La France insoumise et le Rassemblement national vent debout contre le passe sanitaire

Déjà agacé devant certaines réticences des sénateurs, Olivier Véran s’est permis quelques sorties surprenantes pour critiquer la lenteur des débats. [EPA-EFE/LUDOVIC MARIN]

L’Assemblée nationale a adopté vendredi (23 juillet) en première lecture le nouveau projet de loi anti-Covid qui prévoit l’extension controversée du passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants, au bout d’une nuit blanche marquée par d’âpres débats.

Les députés ont voté en première lecture ce 9e texte anti-Covid depuis mars 2020 par 117 voix pour et 86 contre. Celui-ci est désormais entre les mains des sénateurs qui doivent l’examiner à partir de ce vendredi (23 juillet) pour une adoption définitive que l’exécutif souhaite acter d’ici la fin du weekend face à la remontée en flèche de l’épidémie en raison de la propagation du variant Delta.

Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé, avait été auditionné jeudi matin (22 juillet) au Sénat dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la mise en place de nouvelles mesures de lutte contre l’épidémie.

« Selon une publication de la revue Nature, la charge virale serait mille fois supérieure avec le variant Delta qu’avec les variants précédents. On n’est plus du tout dans le même niveau de contagiosité », a expliqué le ministre, venu défendre l’extension du passe sanitaire. Il a précisé qu’il était possible que « de nouveaux variants apparaissent prochainement ».

Le nombre quotidien de nouveaux cas de Covid-19 a grimpé au plus haut depuis début mai, à près de 22 000, selon les chiffres publiés jeudi par Santé publique France.

Interrogé sur le contrôle du passe sanitaire, il a répété ce que Jean Castex avait dit la veille : « Le Premier ministre a annoncé hier qu’il souhaitait que les contrôles d’identité ne soient pas à la charge du restaurateur, mais qu’ils soient réalisés lors de contrôles inopinés de police. Il y aura donc deux niveaux de contrôle différents ».

Restriction de libertés et « passe anti-social »

Déjà agacé devant certaines réticences des sénateurs, Olivier Véran s’est permis quelques sorties surprenantes pour critiquer la lenteur des débats. « Si le virus pouvait nous regarder, je pense que ce soir, il serait assez content et qu’il se servirait une petite bière », a-t-il lancé.

Dans son allocution du 12 juillet, Emmanuel Macron avait annoncé la fin de la gratuité des tests PCR en France à partir de cet automne, dont le financement est pour l’instant couvert à 100% par l’Assurance maladie. Une mesure qui faisait figure d’exception en Europe. Lorsque le sujet a été évoqué, Olivier Véran est monté au créneau. « Vous n’allez quand même pas nous exposer le modèle allemand pour nous dire que eux financeraient des tests que nous ne financerions pas (…) Vous n’allez pas nous prendre et prendre les Français pour des jambons en leur expliquant que les tests seraient payants en France et qu’ils seraient gratuits en Allemagne, c’est l’inverse, c’est exactement l’inverse », a-t-il rétorqué.

Outre l’obligation vaccinale étendue aux soignants, sapeurs-pompiers ou encore professionnels auprès des personnes âgées et l’extension du passe sanitaire, le texte prévoit l’isolement obligatoire pour les malades.

Le gouvernement a fait voter des amendements pour éviter les pertes de revenus pour les travailleurs isolés en raison de leur contamination.

Vivement contesté par une frange de l’opinion, le projet de loi traduit les annonces du 12 juillet d’Emmanuel Macron. Les eurodéputés du Rassemblement national, membres du groupe Identité et démocratie, et de la France Insoumise, membres du Parti de la gauche européenne, ont fustigé la loi et son adoption sur Twitter.

L’argument principal de l’opposition de gauche est la restriction des libertés et son inefficacité face à la pandémie.

Une cinquantaine de représentants de gauche, syndicats, élus, responsables associatifs et personnalités ont d’ailleurs publié jeudi une tribune dans les colonnes de Libération pour s’opposer à la nouvelle loi étendant le passe sanitaire. Ils appellent à « une mobilisation sur le long terme contre une politique sanitaire autoritaire ». Les signataires reprochent aussi aux nouvelles mesures d’être « antisocial[es] » : « Ce sont des milliers de milliers de travailleurs·se·s qui se trouvent contraint·es et menacé·es de sanctions graves ».

Côté RN, c’est la façon dont la loi a été votée qui dérange le plus.

La France n’est pas la seule à avoir étendu l’usage du passe sanitaire. Au Danemark, qui avait été le premier pays à instaurer un tel certificat, les Danois doivent depuis trois mois présenter un « Coronapas » pour aller au musée, au bar, au restaurant, au cinéma, à la bibliothèque, à la salle de sport ou encore chez le coiffeur. Exigé à partir de 15 ans, ce document sous format papier est valide à condition de pouvoir justifier d’un vaccin complet, d’un test négatif de moins de 72 heures, ou d’une infection au Covid-19 dans les 12 semaines précédentes.

Idem en Autriche où la présentation d’un test PCR négatif ou un certificat de vaccination pour toutes les activités en contact avec un public est nécessaire.

En Allemagne et au Portugal, un passe sanitaire existe, mais n’est exigé que dans les régions les plus touchées. En Lituanie le passe sanitaire est facultatif.

Passe sanitaire : la SNCF entend bien faire des « contrôles massifs »

Le PDG de la SNCF a prévenu que des « contrôles massifs » auront lieu « partout » et « à tout moment » pour s’assurer que les voyageurs ont leur passe sanitaire dès que l’extension du passe dans les trains entrera en vigueur, une mesure prévue début août.

Subscribe to our newsletters

Subscribe