Les discriminations envers les Afrodescendants ne faiblissent pas

Le rapport «Being Black in the EU» confirme que les noirs sont exposés à plus de discriminations que la population générale en Europe. [WAYHOME Studio]

En Europe et noirs, les Afrodescendants subissent un racisme systémique dans l’UE selon un rapport de l’Agence européenne des droits fondamentaux. Les institutions européennes peinent à montrer l’exemple.

Le rapport Being Black in the EU (« Être noir dans l’UE ») confirme que les noirs sont exposés à plus de discriminations que la population générale en Europe. Ce rapport réalisé par l’Agence européenne des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), examine les expériences de près de 6 000 personnes noires dans 12 États membres de l’UE, interrogées dans le cadre de la deuxième enquête de l’UE sur les minorités et la discrimination.

Résultat : dans l’UE, être noir signifie faire face au racisme systémique. Mais aussi à la discrimination à l’emploi, au salaire, au logement et même à l’hôpital.

En 2012, une étude démontrait que « celles qui sont originaires d’Afrique subsaharienne et qui ont une nationalité étrangère ont, en France et à l’heure actuelle, cinq fois plus de risques de mourir en couches que les autres femmes, et leurs décès sont associés à une qualité de soins dite ‘non optimale’ dans 78 % des cas ». Un sujet de conséquence, pourtant absent du rapport de la FRA.

Cécile Kyenge, seule eurodéputée noire sur les 751 parlementaires de l’UE, est déterminée à faire entrer la question dans les sphères décisionnaires européennes. Elle estime que ce rapport est « bon, mais pas suffisant » et rappelle au passage que de nombreuses lois et directives sont en vigueur depuis l’an 2000, mais que leur application laisse à désirer.

Action structurelle

Pour Malin Björk, eurodéputée suédoise de la Gauche verte nordique, il faut surtout des fonds pour investir au niveau structurel contre le racisme et les discriminations. La Suédoise se trouve d’ailleurs en pleine négociation pour y consacrer une partie du prochain budget de l’UE.

« Ces rapports constituent un savoir qu’il faut traduire en action », tranche-t-elle. Comme par exemple, former les enfants européens au passé colonial de leurs pays respectifs, et apprendre aux forces de l’ordre à identifier et éliminer les comportements racistes.

Le racisme se banalise en Europe

Selon plusieurs ONG et institutions, les actes et propos racistes sont en augmentation dans l’Union européenne. Parmi les causes, la crise économique mais aussi Internet qui véhicule des propos anonymes.

« Au 21e siècle, il n’y a pas d’excuse à la discrimination raciale », estime Michael O’Flaherty, directeur de la FRA, qui a commandité le rapport. « Nous n’avons pas besoin de nouvelles lois, nous devons appliquer celles qui existent déjà. »

Dans certains pays, jusqu’à 76 % des jeunes afrodescendants ne travaillent pas et ne suivent pas d’études ni de formation, contre 8 % de la population générale. Au total, 14 % des répondants affirment que les propriétaires privés refusent de leur louer un logement. Or, seules 15 % des personnes noires sont propriétaires d’un logement, contre 70 % de la population générale de l’UE.

Violence et attentats raciaux

Christie Edwards, chef-adjointe du département tolérance et anti-discrimination de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), travaille sur les crimes de haine raciale en Europe, qui ne font pas défaut.

Car les tensions raciales ne sont pas l’apanage des États-Unis. Cécile Kyenge, italienne et seule eurodéputée noire, bénéficie d’une protection policière permanente. Elle a en effet reçu des menaces de mort pour avoir taxé le parti italien de Matteo Salvini de raciste après avoir été représentée sous la forme d’un orang-outan par un élu de La Ligue.

L'Europe fait bloc derrière l’eurodéputée poursuivie en diffamation par Salvini

Des personnalités noires de toute l’Europe ont exprimé leur soutien à l’eurodéputée italienne Cécile Kyenge, poursuivie en diffamation pour avoir qualifié de « raciste » le parti de Matteo Salvini.

En Italie toujours, un homme blanc avait ouvert le feu sur des passants noirs au nom de « l’Italie aux Italiens » le 3 février 2018. Cinq hommes et une femme avaient été blessés au hasard de sa folle course en voiture.

Et pour les personnes qui se trouvent à l’intersection de plusieurs discriminations, comme par exemple les LGBT noirs et migrants, les agressions physiques et verbales sont de l’ordre du quotidien, explique une membre italienne d’association d’aide aux réfugiés LGBT.

Santé et postes à responsabilité

Le stress engendré par ce climat de tensions n’est pas sans conséquence sur la santé mentale et physique des Noirs qui vivent en Europe, point d’ailleurs totalement éludé du rapport, comme l’a souligné une membre du public lors de la conférence de présentation du rapport.

Pour Elisabeth Kaneza, de l’office européen de l’ONU pour les droits humains, il faut se tourner vers le passé, et chercher les sources du racisme systémique moderne dans l’esclavage et la colonisation, toujours pas enseignés correctement aux Européens.

Esther Mamadou, directrice générale du Réseau européen des personnes afrodescendantes (ENAR), porte à la lumière le problème des migrants agressés qui ne peuvent pas porter plainte parce qu’ils sont sans-papiers et risqueraient d’être déportés. À ses yeux, la seule solution est de donner leurs papiers aux migrants, car laisser des personnes dans de telles situations constitue une grave atteinte aux valeurs fondamentales de l’UE sur les droits humains, en plus d’une grande perte pour l’économie du continent.

De leur côté, les responsables des organisations antiracistes institutionnelles de l’UE, eux-mêmes non concernés par le racisme, font le constat que la diversité n’est pas non plus au rendez-vous en leur sein.

Ces organisations lancent d’ailleurs un appel aux personnes concernées pour venir grossir leurs rangs, et pourquoi pas un jour les diriger. Michael O’Flaherty, directeur de la FRA, promet à ce sujet : « Nous devons arrêter de travailler pour, et commencer à travailler avec les personnes concernées ».

Le gouvernement allemand refuse de s'occuper du racisme institutionnel

Le gouvernement allemand ne voit aucune raison de prendre au sérieux les accusations de racisme institutionnel formulées à l’encontre des agences publiques et des forces de police. Les défenseurs des droits de l’Homme sont de plus en plus inquiets. Un article du Tagesspiegel.

 

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