Les faux certificats COVID se multiplient dans le sud-est de l’Europe

Un médecin prépare un vaccin contre la Covid-19 à l’Académie médicale militaire de Sofia, en Bulgarie, le 22 février 2021. [EPA-EFE/VASSIL DONEV]

Alors que la Commission européenne et les États membres de l’UE s’efforcent de contenir la dernière vague de contaminations au coronavirus, des milliers d’Européens réfractaires à la vaccination achètent de certificats Covid sans se faire vacciner. C’est ce qui a été rapporté par le réseau EURACTIV.

Les médias ont signalé le problème dans une douzaine de pays, depuis l’Allemagne, où des faux passes sanitaires sont vendus sur Instagram, jusqu’en Autriche, en passant par l’Italie, les pays d’Europe de l’Est et les Balkans. Pour un faux test ou un vaccin non administré, les prix varient entre 100 € et 500 €, parfois payables en cryptomonnaie.

Le partenaire croate d’EURACTIV, Jutarnji list, a lancé sa propre enquête dont les résultats ont été publiés cette semaine.

L’enquête a révélé qu’il est possible d’acheter des certificats après que le contenu de la seringue ait été jeté dans l’air dans plusieurs cabinets de médecins généralistes. Cette méthode est difficile à déceler car tout est fait dans les règles, sauf la dernière étape d’administration du vaccin. Le meilleur vaccin contre la fraude est le Johnson & Johnson, car une seule dose est nécessaire pour obtenir le certificat.

Un Croate qui s’est confié à Jutarnji list sous couvert d’anonymat a déclaré qu’il avait « une aversion pour la vaccination » mais a entendu dire par un ami que « cela pouvait être résolu pour 1 000 kunas (130 €) ».

Deux semaines plus tard, on lui a dit de se rendre dans une clinique sur la côte Adriatique. Il s’est enregistré pour la vaccination, est entré, et a placé sans hésiter l’argent sous un livre posé sur une table, dans un angle mort que les caméras de vidéosurveillance ne couvrent pas, lui a-t-on dit.

« L’infirmière est arrivée, m’a dit de relever ma manche, a pris une compresse en coton, l’a imbibée d’alcool, puis a préparé une injection de Johnson & Johnson. Elle l’a approchée de mon épaule comme pour me piquer mais l’a éjecté en l’air près de mon épaule. Elle a ensuite entré mes données dans le système comme si j’avais été vacciné de manière normale. »

Premier décès en Bulgarie…

Dans la capitale bulgare, Sofia, un jeune homme muni d’un faux certificat de vaccination est décédé à l’hôpital vendredi 26 novembre. Le Dr Lyudmil Shopov, du service Covid de l’hôpital, a déclaré que le patient avait refusé l’oxygénothérapie car il craignait que l’oxygène médical n’endommage ses poumons.

L’homme de 27 ans, qui ne souffrait d’aucune maladie chronique connue, avait initialement déclaré aux médecins qu’il était vacciné et possédait un pass sanitaire. Cependant, son état s’est fortement détérioré et il a développé une insuffisance respiratoire, ce qui a conduit les médecins à douter de son statut vaccinal.

Après avoir parlé à un médecin en privé, le patient a admis que son certificat Covid était un faux. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas été vacciné, il a répondu qu’il craignait que le vaccin ne le rende sexuellement impuissant.

« Il ne s’est tout simplement pas rendu compte de la gravité de sa maladie », ont déclaré les médecins.

Un décès similaire a été signalé en Roumanie, où un travailleur médical de Suceava (dans le nord-est de la Roumanie) est décédé de la Covid-19 plus tôt en novembre et dont on a découvert plus tard qu’il n’avait pas été vacciné malgré un certificat.

Les sources d’EURACTIV Bulgarie ont révélé que le prix habituel des faux certificats se situe entre 100 et 300 €. Le certificat à 300 € est destiné aux étrangers, principalement ceux provenant du nord de la Grèce.

… et premières arrestations

La police bulgare a déjà mené plusieurs opérations spéciales au cours desquelles des dizaines de Bulgares soupçonnés d’avoir ou de délivrer de faux vaccins ont été arrêtés.

C’est notamment le cas en Croatie, où certains médecins bulgares préfèrent utiliser le vaccin à une dose de Johnson & Johnson pour délivrer le certificat COVID, ce document étant obligatoire pour le personnel de nombreuses entreprises du pays.

Dans la soirée du 29 novembre, la police a mené une opération spéciale dans deux hôpitaux des petites villes d’Aenovgrad et de Rakovski, dans le sud de la Bulgarie. Trois médecins et un dentiste ont été arrêtés, et plusieurs faux certificats ont été trouvés dans l’une de leurs voitures.

Selon l’agence STA partenaire d’EURACTIV, deux médecins ont également été arrêtés en Slovénie pour avoir délivré de faux certificats. Lundi 29 novembre, Beno Meglič, le chef des enquêteurs criminels de Maribor a déclaré que l’enquête policière a mobilisé plus d’une centaine d’enquêteurs des services de police de sept villes.

En Allemagne, la plupart des autorités pénales de l’État ont récemment averti que le commerce de faux certificats avait considérablement augmenté à la suite de l’introduction des restrictions dites 2G impliquant que l’on soit vacciné ou guéri de la Covid.

À la date du 27 novembre, environ 2 500 cas de faux certificats étaient recensés en Allemagne, dont la moitié en Bavière, les certificats étant disponibles via Instagram.

À l’autre bout de l’Europe, en Albanie, un enseignant a déclaré à EURACTIV que demander un test PCR « pour voyager » s’apparente à un code signalant aux médecins de ne pas faire le test correctement mais de simplement passer l’écouvillon à l’extérieur du nez et des lèvres.

« Je connais plus de personnes avec un faux certificat qu’avec le véritable vaccin », a confié l’enseignant.

Une source européenne connaissant bien le dossier a déclaré à EURACTIV que la Commission européenne avait mis en place la passerelle pour les certificats, afin qu’ils puissent être reconnus dans tout le bloc, en peu de temps mais avec les normes de sécurité les plus élevées possibles.

Cette source a indiqué que, techniquement, chaque État disposait d’un système de contrôle différent pour délivrer les certificats et que les États membres de l’UE devaient donc mieux en contrôler l’accès, ajoutant que la fraude dans de tels cas devait être traitée au niveau national, comme cela a déjà été le cas dans de nombreux pays.

Comme plus de 710 millions de certificats ont été émis dans l’UE jusqu’à présent, a expliqué la source, on peut s’attendre à des tentatives de fraude.

Cependant, sans certificat numérique, il serait impossible de repérer les fraudes si nous ne disposions que d’une version papier dans différentes langues, a conclu la source.

La Grèce va infliger une amende de 100 euros par mois aux personnes de plus de 60 ans non vaccinées

Les personnes qui n’auront pas pris de rendez-vous pour la vaccination avant le 16 janvier paieront une amende administrative de 100 euros par mois. Cette annonce a déjà entraîné une augmentation des rendez-vous pour la première dose chez les citoyens de plus de 60 ans.

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