Les jeunes filles sont plus touchées par la dépression

Une analyse plus fine sur les périodes de 10-14 ans chez les filles a révélé une augmentation des tentatives de suicide après le premier confinement accompagné d’une comorbidité anxieuse accrue. [Kharoll Mendoza/SHUTTERSTOCK]

À l’occasion des Rencontres de Santé publique France qui ont eu lieu mardi et mercredi (25 et 26 mai), les professionnels ont exposé les conséquences sur la santé mentale et le bien-être des enfants et adolescents en période de Covid-19. Un constat assez alarmant, surtout pour les petites et jeunes filles.

« On s’est très vite inquiétés, au début de la fermeture des écoles, du confinement, de ce qui se passait chez l’enfant en termes de santé mentale. Les enfants ne consultaient quasiment plus », a déclaré Richard Delorme, chef de service de pédopsychiatrie à l’hôpital Robert Debré, à Paris.

Le médecin a dépeint un panorama assez sombre de la situation. Au début de la pandémie, peu de littérature scientifique existait sur le sujet, si ce n’est un article de 2013, traitant de la prévalence des troubles anxieux chez l’enfant qui avaient subi un confinement à l’époque de l’épidémie de H1N1. Selon cette étude, à peu près 40 % des enfants décrivaient des symptômes anxieux sévères : « J’avais du mal à croire que ce soit aussi fort », convient-il.

Avec le début de la pandémie, plusieurs études sont apparues, notamment une en Angleterre explorant la question de l’impact. Une augmentation de 60 % de maladie mentale chez l’enfant a été enregistrée. Avec un enfant sur quatre ou sur cinq qui n’avait pas de bureau pour travailler, un sur cinq sans ordinateur, les enfants se sont retrouvés isolés à la maison.

Le temps sur les écrans, bien que seul lien avec l’extérieur pendant les périodes de confinement, a aussi été un facteur de risque, notamment avec le harcèlement en ligne. Selon Maria Melchior, directrice de recherche à l’Inserm,« sur les réseaux sociaux, pendant les Zoom où les enfants s’échangeaient les numéros de connexion pour harceler leurs camarades.» Pendant le télétravail, les parents ont eu tendance à mettre l’enfant devant le jeu vidéo, qui a entraîné une dépendance au jeu vidéo. « Je n’y croyais pas, mais j’ai trouvé que c’était une phase significative sur cette relation écrans-violence et maladie mentale », concède-t-elle.

« S’ils ont bien géré la première phase de confinement, les effets sur la durée, sur leur santé mentale, peuvent ne pas être positifs. Cela ne règle pas leur problème », poursuit-elle. Les sources de stress pour les enfants et les difficultés se sont déplacées hors de la vue des parents ou des enseignants d’une manière qui « donne à réfléchir sur l’accompagnement et la prévention des interactions ».

Les intervenants ont aussi rappelé que les signalements pour violences ont explosé. Cela coïncide avec le début du confinement.

Différence en fonction du sexe

Publiés le 20 mai, les premiers résultats de « CONFEADO », une « étude qui vise à comprendre la manière dont les enfants et les adolescents âgés de 9 à 18 ans ont vécu le confinement jusqu’au 11 mai 2020 et comment celui-ci a pu avoir des conséquences sur leur bien-être », montraient que la pandémie avait davantage affecté les adolescents de 13 à 18 ans que les enfants de 9 à 12 ans.

De manière générale, les jeunes filles semblent plus touchées que les garçons. Les conditions de logement, les conditions économiques et les caractéristiques des parents font partie des facteurs associés à la détresse psychologique. Le manque d’activités, l’augmentation du temps passé sur les réseaux sociaux et les écrans, le sentiment d’être dépassé par rapport au travail scolaire, l’infection à la Covid-19 d’un proche et l’hospitalisation suite au Covid-19 étaient également liés à la détresse. On retrouve aussi des taux de symptômes dépressifs deux fois plus élevés chez les jeunes filles.

Philippe Pirard, épidémiologiste à Santé Publique France, souligne que « l’adolescence est une période associée fréquemment à des troubles psychologiques ou comportementaux ». 15 à 20 % des adolescents présentent de tels troubles et la dépression est une cause de morbidité fréquente dans cette tranche d’âge. En France, 14 % des lycéens déclarent avoir fait au moins une tentative de suicide dans leur vie, 2,5 % rapportent une tentative de suicide ayant conduit à l’hôpital. C’est plus fréquent chez les filles que chez les garçons. 

Une analyse plus fine sur les périodes de 10-14 ans chez les filles a révélé une augmentation des tentatives de suicide après le premier confinement, accompagnée d’une comorbidité anxieuse accrue.

Richard Delorme a tenu à saluer le maintien de l’ouverture des écoles. « Il y a quand même des perspectives heureuses. C’est le bon moment pour réfléchir à la question de la santé mentale », a-t-il conclu.

Après un an de pandémie, la santé mentale des Européens est au plus bas

Un an après le début de la pandémie, la santé mentale des Européens a atteint son niveau le plus bas dans tous les groupes d’âge. Les jeunes et les chômeurs sont les plus touchés, selon une enquête de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, Eurofound. Un article d’Euroefe.

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