Les particules fines, puissant cofacteur du Covid-19

Le risque de décéder de la Covid-19 est étroitement lié à l’exposition à la pollution de l’air, confirme une étude menée par l’université de Harvard. Un article de notre partenaire le JDLE.

Plusieurs études ont suggéré un lien entre la mortalité liée à la Covid-19, qui a fait près de 90.000 morts dans le monde au 9 avril, et la pollution de l’air. Disponible en prépublication, celle menée par Xiao Wu, biostatisticien à l’université de Harvard (Boston), et ses collègues confirme que cette association n’a rien d’anecdotique. Selon leurs résultats, la pollution serait même un facteur crucial de l’impact du virus SRAS-CoV-2.

Les chercheurs ont étudié le nombre de décès par la Covid-19, au samedi 4 avril sur 98% de la population des Etats-Unis, en fonction de l’exposition aux particules fines d’une taille inférieure à 2,5 micromètres (PM2,5), moyennée sur la période 2000-2016. Ils ont ‘ajusté’ les données sur plusieurs facteurs de risque de mortalité, dont le tabagisme et l’obésité.

Leurs résultats montrent que pour toute hausse de 1 µg/m3 de la teneur atmosphérique moyenne en PM2,5 le nombre de décès croît de 15%. Pour comparaison, une précédente étude de la même équipe avait révélé que, pour une même hausse du taux de PM2,5, la mortalité toutes causes confondues ne s’accroissait que de 0,73% chez les plus de 65 ans, soit 20 fois moins.

L’étude ne permet toutefois pas d’affirmer si l’effet de la pollution de l’air est direct, en rendant la population plus vulnérable face au risque mortel de la Covid-19, ou indirect, en favorisant à long terme des comorbidités (diabète, maladies cardiovasculaires ou pulmonaires, etc.), elles-mêmes accroissant le risque de décéder du Covid-19 –ou si les deux effets s’exercent simultanément.

Effet déjà observé avec le SRAS

Dans un point d’information publié fin mars, Atmo France indique que «la pollution de l’air fragilise les voies respiratoires et rend les organismes plus vulnérables. Une exposition chronique à la pollution de l’air, qui peut être à l’origine de nombreuses affections (inflammation des voies respiratoires, hypertension, diabètes, etc.), est considérée comme facteur aggravant des impacts lors de la contagion par la Covid-19».

Lors de l’épidémie de SRAS de 2003, également née en Chine, des études menées dans ce pays ont montré que «les patients contaminés vivant dans des régions modérément polluées avaient 84% plus de risques de mourir que les patients de régions peu polluées. De même, les patients vivant dans les régions avec des niveaux de pollution élevés avaient deux fois plus de risques de mourir du SRAS par rapport à ceux vivant dans les régions peu polluées», ajoute Atmo France.

Rappel: la France fixe son objectif de qualité de PM2,5 à 10 µg/m3, ce qui est la valeur recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon le bilan 2018 d’Airparif, 85% de la population francilienne est exposée à des niveaux supérieurs, en moyenne sur l’année, avec des niveaux compris entre 11 et 14 µg/m3 en cœur d’agglomération, voire entre 14 et 18 µg/m3 à proximité du trafic routier. La situation s’est toutefois améliorée au fil des ans, avec une baisse de 40% entre 2000-2002 et 2016-2018.

POLLUTION ET DYNAMIQUE ÉPIDÉMIQUE: UN LIEN À DÉFINIR

En Italie, pays le plus touché par le Covid-19 (près de 17.700 morts au 9 avril), la Société italienne de médecine environnementale (SIMA) a suggéré la possibilité que les particules virales du SRAS-CoV-2 soient portées par les particules fines, ce qui suggérerait aussi un effet de la pollution de l’air sur la propagation du virus, pas seulement sur sa létalité.

S’il existe des corrélations spatio-temporelles entre nombre de cas et pics de pollution en Italie, cette piste demeure une hypothèse: «la présence d’un virus dans l’air ne signifie pas qu’il est infectieux ni qu’il y a une transmission respiratoire de type ‘air’», rappelle le Haut conseil de la santé publique (HCSP) dans un avis  du 17 mars sur la ventilation et la gestion des effluents des patients. «Il n’existe pas d’études prouvant une transmission interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances. Néanmoins, s’il existe, ce mode de transmission n’est pas le mode de transmission majoritaire», ajoute le HCSP.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.