Les eurosceptiques risquent de pénaliser les consommateurs européens

Des eurodéputés discutent des droits des consommateurs. Bruxelles, 17 juin. [Henriette Jacobsen]

Des eurodéputés discutent des droits des consommateurs. Bruxelles, 17 juin. [Henriette Jacobsen]

Les conséquences des élections européennes soulèvent bien des questions. Alors que la nouvelle équipe de commissaires n’a pas encore été désignée et que les derniers groupes parlementaires sont en train de se former, les spéculations vont bon train.

Au Parlement, les eurodéputés de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO) craignent que les nouveaux représentants eurosceptiques ne viennent nuire au travail de la commission, notamment dans le domaine des droits des consommateurs.

Catherine Stihler, eurodéputée britannique du groupe des socialistes et démocrates (S&D), a mis en garde contre l’influence néfaste des eurosceptiques britanniques qui remettent en doute les acquis fondamentaux de l’UE.

« Nous ne savons pas encore si la commission en charge du marché unique aura un président ouvert et juste », a-t-elle déclaré lors d’une conférence organisée le 17 juin par le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).

« Nous pourrions nous retrouver avec une personne dont l’objectif est de tout démolir dès le début de son mandat. Notre souhait le plus cher est d’avoir des personnes proactives qui souhaitent s’engager ouvertement à faire de leur mieux pour les citoyens qu’elles représentent. Mais, je ne peux pas nier qu’il existe également des gens qui sont contre notre existence même et ces personnes pourraient bien tout ruiner. De véritables défis nous attendent. »

Les eurosceptiques ont-ils un programme sur la protection des consommateurs ?

L’eurodéputée socialiste britannique Stihler espère être réélue au sein de la commission IMCO. Elle prévient également que la commission affaires juridiques (JURI) pourrait aussi se charger de thèmes délicats, comme le marché unique numérique et les nouvelles règles en matière de droit d’auteur.

« C’est parfois très frustrant. Il existe très clairement des questions clés sur lesquelles notre commission [IMCO] aurait dû se pencher », a-t-elle indiqué.

Malcolm Harbour, ancien président de la commission IMCO et député pour les Conservateurs et réformistes européens (CRE), partage l’avis de Catherine Stihler. Personne ne connaît en effet la position des partis eurosceptiques, comme le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) sur les droits des consommateurs.

« Nous aurons pour la première fois une véritable représentation des comportements de votes de tous les partis dans les commissions », a-t-il ajouté. « Il est symptomatique que l’UKIP n’ait jamais travaillé au sein de cette commission au cours des dix dernières années. D’après mes souvenirs, un eurodéputé eurosceptique a voté seulement une fois dans la commission. À mon avis, on peut prédire que certains partis eurosceptiques vont se disputer entre eux. Je pense que le Parlement aura toujours un rôle important et que les commissions brillantes seront celles qui parviennent à un consensus entre les groupes politiques lors des négociations finales ».

Selon toute vraisemblance, les eurodéputés eurosceptiques vont utiliser leur mandat au Parlement européen pour mettre en avant des programmes nationaux, a expliqué Michael Kaeding, professeur Jean-Monnet de politique européenne à l’université Duisburg-Essen en Allemagne.

L’attitude contre toute forme de réglementation de la part des organisations liées au milieu des affaires fait également le jeu des populistes, selon Claude Turmes, eurodéputé luxembourgeois chez les Verts.

« Les évènements qui ont eu lieu lors de la crise relèvent de ce que j’appelle un lobbyisme de bas étage de la part des entreprises, qui menaceraient les gouvernements de délocaliser. Leur opposition à toute réglementation est vraiment inquiétante. Ces personnes semblent trouver leur intérêt dans le saccage de notre planète qui comptera bientôt 10 milliards de personnes », a expliqué l’eurodéputé luxembourgeois.

« Pouvez-vous vous imaginer une planète avec moins de règles ? » s’est-il demandé.

Nouveaux défis

Örjan Brinkman, président du BEUC et de l’association des consommateurs suédois, est également inquiet quant à la perspective de travailler avec les eurosceptiques sur les droits des consommateurs.

« Mais, en même temps, nous devons aborder ce sujet avec eux. Nous devons discuter avec eux et nous devons voir ce que nous pouvons faire pour eux et comment les engager sur ces questions. À mes yeux, il est important de dire qu’il s’agit d’un nouveau défi, mais qui n’est pas impossible à résoudre », a nuancé Örjan Brinkman.

Pour le professeur Kaeding, le plus grand défi pour le prochain Parlement européen sera la lutte contre le chômage des jeunes, la réforme de la zone euro, les négociations sur les accords de libre-échange, la construction d’une union énergétique ainsi que l’achèvement de la stratégie numérique et celle de la lutte contre la fraude fiscale.

Les députés du nouveau Parlement européen sont en train d'essayer de constituer des groupes politiques entre partis en fonction des affinités idéologiques.

Les groupes inscrits ont le droit de recevoir des financements européens et peuvent recevoir des postes influents au sein des commissions parlementaires.

Pour constituer un groupe au Parlement, il faut 25 eurodéputés provenant de sept États membres différents.

  • 24 June: Deadline for political groups in Parliament to be formed.

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