John Dalli : La crise économique ne doit pas se transformer en crise sanitaire

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Les gouvernements européens ne devraient pas négliger la santé publique en ces temps d'austérité, a affirmé le commissaire européen à la santé, John Dalli.

 

Le 7 juin dernier, lors d'une conférence organisée par l'Alliance européenne pour la santé publique (EPHA) au Parlement européen, M. Dalli a souligné que les déboires économiques de l'Europe ne devaient pas entraver l'accès aux soins de santé.

 

« Ce dont l'Europe a besoin, c'est de fournir des soins de santé de meilleure qualité et en plus grande quantité dans le cadre de budgets sanitaires durables », a-t-il affirmé dans son discours.

 

Le commissaire maltais a ajouté qu'en ces temps difficiles les décideurs pouvaient se montrer créatifs et mettre en oeuvre des réformes profondes et réduire les coûts, tout en bâtissant des systèmes de santé modernes, réactifs et durables pour l'avenir.

 

De nombreux pays européens ont réduit leur budget alloué à la santé publique depuis le début de la crise financière mondiale en 2008.

 

En France, le gouvernement compte diminuer ses dépenses en assurances maladie de 2,4 milliards d'euros.  Quelque 40 % de cette réduction s'opérera via un passage aux médicaments génériques et des économies sur le matériel médical. Des mesures seront également prises pour accroître l'efficacité des hôpitaux, ce qui devrait permettre d'économiser 1,5 milliard d'euros.

 

Le ministère tchèque de la santé a vu son budget diminué de 81 millions d'euros en 2010, une réduction de 30 % par rapport à 2008. Les coupes budgétaires dans le secteur de l'aide sociale ont été de l'ordre de 15-20 %.

 

Le budget pour la santé de la Grèce en 2011 a été diminué de 1,4 milliard d'euros, dont 568 millions d'euros d'économies réalisées via la réduction des salaires et des avantages. Les fonds d'exploitation des hôpitaux ont été diminués de 840 millions d'euros.

 

Les inégalités s'accentuent

 

Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Europe, a souligné que la crise économique et financière avait entraîné de nombreuses inégalités, les populations plus pauvres étant les plus durement touchées.

 

« Les régions et les pays européens doivent réfléchir à la manière d'assurer le bien-être de leurs populations. La santé devrait être une priorité pour les chefs de gouvernement et non pas seulement pour les ministères de la santé », a-t-elle affirmé.

 

Ses propos ont été relayés par l'eurodéputée française Pervenche Berès (Socialistes & Démocrates), qui a déclaré que les garde-fous sociaux mis en place après la Seconde Guerre mondiale ne tenaient plus. « Les répercussions qu'a cette crise sur la redistribution des richesses ressemblent dangereusement à celles auxquelles la Grande Dépression de 1929 a mené », a-t-elle expliqué.

 

Depuis juillet 2009, en Estonie, les indemnités de maladie ont chuté de 80 % à 70 % du revenu des assurés. Pour les périodes de soins donnés à un enfant de moins de 12 ans, elles sont passées de 100 % à 80 % du revenu des assurés.

 

Cette année, le gouvernement grec a réduit ses services de santé mentale de 50 % et le budget a de nouveau été diminué pour ne plus couvrir que 45 % des services de réadaptation psychosociale.

 

En Lettonie, le salaire des infirmières a chuté de 20-40 % depuis 2009. Entre 2006 et 2010, le nombre d'hôpitaux lettons est passé de 106 à 39 et le nombre de lits d'hôpital de 761 à 493.

 

« Nous courrons à la catastrophe. Si nous laissons nos systèmes de santé s'enliser dans cette situation, des fardeaux disparus depuis longtemps, comme certaines maladies transmissibles, feront leur retour. Nous avons besoin d'un leadership fondé sur des valeurs », a déclaré John Ashton, responsable de la santé publique pour le comté de Cumbrie en Grande-Bretagne.

 

Monika Kosi?ska, la secrétaire générale de l'EPHA, a déclaré : « Nous cherchons des solutions politiques pour faire face au dilemme auquel sont confrontés les systèmes de santés aujourd'hui. Comme nous l'avons constaté dans certains pays avec la taxation de l'alcool et de la malbouffe, ainsi qu'avec l'interdiction de la publicité ciblant les enfants, les gouvernements ont le pouvoir de pallier les problèmes inhérents à la santé publique en Europe. La santé ne devrait plus être l'esclave des marchés financiers et revenir aux mains du peuple. »

 

Cette situation a eu un double impact sur les systèmes de santé, dans la mesure où la croissance de la demande pour les services de santé coïncide avec des réductions des dépenses au sein du gouvernement et donc des budgets alloués à la santé.

 

La pauvreté, l'insécurité alimentaire, les difficultés liées au logement, l'augmentation de la consommation d'alcool et la hausse du chômage ont des retombées sur la santé physique et mentale, ainsi que sur le taux de suicide.

 

>> Lire notre LinksDossier sur l'austérité et les soins de santé

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