Les fabricants de pesticides sur la corde raide face aux inquiétudes de la population

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Les fabricants ont reconnu leur échec face aux inquiétudes liées aux dangers des pesticides pour l’environnement et la santé. Ils promettent un « changement profond des mentalités » en s’impliquant auprès de la société et en défendant leurs affirmations habituelles sur la sécurité des produits.

Friedhelm Schmider, le directeur général de l'Association européenne de protection des cultures (ECPA),  a déclaré à EURACTIV que le secteur avait appris de ses erreurs passées et était prêt à répondre aux inquiétudes de la société quant à la sécurité et l'environnement.

« Nous sommes aujourd'hui conscients que notre stratégie de communication était fondée sur des faits et des chiffres, ce dont nous sommes fiers, mais que nous n'étions pas réellement à l'écoute des inquiétudes de la société. Et c'était une grande erreur », a reconnu M. Schmider lors d'un entretien accordé à EURACTIV.

« Cela signifie que nous savons à présent que nous devons dire que nous prenons cela en compte, que nous comptons répondre aux questions et que nous sommes à l'écoute. Même si nous ne sommes pas toujours d'accord, il est important de dire que nous prenons cela très au sérieux. »

Il a ajouté que cela marquait « un énorme changement de mentalité » pour un secteur qui a longtemps assuré que ses produits étaient sans danger s'ils étaient bien utilisés par les agriculteurs.

Répondre aux inquiétudes des consommateurs

Dans le domaine de la perception du public, l'ECPA n'est en effet sans doute pas au bout de ses peines.

Les craintes des consommateurs se sont renforcées suite à la publication de plusieurs études révélant la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes des rayons de supermarché. La Commission européenne a tenté de répondre à ces inquiétudes en adoptant un règlement interdisant l'utilisation des produits chimiques les plus toxiques, ceux susceptibles de provoquer le cancer ou d'affecter le système de reproduction.

La législation européenne impose également des limites à la présence de pesticides dans les aliments. Il s'agit de la teneur maximale en résidus au-delà de laquelle la consommation en grande quantité peut présenter un risque pour la santé de l'Homme.

Les consommateurs devraient-ils s'inquiéter de ces quantités infimes de pesticides présentes dans les aliments ?

M. Schmider est convaincu du contraire. « Je pourrais facilement fournir une réponse scientifique : la quantité de résidus en question ne peut être un sujet d'inquiétude, elle est bien trop faible pour avoir des implications au niveau toxicologique », a-t-il affirmé à EURACTIV.

« Mais cela ne suffira pas pour calmer les inquiétudes de la société », a reconnu le directeur de l'ECPA. « Nous avons donc fait savoir que nous souhaitions réduire à néant la teneur en résidus. »

Sauver les cultures et l'environnement

Concernant les problèmes de contamination alimentaire, l'ECPA a conclu que les préoccupations et les plaintes des consommateurs étaient largement dues à la mauvaise utilisation des pesticides par les agriculteurs, qui utilisent par exemple de trop grandes quantités d'un certain produit chimique ou aspergent les cultures juste avant les récoltes.

M. Schmider a expliqué que les agriculteurs étaient souvent tentés d'utiliser trop de pesticides pour, par exemple, empêcher que des cultures de fraises ne soient contaminées par des champignons à 24 heures des récoltes.

Il a déclaré que les agriculteurs devraient chercher plus activement des alternatives. « Il pourrait même être pertinent d'utiliser un produit chimique plutôt qu'un autre, à dix ou cinq jours de la récolte, s'il est mieux adapté. Il pourrait également être intéressant de diminuer les quantités appliquées à trois jours de la récolte. »

Les efforts visant à diminuer l'utilisation de pesticides n'ont toutefois donné que peu de résultats. Au fil des années, la consommation de pesticides est restée stable en Europe et a même eu tendance à augmenter, a souligné M. Schmider, malgré la réglementation européenne introduite pour en réduire l'utilisation.

En conséquence, la contamination des cours d'eau européens par les pesticides devrait s'aggraver dans les décennies à venir, ont prévenu des chercheurs dans une étude récente réalisée pour la Commission européenne.

L'exécutif européen a pris note de ces mises en garde. Dans ses propositions pour la prochaine politique agricole commune, la Commission préconise des mesures visant à encourager les agriculteurs à utiliser des zones tampons et à pratiquer la rotation des cultures afin de réduire l'utilisation des pesticides et des engrais.

Éduquer les agriculteurs

Les exploitants agricoles sont en première ligne, dans la mesure où ils peuvent être exposés à de graves intoxications liées aux pesticides dont les conséquences peuvent être fatales.

Une association française baptisée « Phyto-Victimes » a manifesté lors du salon de l'agriculture qui s'est déroulé à Paris en février dernier, afin de dénoncer les « campagnes de désinformation » commandées selon elle par les groupes du secteur pour défendre l'idée que les pesticides ne sont pas toxiques.

M. Schmider a déclaré qu'il comprenait ces inquiétudes, mais que la plupart du temps, ces risques pouvaient être évités en enseignant aux agriculteurs comment « bien utiliser les pesticides ».

« Nos produits doivent être biologiquement actifs et par conséquent, ils peuvent avoir des effets secondaires », a reconnu M. Schmider. Il a affirmé qu'une initiative sur la bonne utilisation de ces produits, qui existe déjà depuis 15 ans, serait étendue et couvrirait tous les pays européens et toutes les cultures.

Dans certains cas, l'intoxication peut être due à l'imprudence des travailleurs actifs sous un soleil de plomb, a expliqué M. Schmider. « Si vous devez porter des vêtements en plastique dans lesquels vous transpirez alors qu'il fait très chaud, vous ne le faites tout simplement pas. »

« C'est un domaine qui doit être réglementé pour que les agriculteurs soient protégés par ces vêtements. Les vêtements imperméables classiques sont souvent suffisants pour les protéger. Mais ils doivent les porter. »

Peu d'alternatives

Une autre solution à long terme consisterait à développer des alternatives plus sûres que les produits chimiques les plus toxiques. La pression réglementaire a déjà permis de réduire le nombre d'ingrédients actifs de 1000-1500 à 450 aujourd'hui, a fait remarquer M. Schmider.

« Toutes ces pressions ont mené à l'utilisation de moins d'ingrédients actifs, ce qui est une bonne chose. Mais la demande globale ne diminue pas pour autant. Elle est stable avec une tendance à l'augmentation, dans la mesure où nous devons produire des aliments. »

Par conséquent, les agriculteurs ont moins de produits à leur disposition qu'avant lorsqu'ils sont confrontés à une contamination des cultures. La recherche n'a pas encore abouti à de véritables alternatives plus sûres réclamées par les agriculteurs, les régulateurs et la société au sens large.

« Les ingrédients actifs les plus dangereux et les plus toxiques pourront être remplacés, et ils le seront. On est sur la bonne voie », a déclaré M. Schmider.

En revanche, développer des produits chimiques plus sûrs qui protègent tout aussi efficacement les cultures est une tâche ardue qui requiert des années de recherche et d'investissement sans garantie de succès.

« Développer des produits innovants revient à dire qu'on aimerait bien aller sur la lune. Ce n'est pas si facile », a souligné M. Schmider. Il a ajouté qu'aujourd’hui, seules cinq entreprises cherchaient de nouveaux ingrédients actifs, contre entre 10 et 15 il y a 20 ans.

« L'explication est très simple », a-t-il affirmé. « Avec un investissement de 200 millions et près de dix ans de recherche pour obtenir de nouveaux produits, seules les grandes entreprises peuvent se lancer dans ce genre de projets. »

« Trouver une solution rapidement est donc une utopie, surtout au vu de toutes les difficultés rencontrées pour mettre en place de nouveaux ingrédients actifs. »

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

En 2008, l'UE a adopté un paquet sur les pesticides qui a mené à l'interdiction des substances les plus toxiques et obligé les États membres à mieux utiliser les produits chimiques destinés à la protection des plantes. 

Ce paquet comprend une directive sur l'utilisation durable des pesticides et un règlement sur l'autorisation de mise sur le marché. Tous les États membres de l'UE doivent donc :

  • adopter un plan d'action national sur la bonne utilisation des pesticides ainsi que des objectifs globaux de réduction de l'utilisation de ces produits ;
  • interdire les aspersions aériennes (à l'exception des initiatives approuvées par les autorités nationales) ;
  • adopter des mesures comme les zones tampons pour protéger les eaux souterraines et l'environnement aquatique ;
  • interdire ou réduire au strict minimum l'utilisation de pesticides dans les lieux publics comme les parcs ou les cours d'école.

Les nouvelles règles d'autorisation de mise sur le marché divisent l'UE en trois zones (le nord, le centre et le sud) dans lesquelles la reconnaissance mutuelle des pesticides sera de rigueur.

Les États membres seront toutefois toujours autorisés à interdire des produits pour des motifs environnementaux ou agricoles.

  • 14-15 mai : réunion du Conseil Agriculture et pêche à Copenhague.
  • Juin : la commission Agriculture du Parlement européen devrait présenter un rapport sur les propositions de la PAC.
  • 20-22 juin : conférence de l'ONU sur le développement durable à Rio de Janeiro au Brésil.
  • 2014-2020 : prochaine phase de politiques et de dépenses de la PAC.

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