La surconsommation de paracétamol augmenterait le risque de maladies cardiovasculaires

Chez les patients consommant du paracétamol à forte dose et régulièrement, le taux de mortalité peut atteindre 63% [Crédit : [Ian /Flickr]

Les comprimés à base de paracétamol sont les plus répandus dans le traitement de la douleur. Selon une étude publiée par la revue britannique Annals of The Rheumatic Diseases, ils ne seraient pas inoffensifs.

Omniprésent, le paracétamol pourrait ne pas être aussi inoffensif que l’on pense. Selon une équipe de chercheurs britanniques, dirigés par le Professeur Philip Conaghan de l’hôpital de Leeds, « la communauté médicale a sous-estimé les risques d’une prise de paracétamol sur le long terme ».

Avec ou sans ordonnance, le paracétamol est l’analgésique le plus consommé et le plus répandu dans le monde. Rien qu’en France, près de 500 millions de boîtes ont été vendues en 2012.

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 « Un produit pharmaceutique a toujours des effets secondaires », rappelle Michèle Rivasi, eurodéputée et membre de la commission parlementaire sur la santé publique.  « C’est pour cela que les médicaments sont soumis à une réglementation particulière et ne sont pas considérés comme des produits de consommation courante au regard du droit. Il ne faudrait pas penser qu’un produit est inoffensif sous prétexte qu’il est communément utilisé. L’exemple extrême est le tabac: un produit très répandu et pourtant très dangereux », a-t-elle continué.

Risques cardiovasculaires et rénaux

Ces chercheurs se sont penchés sur les risques liés à la surconsommation de paracétamol. L’étude qui en découle révèle qu’une prise de paracétamol à forte dose et à long terme aurait des effets néfastes pour la santé.

En se basant sur huit études existantes, les chercheurs britanniques montrent qu’une surconsommation de paracétamol augmente de 20 % le risque de maladies cardiovasculaires, notamment d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral (AVC).

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Selon l’étude, publiée dans la revue Annals of The Rheumatic Diseases, la prise régulière et à fortes doses de paracétamol multiplierait par deux les risques de problèmes rénaux. Par ailleurs, le taux de mortalité peut atteindre 63 % chez les patients consommant de manière répétée des doses importantes.

« L’information du patient est vraiment la clé », rappelle Michèle Rivasi. « Qui sait qu’une personne de plus de 50 kg ne doit en aucun cas dépasser la dose de 4 g de paracétamol par jour ? » demande-t-elle. Selon l’eurodéputée, ce qui doit être règlementé « c’est la transparence des données cliniques utilisées pour demander des autorisations de mise sur le marché ». « Si on prend la notice du Doliprane ou de l’Efferalgan vendus en France, aucune ne fait mention des risques cardio-vasculaires mentionnés dans la nouvelle étude britannique », précise Michèle Rivasi.

Vente libre vs vente réglementée

Selon l’eurodéputée EELV, « il est essentiel que la Commission européenne dissuade les États membres à recourir à la vente libre de médicaments ».

« La Suède avait autorisé la vente libre du paracétamol en 2009, elle a fait marche arrière depuis », rappelle-t-elle à titre d’exemple. En effet, il y a 5 ans, compte tenu du nombre peu élevé de pharmacies dans le pays (moins de 12 pharmacies pour 100 000 habitants), le gouvernement suédois avait mis en place des mesures pour élargir la vente de paracétamol aux tabacs, stations-services et entre autres. 

Depuis la fin de monopole des pharmacies, « le nombre d’hospitalisations pour surdosage de paracétamol a plus que doublé », a indiqué le Journal International de Médecine. En effet, la vente libre de paracétamol a entrainé une si forte hausse d’hospitalisations pour intoxication médicamenteuse en Suède que le gouvernement a décidé de faire marche arrière en octobre dernier en limitant la vente de ce médicament aux seules pharmacies. Au Royaume-Uni, le corps médical a constaté que le paracétamol est utilisé dans des tentatives de suicide, une overdose provoquant une hépatite fulgurante.

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À l’inverse, la France envisage d’autoriser la vente de médicaments sans ordonnance en grande surface. Selon une enquête réalisée par Ipsos pour E.Leclerc, 54 % des personnes interrogées sont prêtes à acheter des médicaments sans ordonnance ailleurs qu’en pharmacie. Mais le débat n’est pas encore clos puisque Marisol Touraine, ministre de la Santé, s’est quant à elle déclaré favorable au monopole pharmaceutique. 

Contexte

L’accessibilité des médicaments dépend des États membres. En France, les médicaments ne peuvent être achetés qu’en pharmacie, avec ou sans ordonnance, mais dans d’autres pays comme le Royaume-Uni par exemple, la vente de médicaments en grande surface est autorisée. Le patient-consommateur peut ainsi acheter du paracétamol comme il le souhaite, sans recevoir les conseils de son pharmacien. Le gouvernement suédois avait élargi la vente de médicaments en 2009 puis a fait marche arrière en octobre 2014 car le nombre d’intoxications au paracétamol avait fortement augmenté. 

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