L’industrie de la bière frustrée par le retard de la Commission sur l’étiquetage de l’alcool

Beer labels

Beer labels. Not enough info? [a olin/Flickr]

Les nouvelles règles de l’UE sur l’étiquetage nutritionnel pour les aliments et les boissons sont entrées en vigueur il y a quelques mois, mais le doute persiste sur le sort des boissons alcoolisées, au désespoir des brasseurs européens.

La vodka, la bière ou le vin ne savent toujours pas sur quel pied danser en matière d’étiquetage nutritionnel. 

Lors d’un évènement organisé par EURACTIV la semaine dernière,  Renate Sommer, eurodéputée allemande PPE et rapporteur du règlement sur l’étiquetage des aliments en 2011, a rappelé que les boissons alcoolisées étaient exclues du règlement, car les législateurs ne s’étaient pas accordés sur une définition des fameux « premix », ces boissons populaires chez les jeunes contenant un mélange préparé d’alcool et de jus ou de soda.

La Commission européenne avait jusqu’à décembre 2014 pour définir les « premix », ou « alcopops », et pour émettre un rapport sur le cas des boissons alcoolisées dans le cadre du règlement. Mais aucun rapport n’a été remis pour le moment et la Commission a affirmé à EURACTIV qu’elle n’était pas en mesure d’annoncer une date de publication.

Comparaison des produits

Cela a mené à une situation absurde dans laquelle les consommateurs peuvent facilement consulter la liste des ingrédients contenus dans une bouteille de lait, mais pas ceux d’une bouteille de whisky ou de bière, ont déclaré les participants à l’évènement.

Pour le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), les acheteurs devraient avoir accès à cette information étant donné que peu d’entre eux savent qu’un demi-litre de bière (à 5 % d’alcool) contient environ 220 calories, soit l’équivalent d’une tablette de chocolat.

Les consommateurs ont le droit de savoir ce que contiennent leurs boissons, a récemment estimé le BEUC dans une lettre adressée au commissaire européen en charge de la santé et de la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, l’exhortant à prendre des mesures pour l’étiquetage de l’alcool.

« Le BEUC ne voit pas pourquoi les boissons alcoolisées devraient être traitées différemment. L’étiquetage nutritionnel et la liste complète des ingrédients devraient être obligatoires pour aider les consommateurs à savoir quoi boire et en quelle quantité », écrit Monique Goyens, la secrétaire générale du BEUC.

>> Lire : Les eurodéputés pressent la Commission de revoir sa stratégie sur l’alcool

« Un travail de recherche a déjà mené à des discussions préliminaires avec les États membres, mais le plus gros du travail reste à faire », a une représentante de la Commission. « De plus amples discussions sont nécessaires avant de développer ce rapport », a-t-elle poursuivi.

Ce retard frustre AB InBev, le plus grand groupe brassicole au monde. « La Commission doit éclaircir sa vision des discussions sur l’étiquetage pour tout le secteur de l’alcool sans plus tarder ».

Les Brasseurs d’Europe, qui représente l’industrie brassicole à Bruxelles, se sont rangés du côté du groupe de consommateurs, déclarant que les consommateurs avaient le droit de comparer les informations nutritionnelles et les ingrédients entre les bières et autres boissons, qu’elles soient alcoolisées ou non.

« Nous attendons donc que la Commission publie le rapport pour voir quels sont ses plans pour mettre un terme à l’actuelle exemption des boissons alcoolisées de fournir des informations nutritionnelles », a déclaré Simon Spillane, conseiller principal des Brasseurs d’Europe.

Des consommateurs embrouillés ?

Pour SpiritsEurope, une association professionnelle représentant les producteurs d’alcool spiritueux à l’échelle européenne, des informations nutritionnelles détaillées sur l’étiquette des produits pourraient induire les consommateurs en erreur.

L’industrie des spiritueux, favorable à l’étiquetage des ingrédients contenus dans une bouteille de vodka ou de whisky, estime néanmoins que ces informations devraient être affichées par dose et non pour 100 millilitres, tel que le règlement actuel l’exige.

« 100 mL est bien en-deçà de la quantité de bière généralement consommée par une personne, mais cela correspond à trois doses de spiritueux, soit la dose journalière maximale pour les hommes et au-delà de ce qui est recommandé pour les femmes. Comparer les calories sur la base de 100 mL plutôt que par dose ne fera qu’embrouiller le consommateur au lieu de l’informer », a commenté SpiritsEurope.

Paul Skehan, directeur général de SpiritsEurope, a appelé à un dialogue ouvert « pour trouver la méthode la plus appropriée pour fournir l’information, que ce soit sur l’étiquette ou pas ».

CEEV, le comité européen des entreprises vin, est du même avis. Selon lui, l’étiquetage n’est toutefois pas la seule manière de transmettre l’information aux consommateurs.

« C’est n’est certainement pas la solution pour fournir une information sur la valeur énergétique des vins qui soit proportionnée, exacte, cohérente et utile pour les consommateurs », a commenté le CEEV, ajoutant au passage que l’information est « parfois mieux délivrée ailleurs », comme sur les sites internet par exemple. 

>> Lire : Les Lords veulent une nouvelle stratégie européenne sur l’alcool

Selon le comité, les produits viticoles ont des caractéristiques spécifiques qui varient entre producteurs et d’année en année. Cela signifie que les lourdeurs administratives liées au changement d’étiquettes et à la gestion des stocks pour les producteurs de vin seraient disproportionnées par rapport à d’autres gros producteurs de l’industrie alimentaire ou de boissons.

« L’étiquetage nutritionnel obligatoire dans le secteur du vin engendrerait d’énormes coûts supplémentaires que la majorité des viticulteurs, très souvent des micros, petites ou moyennes entreprises, ne pourraient pas assumer » a déclaré le CEEV à EURACTIV.

Renate Sommer reconnaît quant à elle que la question de l’étiquetage obligatoire pour les boissons alcoolisées est délicate.

« Il y a une différence entre les spiritueux, la bière, et le vin. L’étiquetage obligatoire tel qu’il existe doit se faire pour 100 mL, ce qui peut désorienter le consommateur sur la consommation d’alcool fort. Il ne faudrait pas boire 100 mL d’alcool fort en se basant sur une unité de mesure. Tout étiqueter peut sembler facile, mais nous devons prendre en compte les problèmes des producteurs », a-t-elle rappelé. 

Après trois ans de négociations, les législateurs de l'UE ont adopté un nouveau règlement sur l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires en 2011.

La nouvelle loi, entrée en vigueur en décembre 2014, vise à aider les consommateurs à faire des choix informés et plus sains sur les produits alimentaires qu'ils achètent.

Les exploitants du secteur alimentaire ont trois ans pour s'adapter aux nouvelles règles, à compter du 13 décembre 2014.

Par ailleurs, les nouvelles règles obligatoires concernant les informations nutritionnelles, telles que la valeur énergétique, les matières grasses, les graisses saturées, les glucides, le sucre, les protéines et le sel, qui devront être détaillées au dos du produit par 100 grammes ou millilitres, ne s'appliqueront qu'à partir du 13 décembre 2016.

Les boissons alcoolisées ne sont toujours pas intégrées dans la nouvelle loi européenne sur l'étiquetage des aliments. 

  • 31 mars 2015: Adoption de la résolution sur l'alcool à la commission parlementaire sur l'environnement, la santé publique et la sécurité alimentaire (ENVI).
  • Avril 2015: Vote au Parlement lors de la session plenière. 

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