Le tabagisme touche davantage les jeunes à faibles revenus

Entre 2019 et 2020, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté parmi le tiers de la population ayant les revenus les moins élevés, passant ainsi de 29,8% à 33,3%. [EPA-EFE/ARSHAD ARBAB]

Avec la Covid-19, la consommation de tabac a augmenté en France en 2020, notamment auprès des jeunes et des moins favorisés. Le phénomène s’est également produit dans le reste de l’UE, alors que la Commission européenne appelle à des mesures plus strictes en matière de réglementation du tabac.

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac (31 mai), Santé publique France a publié les résultats du Baromètre de la consommation de tabac parmi les adultes en 2020. L’agence en a conclu que « dans un contexte de crise sanitaire, psychologique, économique et sociale inédite, un des enjeux est de réinstaller une tendance à la baisse, et de renforcer encore la lutte auprès des populations les plus vulnérables face au tabagisme, les inégalités sociales étant très marquées.»

Entre 2019 et 2020, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté au sein du tiers de la population aux revenus les moins élevés, passant ainsi de 29,8% à 33,3%. Cette augmentation est essentiellement due à une hausse entre 2019 et début 2020, avant le premier confinement.

Les inégalités sociales restent ainsi très marquées en 2020, avec 15 points d’écart entre les plus bas et les plus hauts revenus. Plus le revenu est élevé, plus la prévalence du tabagisme quotidien est faible. La situation professionnelle joue aussi un rôle. Parmi les personnes au chômage, 43,9% étaient fumeurs en 2020, contre 24,3% des étudiants et inactifs et 27,1% des actifs occupés.

« Si les politiques publiques menées en France depuis 30 ans ont contribué à faire diminuer la consommation de tabac chez les jeunes, celles-ci restent inégalement réparties », notent les chercheurs. Les jeunes issus de milieux sociaux moins favorisés restent fortement consommateurs.

Lors du deuxième trimestre 2020, les ventes de tabac ont augmenté de 5,5% dans l’ensemble de la France continentale, avec une hausse davantage marquée dans les départements frontaliers. En revanche, la vente des produits de sevrage tabagique a connu un ralentissement durant les semaines de confinement, alors qu’elle avait augmenté de 5,2% à la même période de 2019.

« Une génération sans tabac »

La France est loin de faire figure d’exception au sein de l’UE. Le 27 mai, l’étude sur le tabagisme de la revue scientifique médicale hebdomadaire britannique The Lancet, qui a rassemblé des données provenant de 204 pays du monde entier, a été publiée. Elle a révélé que, bien que la prévalence du tabagisme ait considérablement diminué depuis 1990, la croissance démographique a entraîné une forte augmentation du nombre total de fumeurs dans le monde. 

Carte des fumeurs quotidiens en nombre de cigarettes consommées par jour en 2019

« Le tabagisme est un facteur de risque majeur qui menace la santé des populations du monde entier, mais la lutte antitabac est terriblement insuffisante dans de nombreux pays », a averti Emmanuela Gakidou, autrice principale de l’étude.

Les pays des régions d’Europe centrale et de l’Est présentaient des taux élevés de décès attribuables au tabagisme chez les hommes. Dans le même temps, les femmes de quatre pays (Danemark, Monténégro, Serbie et Groenland) présentaient des taux de décès attribuables à la consommation de tabac à fumer supérieurs à 180 pour 100 000 femmes.

En outre, bien que la prévalence du tabagisme ait diminué dans l’UE pour les deux sexes confondus, elle a augmenté de manière significative au cours des 30 dernières années pour les femmes en Lituanie et au Portugal. 

Même si l’Union européenne enregistre une légère baisse de la prévalence du tabagisme depuis 2006, la Commission souligne dans un communiqué de presse que « des efforts supplémentaires sont nécessaires ».

L’objectif de l’Union européenne d’atteindre une « génération sans tabac » d’ici 2040 est fixé dans le plan européen de lutte contre le cancer. Le tabac est considéré comme « le plus grand risque évitable pour la santé dans l’UE », 27 % de tous les cancers étant attribués à sa consommation. 

Dans le communiqué de presse, la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, a déclaré que l’objectif est très clair : « Créer une génération sans tabac en Europe, où moins de 5 % des gens consomment du tabac d’ici à 2040 ». Cela signifierait une baisse de 20 % car, à l’heure actuelle, environ 25 % des citoyens de l’UE sont des consommateurs de tabac.

Un rapport dénonce le lobbying de l'industrie du tabac au sein de la Commission européenne

Selon un document de l’organisme international STOP, qui surveille les pratiques de l’industrie du tabac, celle-ci aurait mené des activités de lobbying auprès de huit directions générales de la Commission européenne. Un article d’Euroefe.

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