FESG), le 2 octobre dernier, que le secteur de la santé demande que le citoyen soit « aux commandes de sa propre santé », ce qui n’est pas possible sans un accès aux outils numériques. Mais nombre de personnes qui y ont accès utilisent mal ces outils numériques.

La DG CONNECT participe actuellement à un projet de développement de compétences TIC chez les travailleurs, a indiqué P?teris Zilgalvis. Une enquête Eurobaromètre sur la santé en ligne sera également lancée à la fin du mois d’octobre. Selon cette enquête, dont EURACTIV a pu consulter un extrait, quelque 77 % des Européens estiment qu’Internet est un bon moyen de s’informer sur les thématiques liées à la santé. Environ 41 % d’entre eux n’ont au contraire jamais cherché d’information de ce type sur le réseau.

Internet, outil indispensable d’information sur la santé

Les recherches les plus récurrentes sur Internet sont celles qui portent sur l’amélioration de la condition physique, comme la nutrition et l’activité sportive. Nombre des personnes interrogées considèrent que les résultats obtenus lors de leurs recherches en ligne sont pertinents. Mais, près de 41 % d’entre elles ne jugeaient pas leurs sources fiables.

Kaisa Immonen Charalambous, du Forum européen des patients, juge les conclusions de cette enquête encourageantes.

« Nous sommes bombardés de tellement d’informations, j’estime qu’il est extrêmement important de pouvoir identifier les informations fiables par rapport à celles qui ne le sont pas. Il y a beaucoup d’articles de presse consacrés à la recherche médicale qui sont trompeurs et peuvent créer de fausses attentes » a-t-elle expliqué.

L’Autrichienne Karin Kadenbach, eurodéputée socialiste, a également plaidé en faveur de sources d’information fiables.

« D’une part, nous avons affaire à une frange de la population qui n’est pas suffisamment informée, ou qui a accès à une information qu’elle ne comprend pas. D’autre part, nous avons une grande partie des citoyens qui utilise Internet, saturé d’informations erronées. Par exemple, à l’heure actuelle, nous aurions dû avoir atteint un niveau [de développement] où la rougeole n’existe plus en Europe. Cependant, il existe encore un grand nombre de personnes qui ne font pas vacciner leurs enfants à cause de rumeurs anxiogènes qui courent les réseaux sociaux. Donc, d’un côté, l’information est là, mais, de l’autre, il existe au moins le double d’information fausse », a-t-elle expliqué.

Cibler les personnes vulnérables

Sylvain Giraud, à la tête de l’unité Stratégie et affaires internationales à la DG SANCO, a assuré que la Commission avait connaissance de ce problème depuis des années.

« Nous sommes d’accord pour dire que l’éducation en matière de santé est un point qui doit être absolument pris en compte quand il s’agit de mener des politiques sanitaires européennes. Il y a une corrélation claire entre le niveau social et les connaissances relatives à la santé. Ainsi, une éducation limitée aboutit à une mauvaise santé dans bien des cas. L’éducation pourrait jouer un rôle », selon lui.

Ramazan Salman, directeur du centre ethno-médical de Hanovre, qui se consacre aux questions liées à l’immigration dans sept pays en Europe, a commenté pour sa part qu’il existait différents groupes au sein de la société qui n’avaient pas un bon accès à la santé.

« Je pense que l’Europe dispose d’un des meilleurs systèmes de santé, mais il n’est pas logique que la structure soit là, mais que les citoyens ne soient pas capables de l’utiliser. Mais pour utiliser ce système convenablement, il faut avoir une bonne connaissance en matière de santé », a-t-il expliqué.

Celui-ci a ajouté que l’adaptation de l’information au groupe cible était nécessaire afin d’améliorer ces connaissances. Le langage médical devrait être adapté en conséquence. En fin de compte, les acteurs devraient œuvrer à l’amélioration du niveau général des connaissances sanitaires et numériques afin que les gens puissent mieux accéder à l’information en matière de santé.

Immonen Charalambous a expliqué de son côté que les organisations des patients pouvaient jouer un rôle crucial en vue d’améliorer la circulation des informations relatives à la santé.

« [Ces organisations] communiquent directement avec les patients qu’elles représentent. Elles comprennent ce dont les patients ont besoin et ce qu’ils veulent. Elles se révèlent compétentes pour rendre accessible un sujet médical ou scientifique complexe. Mais les ressources manquent à ces organisations. Souvent, leur personnel travaille sur une base volontaire.  Nous ne pouvons pas faire reposer l’amélioration de l’éducation sanitaire sur les seules épaules de ces organisations, mais celles-ci contribueront sans aucun doute [à cet objectif] », a-t-elle conclu.

Le forum européen de la santé de Gastein, en Autriche, est le plus grand rassemblement de décideurs politiques des soins de santé en Europe.

Cette année, la conférence de 2014 abordera les possibilités de mise en place de systèmes de santé durables en Europe en temps de crise, en se concentrant cette année sur les élections européennes et ses conséquences sur la santé publique.

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