La sévérité des cas d’hépatite d’origine inconnue chez les enfants est jugée « très inhabituelle »

Le Royaume-Uni enregistre la plus forte incidence, avec 224 cas. Dans l’UE, l’Espagne et l’Italie ont enregistré le plus grand nombre de cas, plus de 30 chacun. [SHUTTERSTOCK/RMC42]

Des cas d’hépatite d’origine inconnue chez des enfants ont été enregistrés dans 20 pays d’Europe. Alors que des cas d’hépatite d’origine inconnue sont signalés chaque année, la sévérité des cas observés cette fois-ci est « très inhabituelle », selon les experts médicaux.

Les informations concernant ces cas d’hépatite d’origine inconnue sont d’abord arrivées du Royaume-Uni, où une augmentation des cas d’hépatite aiguë d’étiologie inconnue a été signalée le 5 avril.

À la date du 9 juin 2022, 402 cas d’hépatite aiguë d’origine inconnue chez des enfants âgés de 16 ans ou moins ont été signalés dans toute l’Europe. La grande majorité est observée chez les enfants âgés de cinq ans ou moins.

Le Royaume-Uni enregistre la plus forte incidence, avec 224 cas. Dans l’UE, l’Espagne et l’Italie ont enregistré le plus grand nombre de cas, plus de 30 chacun.

À ce jour, 87 enfants ont été admis dans une unité de soins intensifs et 17 ont reçu une greffe du foie. Le 12 mai, les autorités sanitaires irlandaises ont annoncé un décès associé à une hépatite d’origine inconnue chez un enfant de moins de 12 ans.

« La gravité de cette situation est évidemment très inquiétante, […] on n’assisterait pas en temps normal à ce genre de progression de la maladie, c’est certain », a déclaré à EURACTIV Cary James, directeur général de la World Hepatitis Alliance.

Philippa Easterbrook, responsable technique de l’équipe en charge de la gestion des incidents au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a déclaré lors d’un sommet sur l’hépatite que si certains cas d’hépatite d’origine inconnue sont signalés chaque année, « pour ce qui est de savoir à quel point nous devrions nous inquiéter de cette épidémie, c’est la première fois qu’un si grand nombre de cas d’hépatite aiguë sévère a été observé ».

Mme Watson précise qu’« une partie des cas ont développé une insuffisance hépatique, ont nécessité une transplantation ou ont causé la mort. La situation doit être prise au sérieux. Une étape importante pour l’instant est de comprendre sa cause ».

Un long chemin vers l’élimination de l’hépatite virale en Europe

Bien que l’ONU ait pour objectif d’éliminer l’hépatite virale d’ici à 2030, un rapport publié mercredi (15 juin) a révélé qu’environ un quart des pays de l’UE/EEE ne disposent pas de plans d’action ou de stratégies pour la prévention et le contrôle de la maladie.

La cause reste inconnue

S’exprimant sur les raisons de cette propagation, M. James a déclaré que les scientifiques « n’ont pas encore vraiment compris ce qui se passe exactement. Ce qui est vraiment regrettable ».

L’hépatite est une inflammation du foie généralement causée par une infection virale ou une consommation excessive d’alcool. Il existe plusieurs types courants, tels que A, B, C, D et E, qui présentent tous des niveaux variables de contagion ou de cause, mais ces virus courants de A à E n’ont été détectés dans aucun de ces cas.

« Il pourrait s’agir d’un nouveau virus, ou simplement d’une forme de maladie du foie causée par quelque chose d’autre », a déclaré M. James.

Plusieurs hypothèses sont à l’étude pour comprendre la cause de cette hépatite chez ces enfants. L’adénovirus reste l’un des principaux suspects, car il a été le virus qui a été détecté le plus fréquemment dans les échantillons testés au Royaume-Uni.

« Les principales hypothèses actuellement retenues concernent l’implication de l’adénovirus, probablement associé à un cofacteur qui déclenche une infection plus sévère ou des lésions hépatiques à médiation immunitaire, ou encore le fait que les mesures prises pendant la pandémie de Covid-19 ont entraîné un manque d’exposition pour le groupe d’âge le plus jeune et une plus grande vulnérabilité », indique un rapport du Centre européen de contrôle des maladies (ECDC).

Il est considéré comme peu probable qu’il y ait un lien avec le vaccin contre la Covid-19, car la plupart des cas n’ont pas été vaccinés.

La pathogénie de la maladie et ses voies de transmission restent inconnues. Les cas ne semblent pas avoir de lien entre eux, et très peu d’entre eux ont un lien épidémiologique.

« Bien que le risque de propagation ne puisse être évalué avec précision, certains cas ayant nécessité une transplantation hépatique, l’impact potentiel sur la population pédiatrique touchée est considéré comme élevé », indique le rapport de l’ECDC.

Des cas d’hépatite d’origine inconnue signalés chez des enfants dans l’UE

Des cas d’hépatite aiguë d’origine inconnue ont été signalés chez des enfants au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas, en Espagne ainsi qu’au Royaume-Uni.

La probabilité de développer une hépatite reste faible

Par ailleurs, Sophia Makki, directrice des incidents à l’Agence britannique de sécurité sanitaire, a déclaré que « la probabilité que les enfants développent une hépatite reste extrêmement faible ».

Elle a ajouté qu’il est important de maintenir des mesures d’hygiène normales, « notamment en s’assurant que les enfants se lavent régulièrement et correctement les mains, afin de réduire la propagation de nombreuses infections courantes, dont l’adénovirus ».

Les symptômes signalés jusqu’à présent, tels que décrits par l’ECDC, comprennent « une élévation marquée des transaminases, souvent accompagnée d’une jaunisse, parfois précédée de symptômes gastro-intestinaux, notamment de vomissements, chez des enfants âgés de 16 ans au plus ».

« Nous continuons à rappeler à chacun d’être attentif aux signes de l’hépatite, en particulier la jaunisse, qui se manifeste par une teinte jaune dans le blanc des yeux, et de contacter son médecin en cas d’inquiétude », a déclaré Mme Makki.

Hépatites inexpliquées chez des enfants : l'agence européenne des maladies préoccupée

L’agence européenne chargée des maladies a classé jeudi comme « événement de santé publique préoccupant » les cas inexpliqués d’hépatites aiguës touchant des enfants, tout en reconnaissant ne pas être en mesure d’en évaluer précisément le risque.

 

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