L’allié bulgare de Marine Le Pen impliqué dans des trafics de médicaments 

Marine Le Pen à Sofia [Vassil Donev/EPA/EFE]

Le début de la fin pour Vesselin Mareshki ? Après une lourde défaite aux élections européennes, l’allié politique bulgare de Marine Le Pen se retrouve impliqué dans un trafic de médicaments.

Vesselin Mareshki, chef de file du parti populiste Volya, est un homme d’affaires hors pair en Bulgarie. Propriétaire d’une chaîne de stations-service et de pharmacies, il est parvenu — pour des raisons quelque peu obscures — à vendre du pétrole et des médicaments à des tarifs inférieurs au prix du marché.

Le parti Volya est fort de 11 membres à l’Assemblée nationale bulgare depuis les élections parlementaires de 2017 et bien que M. Mareshki fasse officiellement partie de l’opposition, il soutient tout de même le gouvernement de Boyko Borissov.

Vesselin Mareshki a été choisi par Marine Le Pen comme allié en Bulgarie, un pays qu’elle avait visité à deux reprises lors de sa campagne pour les élections européennes en mai 2019. À l’époque, la Française avait besoin de partenaires politiques dans plusieurs États membres de l’UE afin d’être en position de constituer un groupe politique au sein du Parlement européen.

Volya a toutefois essuyé une défaite cuisante lors des élections européennes, ne récoltant que 3,62 % des voix, bien en dessous donc des 5,88 % nécessaires pour envoyer un représentant à Strasbourg, et ce, au grand désarroi de Marine Le Pen. Le parti ayant toutefois dépensé pas moins de 725 000 € dans sa campagne électorale, l’échec n’était pas dû à un manque de moyens.

La tourmente aurait pu s’arrêter là pour le Bulgare. Mais, comme un malheur n’arrive jamais seul. L’homme d’affaires bulgare s’est par la suite retrouvé empêtré dans des affaires judiciaires à propos d’un réseau transfrontalier de trafic de médicaments.

Dans un rapport d’enquête extrêmement long, Valia Ahchieva, célèbre journaliste en Bulgarie, a dénoncé M. Mareshki comme étant le cerveau derrière le réseau et la semaine dernière, elle a gagné un procès que ce dernier lui avait intenté pour diffamation.

Jusqu’en janvier 2019, Valia Ahchieva était la présentatrice d’un programme télévisé hebdomadaire, l’ « Otkrito », diffusé sur la BNT, la télévision nationale bulgare. Son émission a cependant été retiré du câble et depuis le début de l’année, elle publie régulièrement du contenu sur EUelectionsBulgaria.eu et Euractiv Bulgarie.

Le 1er octobre, elle publiait un article sur Euractiv Bulgarie en s’adressant à M. Mareshki de la même façon que Marine Le Pen : « Mon cher Vesselin ».

Retour en arrière

Dans cet article, la journaliste retourne deux ans en arrière, lorsqu’elle voyageait à Merzig, le chef-lieu du district de Merzig-Wadern, dans la Sarre, pour rencontrer les représentants de Kohlphrama, une entreprise pharmaceutique allemande.

Alors en route pour l’Allemagne, elle avait reçu un message de la société, annulant toutes les réunions prévues. « Kohlpharma a très clairement écouté son partenaire balkanique lui conseillant de ne pas s’approcher de nos caméras », écrit-elle.

Malgré tout, Valia Ahchieva a continué son parcours, suivant une piste qu’elle avait découverte : des médicaments vitaux et très chers importés à moindre coût en Bulgarie et remboursés par l’Etat, étaient immédiatement  revendus à des sociétés dans les États membres où ils étaient vendus à des prix bien plus élevés.

Les médicaments étaient en pénurie dans les pharmacies bulgares et les patients qui en avaient besoin étaient donc privés de tout traitement. « En parallèle, ceux à la tête de ces mécanismes s’en mettent plein les poches, bien entendu sans aucun remord, et ce, sur le dos des malades », écrit la journaliste, ajoutant que c’est comme ça qu’elle avait identifié les exportations parallèles de plusieurs sociétés pharmaceutiques appartenant à la famille Mareshki.

La journaliste s’était rendue en Allemagne avec les factures émises par la société liée à la famille Mareshki, Tradenet Bulgaria — des factures qui montrent que Tradenet Bulgaria vendait du Humira 2 396 BGN (1 225 €) à Kohlpharma.

Le Humira est un médicament réservé aux patients souffrant d’arthrite rhumatoïde. En Allemagne l’entreprise Kohlpharma, réemballe le médicament qui devient donc allemand et est vendu dans la pharmacie pour 1 862 €.

Valia Ahchieva écrit : « Tradenet Bulgaria est associé à la famille Mareshki : la ressortissante russe Nina Katchenko a acheté la société en question à la mère de Mareshki – Veska Mareshka, et en a fait son procuratrice. Il faut redresser l’entreprise en Bulgarie parce que Nina Katchenko a plus de 70 ans et vit dans le petit village de Dubovka près de Volgograd en Russie avec le père de l’épouse de Veselin Mareshki, Svetlana Mareshka. »

D’après la journaliste, le médicament arrive en Bulgarie par son fabricant américain, l’entreprise américaine AbbVie, au prix de 1 823 $ (932 €). Une fois encore, l’importateur est une société affiliée à la famille Mareshki — Pharmnet.

Elle ajoute : « Étant donné que la famille détient également la chaine pharmaceutique “Mareshki” en Bulgarie, il est évident qu’ils sont à la tête d’un véritable empire. Ils importent des médicaments à moindre de prix en provenance des États-Unis, qui sont remboursés par la caisse maladie, et les exportent ensuite en Allemagne au double du prix ! Et les patients bulgares n’y ont même pas accès. »

Entre temps, Valia Ahchieva a aussi découvert que dans deux pharmacies de la chaine « Mareshki », les patients achetaient du Humira avec un emballage bulgare, mais les posologies étaient écrites en turc.

Elle en a donc conclu que les pharmacies bulgares vendaient des médicaments introduits illégalement sur le territoire depuis la Turquie. Les importations des médicaments depuis la Turquie sont interdites, car le pays ne fait pas partie de l’Union européenne et ne bénéficie donc pas d’accords bilatéraux pour ces pratiques commerciales. La journaliste est donc allée en Turquie, où il s’est avéré que le médicament coûte fois moins cher qu’en Bulgarie.

Ahchieva écrit à quel point elle a été surprise lorsque les représentants de Kohlpharma ont commencé à parler de Veselin Mareshki et de la politique bulgare avant même qu’elle ne mentionne son nom. Elle est venue demander confirmation de leurs accords avec Nina Katchenko, mais ils ont commencé à repondre en parlant de la politique en Bulgarie.

En 2017, la journaliste a conclu son enquête en soulevant une dernière question : « l’entreprise Kohlpharma confirme-t-elle l’existence d’un lien entre la politique et le monde pharmaceutique en Bulgarie ?

Procès politique

Dans son article, la journaliste dit qu’elle peut aujourd’hui répondre à cette question : oui, il y a bel et bien un lien et il s’est transformé en procès politique à son encontre.

Veselin Mareshki, sa mère, Veska Mareshka et deux autres sociétés familiales ont déposé plainte contre Valia Ahchieva pour diffamation sur sept émissions diffusées sur BNT de 2017 à 2018. Veselin Mareshki aurait eu des crises de paniques à cause des diffusions, qui ont aussi nui à l’image des plaignants dans bien d’autres médias.

Le procès civil a eu lieu en deux auditions au tribunal de grande instance de Sofia. Dans la salle d’audience, les vidéos ont été visionnées, les témoins ont été questionnés et les avocats de Veselin Mareshki ont appelé deux députés du parti Volya pour témoigner contre Valia Ahchieva.

Les détails de son travail journalistique ont toutefois été confirmés par le tribunal et elle a gagné le procès qui s’est terminé en première instance. La Cour a ainsi jugé qu’il n’y avait pas eu de diffamation et indirectement, que Veselin Mareshki avait effet été impliqué dans le réseau transfrontalier de trafic de médicaments.

Aux yeux l’avocat de la journaliste, Alexander Kashumov, ce procès était politique.

 

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