Le cholestérol pourrait avoir un lien avec d’autres maladies, comme Alzheimer

Ruth Frikke-Schmidt

Ruth Frikke-Schmidt à la conférence de la Société européenne de l'artériosclérose à Glasgow. [(Henriette Jacobsen)]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Maladies Cardiovasculaires et Cholestérol.

Le cholesterol peut être mortel, et si certains de ses symptômes ne sont pas toujours visibles, ils pourraient entraîner des dysfonctions du cerveau, comme la maladie d’Alzheimer.

Le nombre de personnes atteintes de diabète de type 2 a augmenté rapidement ces 20 dernières années, surtout dans le monde occidental. Les décideurs politiques se penchent donc sur cette maladie souvent liée à l’hygiène de vie, qui coûte très cher en soins de santé, puisqu’elle induit des risques de crise cardiaque, d’AVC et d’amputations, même chez les jeunes. Les personnes souffrant de diabète représentent parfois un danger pour les autres, quand ils conduisent par exemple, puisque leur champ de vision est parfois affecté.

Les patients qui ont un taux trop élevé de mauvais cholestérol dans le sang ne reçoivent en revanche pas assez d’attention, estime Alberico Catapano, professeur de pharmacologie. De fait, les spécialistes médicaux débattent de la dangerosité du cholestérol et ses conséquences sur le corps humain. Ces circonstances ont sans doute empêché les chercheurs de trouver des liens entre le cholestérol et d’autres maladies.

Le 23 mars, lors de la conférence de la Société européenne de l’artériosclérose, à Glasgow, Robert Hegele, de l’Institut de recherche Robarts, au Canada, a affirmé que les patients ayant un taux de mauvais cholestérol trop élevé sont souvent sous-représentés dans les études plus larges qui déterminent l’occurrence et les causes des maladies dans différents groupes de personnes.

Une situation inexplicable, selon lui, alors qu’il a été prouvé que la présence de taux élevés de cholestérol dans le sang augmente le taux de mortalité des maladies cardiovasculaires et de cardiopathie ischémique.

En Europe, 54 % des femmes et des hommes ont un taux de mauvais cholestérol trop élevé. Un rapport de 2011 du Cardiovascular Resource Group révélait que 133,3 millions de citoyens allemands, français, italiens, espagnols et britanniques ont un taux de cholestérol trop élevé.

Des liens avec le cerveau…

Ruth Frikke-Schmidt, docteur de sciences médicales du département de biochimie clinique au Rigshospitalet de Copenhague, explique qu’il existe un lien entre un taux élevé de mauvais cholestérol et le risque de contracter une maladie touchant le cerveau.

« Il existe une connexion entre le transport du cholestérol dans l’organisme et le cerveau », a-t-elle indiqué. « Proportionnellement, le cerveau est l’organe qui concentre le plus de cholestérol, il est donc important d’en apprendre plus, afin de mieux comprendre la démence sénile, une maladie qui touche un grand nombre de personnes âgées, non seulement dans le monde occidental, mais aussi dans d’autres régions du globe ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que les cas de démence sénile ont récemment connu une augmentation dans les pays à revenus intermédiaires. D’ici 2050, 150 millions de personnes en souffriront.

« D’un point de vue clinique, il n’existe aucun traitement. Aucun médicament ne peut prévenir ou guérir cette maladie, dont le diagnostic repose uniquement sur les observations cliniques, puisque de larges pans de sa biologie restent obscurs. Il y a donc certainement des progrès à faire. La génétique pourra peut-être nous donner certaines pistes », poursuit Ruth Frikke-Schmidt.

Selon une étude réalisée par la docteur, d’un allèle du gène ApoE dans le bagage génétique est associé au risque de contracter la maladie d’Alzheimer ou la démence sénile. Ce gène contrôle le métabolisme du cholestérol et transporte le cholestérol dans le système lymphatique, puis dans le sang.

Pour les besoins de leur étude, Ruth Frikke-Schmidt et ses collègues ont divisé 75 000 sujets en trois groupes égaux. Les individus chez qui l’allèle du gène ApoE en question était présent avaient trois fois plus de risques d’être affecté par la démence sénile que les individus qui ne sont pas porteurs de cet allèle.

… mais pas avec le diabète

Si les chercheurs reconnaissent les conséquences du cholestérol sur le cerveau, Ruth Frikke-Schmidt souligne qu’on a cru que le transport du cholestérol était lié au diabète de type 2. On pensait aussi que des taux élevés de HDL, le « bon cholestérol » auraient une influence positive sur le diabète.

« Lors d’une étude estimative portant sur 47 627 individus de la population globale, nous avons testé la corrélation entre un faible taux de cholestérol HDL et le diabète de type 2. Grâce à un tableau des gènes combinés, nous avons cherché à savoir si les variantes génétiques associées avec des taux de cholestérol HDL faibles étaient également associés à un risque accru de contracter le diabète de type 2. Il en ressort qu’il n’existe pas de lien entre les deux, ce qui suggère que le taux de cholestérol HDL n’est pas un facteur de risque du diabète de type 2 », explique la spécialiste.

La Société européenne de l'artériosclérose (European Atherosclerosis Society) organise cette semaine sa 83ème conférence à Glasgow. Cet évènement a pour but de faciliter la discussion scientifique sur les évolutions de la recherche fondamentale, le diagnostic, et le traitement de l'artériosclérose, une condition cardiovasculaire qui se caractérise pas le durcissement et le rétrécissement des artères. 

  • 22-25 mars : Conférence de la Société européenne de l'artériosclérose à Glasgow, Écosse. 

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