Les Français toujours accros aux médicaments

(Credit:[ Zadorozhnyi Viktor/ Shutterstock])

Une nouvelle étude du Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) montre que la France est l’un des premiers consommateurs européens de médicaments, et propose des pistes pour diminuer cette consommation.

En 2012, plus de 27 milliards d’euros ont été consacrés aux dépenses publiques de médicaments en France. La France a un niveau de consommation de médicaments parmi les plus élevés des pays européens, détaille l’étude intitulée « Les médicaments et leurs usages : comment favoriser une consommation adaptée ? »

Une consommation surabondante de médicaments

La France est l’un des premiers consommateurs européens de médicaments. La consommation française reste supérieure à la moyenne observée dans les pays européens, et cela malgré une diminution des ventes de médicament en 2012. 

Une tendance boulimique résultant entre autres du déroulement des consultations médicales. « En France, 90 % des consultations donneraient lieu à une prescription, ce qui correspond à un taux élevé par rapport à nos voisins européens : seuls 43 % des consultations aux Pays-Bas, ou encore 72 % en Allemagne font l’objet d’une prescription » indique l’étude.

L’un des facteurs qui expliquent ce fort niveau de prescription est lié à l’inconscient collectif français, qui fait l’amalgame entre la consultation médicale de l’acte de prescription d’un médicament.

« Prescrire un médicament est une façon de reconnaître l’état pathologique du patient. L’ordonnance peut être également considérée, au moment du paiement de la consultation par le patient, comme un acte de contre-don de la part du médecin et comme un acte permettant de clore la consultation » explique l’étude.

Les Français boudent les génériques

Par ailleurs, la consommation française de médicaments se concentre sur les produits les plus coûteux. A cela s’ajoute la faible consommation des génériques en France par rapport au reste de l’Europe. 

« En 2011, cette part atteint moins d’un quart des médicaments couverts par l’assurance maladie en France contre près des trois quarts en Allemagne, au Danemark, et au Royaume-Uni, même si un fort recours aux génériques est à noter à la suite de l’adoption du principe tiers payant contre générique, en 2012 » explique l’étude, citant l’OCDE.

Pour le secrétaire général de la Société Française de Cardiologie, Jean Ferrières, le problème ne vient pas tellement du manque d’efficacité des génériques, ni des patients, mais des laboratoires qui fabriquent les génériques.

« Les génériques sont des produits efficaces, la raison pour laquelle les Français les boudent, c’est surtout en raison de la manière dont ils sont délivrés, notamment la galénique. C’est-à-dire l’enrobage des médicaments, leur couleur et leur aspect extérieur qui change en permanence, car les pharmacies choisissent les génériques les moins chers. C’est la raison pour laquelle les génériques changent tous les mois, ce qui peut perturber les patients, notamment les plus âgés » explique Jean Ferrières.

La vente en ligne facilite l’accès aux médicaments

D’après l’étude, le marché de la vente sur Internet s’est développé dans de nombreux pays européens, principalement en Allemagne, aux Pays-Bas, en Pologne, au Royaume-Uni, en Suisse, ainsi que dans les pays nordiques.

En France, la vente en ligne de médicaments sans ordonnace est autorisée sous certaines conditions. Le site marchand doit en effet être adossé à une pharamcie en dur « tenu par un pharmacien diplomé » pour pouvoir pratiquer la vente en ligne. Résultat, le commerce des médicament sur Internet reste embryonnaire

« Vingt pays de l’Union européenne sur vingt-huit autorisent actuellement la vente en ligne de médicaments, à des degrés divers. L’autorisation concerne l’ensemble des médicaments à prescription obligatoire ou non, dans sept pays : Allemagne, Danemark, Estonie, Finlande, Pays-Bas, Royaume-Uni, et Suède » détaille l’étude.

>> lire aussi: Les compléments alimentaires contre le cholestérol bénéficient du flou législatif européen

Il faut se méfier des médicaments en vente sur internet, ils ne sont pas toujours efficaces avertit le Professeur Jean Ferrières, c’est notamment le cas de la levure de riz rouge utilisée par certains pour remplacer les statines.

« Les statines sont en vente libre au Royaume-Uni depuis 2004, en France elles ne sont délivrées que sur ordonnance » explique le Pr Ferrières.

L’étude du Commissariat général à la stratégie et à la prospective, intitulée « Les médicaments et leurs usages : comment favoriser une consommation adaptée ? » propose des pistes pour avoir un recourt moins systématique aux médicaments, et pour une diminution des dépenses publiques en médicaments. Ce sont aussi bien les habitudes des patients qu’il faut revoir que les pratiques des professionnels médicaux.

Commissariat général à la stratégie et à la prospective

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.