La stratégie vaccinale britannique était « rationnelle » et très liée à l’industrie

Pour être prêt, la UK Vaccine Taskforce a établi un registre de patients volontaires pour les essais cliniques, ouvert aux citoyens. Une initiative « cruciale et critique », selon Kate Bingham. [EPA-EFE/ANDY RAIN]

Kate Bingham, ancienne responsable de la stratégie vaccinale au Royaume-Uni, a exposé mercredi (16 juin) aux sénateurs la façon dont le pays a procédé pour vacciner aussi rapidement sa population.

Alors que 40,8 % de la population française est vaccinée contre la Covid-19, 80% de la population adulte britannique l’est déjà. En effet, la vaccination a commencé dès décembre 2020 outre-Manche.

Mais comment nos voisins britanniques ont-ils réussi à se procurer autant de vaccins en si peu de temps ? C’est la question à laquelle Kate Bingham, ancienne responsable de la UK Vaccine Taskforce, la stratégie vaccinale au Royaume-Uni, a tenté de répondre devant la commission des affaires sociales du Sénat mercredi (16 juin).

« Rapidité et expertise ont été les deux clés de notre réussite », a-t-elle résumé. Dès le mois de mai, le Premier ministre britannique a mandaté Mme Bingham, issue du secteur privé de la biotechnologie, pour mettre en place un plan d’attaque basé sur la stratégie de capital-risque.

Lors des deux premiers mois elle s’est chargée de former une équipe, comprenant un comité de pilotage avec différents spécialistes, issus à moitié de l’industrie et à moitié du gouvernement. Le tout sous tutelle du Premier ministre et du ministère des Affaires, de l’Énergie et de la Stratégie industrielle – et non du ministère de la Santé, qui a tout de même été un partenaire. Le comité a défini un cadre pour attirer les entreprises au Royaume-Uni.

En limitant les niveaux hiérarchiques, Kate Bingham et son équipe ont pu « éviter beaucoup de bureaucratie ». En combinant des sources d’expertises issues de l’industrie et du gouvernement, elles ont adopté « une approche rationnelle ».

L’équipe a donc établi un portefeuille de vaccins prioritaires, selon un certain nombre de critères : une phase clinique prévue en 2020, la possibilité d’une fabrication à l’échelle, des données cliniques et précliniques convaincantes sur le plan de l’efficacité et de la sécurité.

Alors que les experts scientifiques ne pouvaient garantir qu’une efficacité à 15%, la UK Vaccine Taskforce a donné la priorité aux vaccins à base adénovirus (AstraZeneca et Janssen) car ils étaient plus sûrs et ceux à ARN messager (Pfizer et Moderna) car ils étaient plus avancés dans la recherche. « Si ces deux premiers formats échouaient, nous avions des solutions de repli avec un vaccin avec adjuvant de protéine (Sanofi et Novavax) et un avec un virus inactivé (Valneva), explique-t-elle. Nous savons gérer le risque par une approche de portefeuille, nous avons priorisé ce qui a le plus de chance de réussir. »

Le comité a également procédé à l’identification des entreprises capables de produire ces vaccins, que l’État a pour soutenir et augmenter la production. Dès le départ 9 millions de livres ont été investis, la UK Vaccine Taskforce ayant bénéficié de déblocage de crédits dès le début pour des financements à risques. Grâce aux contrats signés avec les entreprises pharmaceutiques, elle a pu utiliser les préfinancement pour avoir des doses : 3,7 milliards de livres ont permis d’acheter 357 millions de doses en 2020. 

Pour être prêt, elle a également établi un registre de patients volontaires pour les essais cliniques, ouvert aux citoyens. Une initiative « cruciale et critique », selon Kate Bingham. 500 000 personnes ont ainsi été recrutées rapidement, dont un tiers avait plus de 60 ans. Les essais cliniques prenaient aussi en compte des minorités ethniques et des comorbidités pour vérifier l’efficacité des vaccins. « Nous sommes très fiers d’avoir eu une telle diversité », s’est réjoui Mme Bingham. 

Les sénateurs ont questionné Mme Bingham sur un éventuel rapprochement avec l’Europe pour un approvisionnement groupé. « Une alliance pour le vaccin nous intéressait, mais la Commission européenne a établi que nous n’aurions pas la possibilité de décider ni de savoir quels vaccins nous aurions et quand », a-t-elle répondu. Face à l’injonction de l’exécutif européen de « stopper les discours avec les industries », le gouvernement britannique a décidé qu’il serait préférable de ne pas se joindre, et ce indépendamment du Brexit qui est entrée en vigueur en 2021.

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