Le Premier ministre italien appelle l’UE à émettre des « obligations corona »

Giuseppe Conte, le Président du Conseil italien. [EPA-EFE/ATTILI]

Giuseppe Conte, le Président du Conseil italien, a appelé les dirigeants européens à prendre des mesures extraordinaires et à envisager l’émission d’une dette commune au niveau de l’UE, afin d’aider l’économie européenne à se relever de la crise du coronavirus.

Pour faire face à une crise extraordinaire, l’Europe doit mettre en œuvre des mesures tout aussi extraordinaires et faire « tout ce qu’il faut » pour soutenir l’économie, a plaidé Giuseppe Conte face aux chefs d’État de l’UE lors d’une vidéoconférence sur la crise du coronavirus, le 17 mars.

Giuseppe Conte s’est référé à la célèbre citation de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), qui s’était engagé à faire « tout ce qu’il faut pour préserver l’euro ». Cette phrase avait marqué un tournant dans la crise de la dette de la zone euro.

Giuseppe Conte a affirmé qu’aucun État membre de l’UE ne sortirait indemne de « ce tsunami socio-économique », ajoutant que tout retard dans la réponse commune de l’UE serait irresponsable et potentiellement fatal.

L’Europe se prépare à une crise économique semblable à celle de 2008

L’épidémie de coronavirus pourrait entraîner des conséquences économiques comparables à celles de la crise de 2008, indique Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Son impact se ressent déjà dans plusieurs secteurs, comme le tourisme ou l’automobile.

« Si nous agissons de manière divisée, la réponse sera inefficace. Cela nous affaiblira et nous exposera aux réactions du marché », a-t-il prévenu.

Giuseppe Conte a enjoint les dirigeants de l’UE à envisager tous les instruments possibles, y compris l’émission d’« obligations coronavirus » ou le recours à un fonds de garantie européen.

« Pour le moment, nous devons faire tout notre possible pour fournir aux citoyens européens les soins médicaux et la protection socio-économique dont ils ont besoin », a déclaré Giuseppe Conte durant la vidéoconférence.

De nombreux économistes s’accordent à dire que la mutualisation de la dette au niveau de l’UE s’avérerait judicieuse, mais l’idée a toujours été très controversée car l’UE ne dispose pas des attributs d’un État fédéral et ne contrôle pas tous les leviers de l’économie.

Alors que la France et l’Italie avaient défendu l’idée d’émettre des euro-obligations communes pendant la crise de la dette souveraine de 2010-2012, l’Allemagne s’y était fermement opposée, soulignant la responsabilité individuelle des États membres de l’UE pour maintenir leurs finances en ordre. « On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu’un sans avoir la possibilité de contrôler ses dépenses », avait déclaré la Banque centrale allemande à l’époque.

Le rapport de force n’a pas fondamentalement changé depuis lors. Alors que, dans un premier temps, Berlin avait semblé faire preuve d’une certaine ouverture à la proposition italienne, la chancelière allemande Angela Merkel a précisé plus tard aux journalistes que rien n’avait été décidé sur l’émission d’une dette européenne commune.

Les pays de la zone euro mobilisent 120 milliards d'euros contre le coronavirus

Les pays de la zone euro vont consacrer environ 1 % de leur PIB (120 milliards d’euros) à la lutte contre l’impact économique du coronavirus. Mais ils restent divisés sur la question d’un programme de relance budgétaire commun.

Le mécanisme européen de stabilité à la rescousse ?

Autre option envisageable : le recours au mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de la zone euro, qui dispose actuellement de 410 milliards d’euros.

Après des jours de turbulences sur les marchés de la dette de l’UE, le recours à la force de frappe du MES permettrait d’envoyer un signal clair aux investisseurs, estiment certains analystes.

Une idée défendue par l’ancien Président du Conseil italien, Enrico Letta. Le politicien a écrit sur Twitter que le fonds avait été spécifiquement conçu pour ce genre de situation et devrait constituer le pilier de la réponse européenne à la crise du coronavirus.

Le grand argentier allemand, Olaf Scholz, a cependant déclaré que le débat sur le recours au mécanisme de surveillance de l’euro était encore « prématuré » à ce stade.

Les ministres de l’Économie de l’UE ne sont pas parvenus à s’entendre sur la mise en œuvre du mécanisme de sauvegarde d’urgence lors d’une téléconférence qui a eu lieu lundi 16 mars. « Nous ne renonçons à aucune des solutions possibles », a déclaré Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe, à l’issue de la rencontre. « Soyez assurés que nous défendrons l’euro avec tous les moyens à notre disposition », a-t-il déclaré aux journalistes

Économie de guerre

Lundi 16 mars, le gouvernement italien a publié un plan de relance de 25 milliards d’euros. Ce programme comprend des mesures allant de l’aide financière aux entreprises à la suspension du paiement des impôts pour les familles.

L’Italie demande à repousser les échéances de la PAC à cause du coronavirus

La ministre italienne de l’Agriculture, Teresa Bellanova, demande à la Commission de repousser les échéances de certaines procédures administratives de la PAC pour aider les agriculteurs du pays touchés par l’épidémie de coronavirus.

Selon Roberto Gualtieri, le ministre de l’Économie, le décret « cura-Italia » – littéralement « guérir l’Italie » – permettra de mobiliser 350 milliards d’euros d’investissements supplémentaires.

Lors de la présentation du plan, le Premier ministre Giuseppe Conte a affirmé que les autres pays de l’UE devraient suivre l’exemple de l’Italie, non seulement en matière de santé, mais aussi concernant la réponse économique à la crise.

Reste que la situation demeure extrêmement difficile. Le commissaire extraordinaire italien chargé des situations d’urgence, Domenico Arcuri, a évoqué la nécessité de mettre en place une « économie de guerre » pour éviter un effondrement.

« Comme en temps de guerre, nous devons produire ce dont nous avons besoin et nous sommes en train de reconvertir les systèmes de production et de réimporter des industries qui sont situées ailleurs », a-t-il déclaré.

Mardi 17 mars, on dénombrait 2 503 décès dus au coronavirus en Italie, 31 506 cas confirmés et 2 942 personnes guéries.

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