La Grèce réintroduit des dépistages du VIH obligatoires

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Le ministre grec de la santé a de nouveau mis en place une mesure controversée permettant à la police de contraindre les détenus à subir un dépistage du VIH.

Adonis Georgiadis a décidé la semaine dernière de réintroduire le décret 39A sur la santé publique. Ce document impose la mise en place obligatoire de tests de dépistage de l'hépatite, du VIH ainsi que d'autres infections et maladies sexuellement transmissibles, selon le média grec Enet.

 

Selon des organisations de la santé, le décret stigmatise particulièrement les toxicomanes, les travailleurs du sexe et les sans-papiers. Le texte prévoit que tout occupant d'un logement « pouvant mettre en danger la santé publique » devrait en être expulsé, sans offrir aucune autre option.

 

L'ancien ministre socialiste de la santé Andreas Loverdos, avait déjà introduit cette mesure en avril 2012 peu avant les élections législatives. Des centaines de femmes avaient alors été envoyées en prison et soumises de force à un test de dépistage.

 

Dix-sept d'entre elles avaient contracté le VIH. Les médias ont publié leurs noms, leurs détails personnels et leurs photos, invoquant la protection de la santé publique.

 

Les femmes ont été qualifiées de « bombes sanitaires » et de « prostituées » alors que rien ne prouvait qu'elles s'adonnaient à des pratiques sexuelles contre de l'argent. Elles ont été emprisonnées pendant des mois avant d'être finalement innocentées, car elles n'avaient pas l'intention de causer des blessures corporelles volontaires.

 

Les cinq dernières femmes ont été libérées en mars 2013. Le décret a été abrogé peu de temps après.

 

Sous pression

 

En Grèce, la totalité du système de santé publique subit une pression énorme en raison des mesures d'austérité. En Espagne, le gouvernement a restreint en toute légalité l'accès aux soins pour les migrants sans papiers.

 

Dans le même temps, des groupes déjà vulnérables avant la crise, à l'instar des migrants sans papiers, des demandeurs d'asile, des toxicomanes, des travailleurs du sexe, des citoyens européens pauvres et des sans-abri, ont constaté une réduction dans les filets de sécurité sociale.

 

L'Espagne et la Grèce ne sont pas les seuls pays à subir des pressions sur les allocations sociales.

 

En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a promis de nouveaux contrôles en vue de restreindre l'accès des migrants aux soins de santé, à un logement et aux allocations sociales, sur fond d'appels grandissants à la lutte contre le « tourisme social » au Royaume-Uni.

 

Le nombre de personnes porteuses du virus du VIH a plus que doublé en Grèce depuis 2011. Ce phénomène s'explique par l'augmentation de la toxicomanie, la montée en flèche du taux de chômage des jeunes et une réduction du budget consacré à la prévention du VIH.

 

Le budget alloué à l’Organisme de lutte contre les drogues (OKANA) est passé de 35 à 20 millions d'euros entre 2010 et 2012.

 

À l'heure actuelle, le taux de chômage dépasse les 20 %. De nombreux Grecs sont dorénavant confrontés à un risque d'extrême pauvreté pour la première fois de leur vie.

 

Le pays compte de plus en plus de sans-abri qui se rassemblent en masse sur les places centrales.

 

Violation des droits de l'Homme

 

Les organisations de la santé ont critiqué et condamné la réintroduction du décret.

 

D'après la Greece Solidarity Campaign basée à Londres, la décision du ministère de la santé est choquante.

 

« Cette décision vise évidemment les personnes déjà marginalisées et celles qui souffrent des conséquences des politiques désastreuses d’austérité soutenues par le gouvernement grec », a affirmé cette organisation.

 

L'organisation humanitaire Médecins du monde a déclaré qu'au lieu de s’attaquer aux vraies raisons qui sont à l’origine des maladies, des addictions et de la pauvreté, le ministre grec de la santé commet une violation flagrante des droits de l’Homme et de la dignité humaine sous prétexte de « protéger la population des maladies contagieuses ».

 

« Médecins du monde demande au gouvernement grec de se concentrer sur ce qui constitue de véritables mesures de santé publique comme le droit universel des enfants à la vaccination et la nécessité de faire appliquer ce droit, ce que le gouvernement n’est plus capable de garantir. Nous lançons également un appel à tous les professionnels de santé pour qu’ils refusent de pratiquer ces tests de dépistage obligatoires », a indiqué l'organisation humanitaire dans un communiqué.

 

Médecins du monde continuera à fournir une assistance, des soins et un soutien social à toutes les personnes qui en auront besoin.

 

« Nous continuerons à lutter aux côtés des populations les plus vulnérables et à défendre les droits de la personne chaque fois qu’ils seront menacés. »

Des organisations de la société civile sont révoltées. Le collectif HOMOphonia-Thessaloniki a déclaré : « On ne protège pas la santé publique en punissant les personnes atteintes du VIH, mais en mettant en place des programmes intégrés contre le VIH/sida ainsi qu'en organisant des cours d'éducation sexuelle à l'école et des campagnes publiques régulières. »

La crise de la dette dans la zone euro a contraint les gouvernements à réduire considérablement leur budget de santé publique pour limiter les déficits.

 

La Grèce faisait partie des pays qui ont pris les mesures les plus sévères, mais l'Espagne et d'autres pays comme la France et la République tchèque ont adopté des mesures semblables.

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Austérité : les systèmes de santé en péril

 

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