L’économie allemande ralentie par la hausse des dépressions au travail

Stress excessif et pression au travail sont des causes fréquentes de dépression. [Max Boschini/Flickr]

Une étude montre que les congés maladie pour cause de dépression ont explosé chez les employés allemands. Un mal-être présent partout en Europe et qui coûte particulièrement cher aux pays de l’UE.  Un article d’EURACTIV Allemagne.  

L’absentéisme au travail pour cause de dépression a augmenté de presque 70 % en Allemagne de 2000 à 2013, selon les résultats d’une enquête sur la dépression au sein de la population active allemande présentée à Berlin le 28 janvier par le Techniker Krankenkasse (TK), la caisse d’assurance maladie.

« L’absentéisme dû à des troubles psychologiques a augmenté de plus de 5 % par rapport à l’année dernière », a annoncé Thomas Grobe, de l’Institut pour la recherche et l’amélioration de la qualité des services de santé (AQUA). Selon lui, « on s’attend à voir ces chiffres grimper en 2015. » Autre indicateur révélateur du mal-être allemand, la part de travailleurs se faisant prescrire des antidépresseurs s’est également accrue d’un tiers durant la même période, pour atteindre 6 %. 

L’étude de TK montre que ce sont les employés qui travaillent dans des environnements de travail très stressants ou psychologiquement fatigants qui sont le plus touchés. Les salariés dans les centres d’appel arrivent en tête du peloton. En 2013, chaque employé d’un centre d’appel a pris 2,8 jours de congé maladie en moyenne pour cause de dépression.

Ce chiffre est tout aussi inquiétant pour les infirmières en gériatrie, qui ont pris en moyenne 2,5 jours de congés maladie en 2013. L’étude a réalisé une moyenne nationale qui indique que chaque employé manque une journée de travail par an pour cause de dépression.

Deuxième cause d’incapacité de travail en Europe.

Outre la grande souffrance personnelle provoquée par la dépression, cet état a également un coût économique considérable. Les chiffres de l’UE indiquent que 30 millions de personnes souffrent de la dépression dans toute l’Europe. Il s’agit en effet de la deuxième cause d’incapacité au travail sur le Vieux Continent. La Commission européenne estime que ce trouble psychologique coûte 120 milliards d’euros chaque année aux économies de l’UE.

Face à ce constat, l’ancien commissaire européen en charge de la santé, Tonio Borg, avait déclaré l’année dernière que les maladies psychologiques représentaient un grand défi pour les systèmes de santé publics. Peu après son entrée à la Commission en 2014, Vytenis Andriukaitis, le nouveau commissaire, a promis « un nouvel élan pour la santé en Europe ».

L’UE apporte depuis longtemps son aide en matière de santé psychologique grâce au Fonds structurel européen et au Fonds européen d’investissement. L’Alliance européenne contre la dépression (EAAD), présente dans 18 pays, lutte contre cette forme de maladie à l’aide de programmes d’action spéciaux.

La moitié des cas de dépression ne sont pas soignés

Des enquêtes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont démontré qu’environ 50 % des personnes souffrant de dépression en Europe ne recevaient toujours pas de traitement.

Les raisons de cette faille sont nombreuses : tendance à nier due à la honte ou au déni, manque de services ou manque de compétences parmi le personnel médical pour reconnaître le problème.

« L’absentéisme dû à la dépression ne montre que partiellement à quel point l’Allemagne en souffre », constate le psychologue York Scheller. « Les salariés atteints de dépression n’ont pas tous droit à un congé maladie », a-t-il rappelé.

En ce sens, Thomas Grobe estime que le diagnostic précoce est l’une des mesures qui doivent être répandues de toute urgence. En moyenne, les caisses d’assurance maladie allemandes ne dépensent que trois euros par patient chaque année dans la prévention de la dépression. Et c’est exactement ce qui doit changer, explique Thomas Grobe. Les examens médicaux dans les entreprises doivent être améliorés, des cours de prévention doivent être organisés et nous devons essayer d’éradiquer les catalyseurs de la dépression.

En dehors de la prédisposition, le chercheur Thomas Grobe estime que le stress excessif et le manque de séparation entre le temps de travail et le temps libre sont les pires catalyseurs de la dépression.

La dépression est un des troubles psychologiques les plus courants. Elle se caractérise par des symptômes tels que la tristesse, un manque d'intérêt ou de plaisir, un sentiment de culpabilité ou de faible estime de soi, un sommeil ou un appétit perturbés, un sentiment de fatigue et une faible capacité de concentration.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la dépression peut être durable ou répétée et elle diminue considérablement la capacité d'une personne à travailler, étudier ou affronter la vie quotidienne. À son stade le plus grave, la dépression peut mener au suicide.

La dépression est une maladie qui peut être diagnostiquée et traitée par des non-spécialistes lors de soins de santé de base.

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