La France se remet en mouvement après 55 jours de confinement

Les voyageurs affluent à la gare de Paris-Saint-Lazare après 55 jours de confinement. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

La France se remet en mouvement lundi après un confinement inédit de 55 jours, avec masques de rigueur dans les transports et casse-tête sanitaire à l’école, sur fond de crainte que la reprise déclenche une nouvelle flambée de coronavirus.

À six heures du matin, les premiers métros parisiens étaient bondés — en raison notamment d’un incident d’exploitation sur la ligne 13 très fréquentée — mais la situation s’est améliorée au fil des heures, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Quasiment tous les voyageurs portaient des masques. Pour ceux qui n’en avaient pas, des bénévoles de la Protection civile en distribuaient par lots de dix à l’entrée d’une cinquantaine de stations du métro.

Des distributions de masques jetables étaient aussi assurées en banlieue parisienne par la Croix-Rouge. Au total, 250 points d’approvisionnement ont été installés en Île-de-France.

À Marseille, la gare Saint-Charles, plateforme de connexions entre bus interurbains, trains et métro, ne connaissait pas le bouillonnement habituel d’un lundi matin. « C’est une ambiance de science-fiction avec tous ces gens masqués, beaucoup moins de monde que d’habitude », lâche Camille, éducatrice. « Dans le métro à Marseille, d’habitude c’est vivant, les gens parlent, se sourient là, là c’était déprimant de voir juste des yeux et des visages masqués. Le confinement était finalement peut-être un cocon, mais le déconfinement, ça va être dur aussi », ajoute-t-elle.

L’affluence restait faible vers 08H00 dans le métro lyonnais, avec des voyageurs disciplinés : masqués et distants les uns des autres, laissant toujours une place libre entre deux personnes sur les banquettes.

« Vivre avec le virus »

« S’il y a un mot d’ordre à donner, c’est qu’il ne faut surtout pas baisser la garde », a souligné Frédéric Adnet, chef du Samu 93, sur France 2.

« Les enjeux aujourd’hui c’est d’éviter qu’on ait à nouveau un nombre de cas très importants qui seraient susceptibles de saturer à nouveau nos services d’urgence », a affirmé de son côté sur RTL Odile Launay, infectiologue, cheffe de service à l’hôpital Cochin.

« Il faut que les Français s’habituent à vivre avec le virus, qu’ils changent en partie leur mode de vie », a-t-elle ajouté.

Sur les routes, ce n’était pas l’affluence des grands jours avec seulement un peu plus d’une trentaine de kilomètres de bouchon en Île-de-France peu après 08H00.

Le bilan quotidien des morts du Covid-19 est retombé dimanche à 70, au plus bas depuis la mise sous cloche du pays le 17 mars. Mais le bilan total reste lourd, avec au moins 26 380 décès, dont 9 738 dans les maisons de retraite. Même si la pression sur les urgences se réduit toujours.

Avec la levée progressive des restrictions, des centaines de milliers de personnes reprennent le chemin du travail, bientôt suivies par une partie des écoliers.

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Toutefois, la loi d’état d’urgence sanitaire n’a pas été promulguée dimanche soir comme espéré par le gouvernement, le Conseil constitutionnel devant l’examiner seulement ce lundi. Dès lors l’exécutif fait appel « au sens de la responsabilité des Français » pour respecter certaines de ses dispositions dans l’intervalle, ont annoncé l’Élysée et Matignon dans un communiqué.

Ceci repousse à lundi soir, sous réserve de cet aval, l’entrée en vigueur de deux dispositions phares : la limitation des déplacements à 100 km et l’attestation obligatoire dans les transports en commun.

Reconfinement ?

Cette remise en mouvement, vitale pour relancer une économie plongée dans une récession jamais vue depuis la Deuxième guerre mondiale avec un chômage partiel touchant plus de 12 millions de personnes, inquiète au plan sanitaire.

D’autant que l’apparition de trois nouveaux foyers d’infection dans des zones en « vert », dans l’ouest, souligne les dangers de ce retour. L’un a été enregistré dans un collège où des personnels préparaient la reprise. Un autre dans une entreprise.

« Ça ne me surprend pas », a indiqué le ministre de la Santé Olivier Véran sur BFMTV. « On va devoir vivre avec le virus pendant quelque temps et la reprise du confinement ce n’est pas la reprise de la vie comme avant », a-t-il souligné.

Il a précisé que le taux de contagion au virus était actuellement de 0,6. « Tant que c’est en dessous de 1, l’épidémie décline », a-t-il dit. « Si le virus devait reprendre sa course folle et des risques pour la santé des Français, nous serions amenés à prendre de nouveau des mesures de confinement », a-t-il insisté.

Autre dossier brûlant, le retour à l’école qui inquiète élus locaux, profs et parents.

Lundi verra une prérentrée des enseignants pour organiser la reprise. Les élèves sont attendus à partir de mardi, voire plus tard selon les communes.

Quatre régions en « rouge »

« Près de 86 % » des 50 500 écoles de France vont ouvrir, pour accueillir « plus de 1,5 million d’enfants », sur un total de 6,7 millions d’écoliers en maternelle et élémentaire, a assuré au Journal du Dimanche le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. Les collégiens doivent retrouver plus tard en mai le chemin des classes (selon que leur zone est verte ou rouge), et une décision sera prise à la fin du mois pour les lycées.

Mais de nombreux maires rechignent à rouvrir les écoles face au casse-tête des règles sanitaires à faire respecter, notamment par les plus jeunes. Mêmes préoccupations pour les profs, dont certains envisagent un droit de retrait. Et de nombreux parents craignent de remettre leurs enfants en contact potentiel avec le virus.

Le déconfinement marque aussi la fin des attestations à remplir pour tout déplacement. Et la distance dont on peut s’éloigner de son domicile passe de 1 à 100 kilomètres (une raison « impérieuse », notamment familiale ou professionnelle, sera nécessaire pour aller au-delà). L’interdiction de socialiser est également assouplie et les rassemblements jusqu’à dix personnes autorisés, dans le respect des « gestes barrière ».

Quatre régions (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand Est et Bourgogne–Franche-Comté) et 32 départements, dont Mayotte, où vivent quelque 27 millions de Français au total, restent classés « rouge » en raison de la circulation toujours rapide du virus et du risque de saturation des hôpitaux.

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