L’UE s’attaque à la question du vieillissement démographique

Old people

De nombreuses personnes âgées souffrent de plusieurs malades chroniques ©Shutterstock

Cet article fait partie de l'édition spéciale Traiter les maladies chroniques en UE.

ÉDITION SPECIALE/Les Européens connaissent un allongement de leur espérance de vie. De ce fait, les maladies chroniques sont en pleine expansion, notamment parmi les plus de 65 ans. Un véritable défi lancé aux systèmes de santé nationaux.

Lors du sommet européen sur les maladies chroniques du 3 avril dernier, les États membres ont partagé leurs expériences sur divers exemples positifs, des initiatives et des bonnes pratiques dans le cadre de la lutte contre les maladies chroniques.

Maria Iglesia Gomez, chef de l’unité à la DG de la santé et des consommateurs de la Commission européenne, a expliqué lors d’un échange entre les intervenants que l’évolution démographique des populations européennes représentera un véritable défi pour les systèmes de santé dans les décennies à venir. Cependant, les États membres ne peuvent coordonner leurs actions sans s’attaquer aux causes de l’obésité et du diabète, telles que la consommation d’alcool, une mauvaise hygiène alimentaire ou encore le manque d’exercice physique.

« Il est également important de fixer d’autres objectifs tels que le recours au dépistage comme outil préventif. Les systèmes de santé doivent également d’être réformés en vue de répondre aux besoins et nous devons y associer les patients. Ils ne devraient pas seulement être pris en charge en fonction de leurs maladies, mais en fonction de leurs besoins », a-t-elle déclaré.

Elle a ajouté que la Commission a déjà proposé dans un rapport des approches innovantes en matière de maladies chroniques en collaboration avec les États membres. Objectif : mesurer l’impact sur les systèmes de santé, ainsi que celui des actions conjointes sur les maladies chroniques et le vieillissement en bonne santé.

« Nous espérons que la prochaine Commission prendra en compte la question du vieillissement en bonne santé et la mettra dans ses priorités », a-t-elle insisté.

Donner la parole aux personnes âgées

Esteban de Manuel Keenoy, directeur au sein de Kronikgune, un centre de recherche au sein du département santé du Pays basque, a indiqué que plus de 70 % de leurs dépenses de santé étaient liées aux maladies chroniques.

Dans la région basque espagnole, 80 % de la population de plus de 80 ans souffre en moyenne de plusieurs maladies chroniques, explique-t-il. En outre, plus les gens vivent longtemps, plus ils ont des problèmes de santé et plus les systèmes de santé doivent faire face à des difficultés. Bien des questions, qui sont en suspens dans le domaine de la santé, devraient être considérées dans le cadre des contraintes économiques, a ajouté le directeur.

Par exemple, depuis 2009, le Pays basque connaît une légère réduction de son budget global consacré à la santé et cette tendance risque de se poursuivre durant les prochaines années. Quelque 17 millions de jours d’hospitalisation par années en Espagne seraient inutiles, car le corps médical ne disposait pas de suffisamment d’informations pour chaque patient. De plus, la plupart de ces journées d’hospitalisation concernent des personnes de plus de 65 ans.

Esteban de Manuel Keenoy a mis en exergue la nécessité d’adopter de nouvelles approches pour prendre en charge les personnes âgées. Les nouvelles technologies et les instruments de gestion de données volumineuses (big data) devraient être exploités au mieux en vue d’aider au mieux les patients âgés à l’avenir, a-t-il poursuivi.

« Ces gens sont instruits et la plupart d’entre eux sont actifs. Seuls quelques-uns ne sont plus en mesure de prendre de décisions de façon autonome. Dans ces derniers cas, nous avons besoin d’une approche complètement différente. Nous devons garantir qu’ils aient accès à l’information et aux outils nécessaires afin de prendre la meilleure décision pour leur propre bien-être, » a déclaré le professeur.

De nouvelles structures, des outils inédits et des priorités innovantes

Selon Alice Skaarup Jensen, conseillère auprès de la région du Danemark du Sud, les réformes du système de santé danois entreprises en 2007 visant à anticiper, entre autres, le vieillissement démographique, a abouti à une différentiation de la structure systémique. Cela a également permis de mettre sur pied une nouvelle organisation du système de santé, ceci afin de le rendre plus transsectoriel et au bout du compte d’améliorer les résultats.

La nouvelle organisation du système de santé a mené à une meilleure coopération entre les prestataires de soins de santé, tels que les hôpitaux, les municipalités et les médecins généralistes dans la gestion de l’admission et de la sortie des patients. Même si le système de santé danois connaît actuellement une réglementation plus stricte, cette réforme a permis aux patients de bénéficier de plus de flexibilité, car ils sont pris en charge dans le cadre d’un processus de traitement en cours.

William Molloy, professeur au Centre de gérontologie et de réhabilitation à l’Université de Cork (Irlande), a annoncé que son pays était sur le point d’utiliser un nouvel outil mettant l’accent sur les patients en fonction de l’urgence de leurs besoins. Le système examine les profils des individus afin de mesurer le risque de traitements coûteux, tels que l’hospitalisation, le placement en institution ou encore le décès.  

Lorsque les ressources viennent à manquer, il est nécessaire de faire un arbitrage pour déterminer qui va bénéficier des fonds, selon l’urgence des cas, a expliqué le professeur.

« Donc, nous devons examiner toutes les personnes âgées qui présentent un risque. Nous ne devons pas seulement déterminer qui est en danger, mais nous devons aussi déterminer dans un deuxième temps quelle intervention serait la plus efficace, et qui en profiterait le plus. [En effet,] quelques personnes n’en tireront pas les bénéfices ou l’intervention sera trop coûteuse », a expliqué William Molloy.

Selon lui, il est nécessaire que les États membres mènent une étude coût/bénéfice et déterminent les gens présentant le risque le plus élevé [de développer une maladie chronique] et les patients qui nécessitent une intervention immédiate.

« Nous avons mis en contexte l’évaluation traditionnelle de l’état de santé d’un patient dans le cadre d’un réseau de personnel soignant. Nous avons aussi mis au point une évaluation du risque, ce qui constitue la seule voie si l’on veut affronter les défis futurs, » a-t-il conclu.

Les maladies chroniques, telles que les maladies cardiaques, les maladies respiratoires chroniques, les diabètes, sont de loin les premières causes de mortalités au monde, représentant 60 % des décès, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Environ 4 millions d'Européens et 1,5 million de citoyens de l'UE décèdent à la suite de maladies cardiovasculaires chaque année, selon le Réseau européen du cœur et la Société européenne de cardiologie.  Les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont les formes les plus répandues de maladies cardiaques.

Les États membres de l'UE ont convenu de s'attaquer aux facteurs sous-jacents dans le programme d'action dans le domaine de la santé 2014-2020. Objectif : réduire le nombre de décès provoqués par les maladies cardiovasculaires.

  • 30 avril : congrès européen sur l'obésité
  • 17 mai : journée européenne de l'obésité
  • 19-24 mai : assemblée mondiale de la santé à Genève (Suisse)

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